Chine: la COP15 biodiversité s’ouvre à Kunming, un rendez-vous essentiel pour l’environnement

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C’est ce lundi 11 octobre que s'ouvre la COP15 sur la biodiversité à Kunming, dans le sud-ouest du pays, où se sont promenés des éléphants récemment. Le coup d’envoi de négociations cruciales pour tenter de réparer une nature profondément dégradée par l’homme.

De notre correspondant à Pékin,

La Chine a choisi d'accueillir l'évènement dans son réservoir naturel. Perroquet à bec large, singe au nez retroussé et éléphant sauvage trônent sur les affiches de cette 15e conférence des parties de la Convention des Nations unies sur la biodiversité qui se tient jusqu’au 15 octobre dans la capitale du Yunnan. Cette province méridionale, qui représente 4% seulement du territoire national, abrite dans ses forêts tropicales au sud et ses forêts froides dans les montagnes du nord les ¾ des espèces protégées du pays.

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Première phase virtuelle

La première phase de la conférence cette semaine est essentiellement protocolaire. Il s’agit d’assurer le passage de relais de la présidence de la COP entre l’Égypte et la Chine. Des débats via des écrans interposés entre les représentants des gouvernements sont également à l’ordre du jour. Le lancement de ce nouveau cycle de négociations devant aboutir à de nouveaux engagements au printemps de l’année prochaine, lors de la deuxième phase du sommet qui se tiendra du 25 avril au 8 mai 2022.

Ce format en deux temps a été retenu après plusieurs reports dûs à l'épidémie de Covid-19. La COP15 s’intercalant avec la COP26 sur le climat à Glasgow en novembre, où la nature devrait être mise en avant pour atténuer les effets du changement climatique de plus en plus dévastateurs.

Pour les ONG qui ont fait le déplacement, il s’agit de ne pas reproduire l’échec du précédent accord sur la biodiversité. « Pour l’échéance 2020, pas moins de vingt objectifs avaient été fixés et aucun n’a réellement été atteint, rappelle Terry Townsheng, joint via la messagerie WeChat à Kunming, ce qui va se jouer à la COP15 ces prochains mois est donc crucial pour l’avenir de notre environnement. » Et pour cela, il faut sortir la faune et la flore des questions uniquement environnementales. « Nous devons éviter que la question de la biodiversité soit cantonnée aux ministères de l’Environnement qui ont un poids relativement faible dans les politiques gouvernementales, poursuit ce militant écologiste et membre de l’institut Paulson en Chine. Nous attendons de ce sommet un accord ambitieux avec des échéances inscrites dans le marbre, mais aussi une inscription de la biodiversité à l’agenda des chefs d’État, des Premiers ministres, des ministères des Finances etc ».

Biodiversité et santé

La protection du vivant est un enjeu économique, martèle ainsi une partie des experts réunis dans le sud-ouest de la Chine. En détruisant les services fournis par la nature, on se tire une balle dans le pied. La pollinisation étant souvent ici citer en exemple : si les insectes disparaissent en raison de l’abus de pesticides, le coût pour compenser cette destruction approche les plus de 200 milliards de dollars par an, affirme encore Terry Townsheng.

Outre l’économie, les atteintes à la biodiversité ont une conséquence sur la santé publique. Un message repris y compris par les médias chinois, dans le pays où a été découvert un nouveau Sras en 2020. La pandémie de Covid-19 a conduit à réglementer le commerce des espèces sauvages sur les marchés en Chine. La vente des espèces incluses dans la Convention internationale de la flore et de la faune menacée d’extinction (CITES) est strictement interdite. La population des vertébrés a diminué en moyenne de 68% ces 15 dernières années, avec une élimination des espèces 1000 fois supérieure au taux de mortalité naturel, selon une étude du WWF.

« C’est une tragédie non seulement parce que ces espèces ne reviendront pas, souligne l’écologiste de l’institut Paulson, mais aussi parce que cela fait peser des risques énormes sur le développement humain et la prospérité. La façon dont nous exploitons la nature stresse les écosystèmes. Quand nous détruisons la biodiversité, les animaux stressés sont moins immunisés et sont potentiellement diffuseurs de virus, comme en témoignent l’émergence d’un nombre important de maladie zoonotiques ces dernières décennies -Sras-Cov1, Mers, Ebola, HIV, Sras-Cov2-. »

Des éléments sur lesquels pourrait revenir le président chinois dans un discours prévu demain mardi. Il restera ensuite six mois aux négociateurs pour parvenir à un accord à la hauteur de l’enjeu.

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