De Chine en Allemagne, des crues révélatrices de la vulnérabilité climatique

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par Aradhana Aravindan et James Mackenzie

SINGAPOUR/MILAN (Reuters) - Les inondations catastrophiques qui ont frappé ces derniers jours l'Allemagne et la Belgique, puis la Chine, sont un douloureux rappel que le changement climatique génère des phénomènes météorologiques de plus en plus extrêmes sur la planète.

Dans le centre de la Chine, au moins 33 personnes ont perdu la vie, dont 12 prises au piège dans un tunnel de métro après des jours de pluies diluviennes.

Cette catastrophe, survenue quelques jours seulement après les crues qui ont fait au moins 160 morts en Allemagne et 31 en Belgique, soulignent à quel point le monde va devoir s'adapter à la multiplication de ce genre de phénomènes à l'avenir.

"Les gouvernements doivent réaliser que les infrastructures construites dans le passé, et même les plus récentes, sont vulnérables face à ces événements météorologiques extrêmes", souligne Eduardo Araral, professeur associé à l'Institut de politique de l'eau à l'École de politique publique Lee Kuan Yew de Singapour.

En Europe, le changement climatique devrait se traduire par une augmentation du nombre de grosses tempêtes se déplaçant lentement comme celle qui a déversé des trombes d'eau sur l'ouest de l'Allemagne et la Belgique pendant deux jours la semaine dernière, selon une étude publiée le 30 juin dans les Geophysical Research Letters.

Le réchauffement de l'atmosphère provoqué par le changement climatique augmente l'humidité dans l'air et la quantité de pluie qui s'abat lorsque les nuages percent. D'ici à la fin du siècle, des tempêtes de ce genre pourraient être 14 fois plus fréquentes qu'aujourd'hui, estiment les chercheurs sur la base de modélisations.

RÉINVENTER LES VILLES

D'Allemagne en Chine, les inondations ont exposé l'extrême vulnérabilité des régions densément peuplées face à ce type de phénomènes météorologiques.

"Il faut des mesures techniques, comme le renforcement des digues et des barrières anti-inondations. Mais il faut aussi réinventer les villes", estime Fred Hattermann du Potsdam Institute pour la recherche sur le changement climatique.

Selon le scientifique, cela passe notamment par des mesures d'"adaptation verte", comme l'aménagement aux abords des villes de polders ou de plaines pouvant être inondées, afin de limiter le risque de crues soudaines.

"Mais en cas de pluies diluviennes, cela peut ne pas suffire et il va falloir apprendre à vivre avec ces phénomènes", ajoute-t-il.

Le coût des aménagements nécessaires pour rendre les habitations et les infrastructures plus résistantes au changement climatique se chiffre en milliards d'euros.

Mais les images dramatiques des rescapés de la ville chinoise de Zhengzhou émergeant du métro avec de l'eau jusqu'à la taille, ou celles d'Allemands hébétés dans leurs villages engloutis sous les eaux et les coulées de boue rappellent le prix de l'inaction.

"Ce sont des scènes choquantes et je dois bien le dire, terrifiantes", confie John Butschkowski, un chauffeur de la Croix-Rouge qui a participé aux opérations de secours en Allemagne. "On a traversé des villages fantômes, sans âme qui vive, pleins de débris. C'est inconcevable qu'une chose pareille arrive en Allemagne."

AMÉLIORER LES SYSTÈMES D'ALERTE

Pour Koh Tieh-Yong, spécialiste des questions climatiques à l'Université de sciences sociales de Singapour, il est urgent d'évaluer l'état des rivières et des zones humides dans les régions les plus vulnérables au changement climatique.

"Les inondations se produisent généralement en raison de deux facteurs combinés : un, des précipitations plus abondantes que la normale et deux, une capacité insuffisante des rivières à évacuer les eaux de pluie supplémentaires", explique-t-il.

En Chine comme en Europe, les catastrophes se sont produites après des périodes de pluies exceptionnelles, avec dans le cas de la Chine l'équivalent d'une année de précipitations en trois jours.

A la suite de précédentes crues, barrages et digues ont pourtant été renforcés ces dernières décennies sur les grands fleuves allemands, comme le Rhin et l'Elbe. Mais le déluge de la semaine dernière a transformé des cours d'eau plus petits en torrents déchaînés.

En Chine, les scientifiques pointent aussi du doigt l'urbanisation, l'absence d'un système d'évacuation des eaux adapté et la construction de barrages géants qui ont perturbé l'écoulement des rivières.

Face à la multiplication des phénomènes météorologiques violents, l'amélioration de la résistance des bâtiments et des infrastructures ne suffiront pas à éviter des drames.

Les systèmes d'alerte, vivement critiqués en Allemagne depuis la semaine dernière, comme cela a pu être le cas par le passé en France après des catastrophes du même genre, devront notamment être améliorés.

"Il faut vraiment que ça rentre dans le quotidien des gens pour qu'ils sachent quoi faire", souligne Christian Kuhlicke, qui dirige un groupe de travail sur les phénomènes extrêmes au Centre sur les recherches environnementales de Helmholtz, en Allemagne.

"Si vous ne pouvez pas arrêter l'eau, si vous ne pouvez pas sauver les bâtiments, alors assurez-vous au moins que toutes les personnes vulnérables puissent être évacuées."

(Aradhana Aravindan à Singapour et James Mackenzie à Milan ; avec Ann-Kathrin Weis à Ahrweiler et MariaSheahan à Berlin, version française Tangi Salaün, édité par Bertrand Boucey)

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