Chili: le projet de nouvelle Constitution remis au président avant son vote par référendum

REUTERS - IVAN ALVARADO

Après un an de travail, l’assemblée constituante chilienne a terminé de rédiger la nouvelle Constitution qui devrait remplacer celle actuellement en vigueur, écrite sous la dictature du général Pinochet. Le nouveau texte est remis ce lundi 4 juillet au président Gabriel Boric. Désormais, les membres de l’assemblée entrent en campagne pour présenter la nouvelle charte fondamentale aux Chiliens avant le référendum de septembre.

Élaboré pendant un an, le projet de nouvelle Constitution est remis officiellement ce lundi au président chilien Gabriel Boric. Le texte, qui établit à travers ses 388 articles de nouveaux droits sociaux, devra passer par l'étape du référendum dans un pays polarisé. Et deux camps s’affrontent désormais, rapporte notre correspondante à Santiago du Chili, Naïla Derroisné : ceux qui le défendent et ceux qui s’y opposent.

« Elle dispose d'une série d'atouts importants qui viennent répondre à la crise sociale qui s'est manifestée ces dernières années et qui a culminé en 2019. Il y a une proposition très importante, par exemple, en matière de droit du travail, lorsque l'on parle de rémunération juste et adéquate, détaille Jaime Bassa, qui fut le premier vice-président de la Convention. Il en va de même pour d'autres droits fondamentaux à caractère social, tels que la santé, l'éducation et la sécurité sociale. La conception de l'État régional, proposée par le texte de la nouvelle Constitution, est venue surmonter un centralisme très structurel, très caractéristique de la culture chilienne, et je crois aussi qu'il y a un changement très significatif dans la manière dont il reconnaît et protège différents groupes sociaux. Par exemple, les droits qui sont reconnus aux femmes dans la sphère sexuelle et reproductive ou aux peuples autochtones, ainsi que les droits des enfants et des adolescents, qui ont toujours été négligés. »

Jugé avant-gardiste ou trop radical

Pour Alondra Carillo Vidal, constituante de gauche et féministe, la nouvelle Constitution est historique à plus d’un titre. « Elle offre la possibilité d’un État social garant des droits fondamentaux de la population, des femmes et des minorités sexuelles et de genre. Elle change notre relation à la nature et propose un futur qui ne sera plus le néolibéralisme, ni le modèle d’extraction des ressources naturelles », se réjouit-elle.

Alors même qu’il a participé à son élaboration, Luciano Silva Mora, pasteur évangéliste, de centre-droite, votera contre la nouvelle Constitution. « Ce texte est totalement radical, purement étatique et il va favoriser l'expropriation des terres, avance-t-il. Ce qu’il manque à cette Constitution, c’est davantage de libertés pour assurer un libre marché, régulé, qui nous permettrait d’avoir des biens et des services. » Et selon lui, le texte n’est pas assez représentatif. « Les grands et les petits entrepreneurs, les groupes religieux ne sont pas considérés dans la nouvelle Constitution », estime-t-il.

Alondra Carillo Vidal voit les choses différemment. « C’est une Constitution qui ne garantira plus de privilèges à la minorité qui gouvernait pour la majorité », souligne-t-elle. Si le texte est approuvé, il placerait le Chili à l'avant-garde dans plusieurs domaines. Le droit à l'avortement sera notamment inscrit dans la Loi fondamentale.

Référendum obligatoire le 4 septembre

Les Chiliens ont encore deux mois pour se faire leur propre idée. Car en fin de compte, ce sont eux qui auront le dernier mot lors du référendum du 4 septembre où le vote sera obligatoire. En attendant, l'Assemblée constituante, composée de 154 citoyens indépendants ou affiliés à des partis politiques, sera dissoute, un an toute juste après avoir commencé ses travaux, le 4 juillet 2021. Les Chiliens devront dire s'ils acceptent ou rejettent cette nouvelle Constitution. Si le rejet l'emporte, la Loi fondamentale actuelle, datant de l'époque de la dictature d'Augusto Pinochet, restera en vigueur.

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