Chili : les cinq points clés pour comprendre le rejet massif de la proposition de Constitution

Les Chiliens ont massivement rejeté, dimanche, la proposition de nouvelle Constitution qui visait à remplacer celle héritée de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Selon les analyses, plusieurs facteurs politiques et économiques expliquent en grande partie ce résultat sans appel.

Quelque 61,9% des électeurs chiliens ont clairement refusé, dimanche 4 septembre, de remplacer la Constitution en vigueur depuis les années de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990). Si de larges avancées sociales formaient le socle du texte proposé, avec de nouveaux droits en matière de santé, d'éducation, de retraite ou d'environnement, les questions de "plurinationalité" avec les peuples indigènes, d'avortement, ou de suppression du Sénat ont suscité des réactions de rejet. Tour d'horizon.

  • Un processus controversé

Le processus de rédaction, opéré par une assemblée de 154 membres élus à parité, majoritairement issus de la société civile, a avancé dans une controverse continue depuis son installation en juillet 2021.

"Plus que le texte final lui-même, ce que les gens reprochaient depuis plusieurs semaines était la manière dont ce processus avait avancé", estime Marco Moreno, analyste à l'Université centrale, pointant des "excès de nombreux membres de (l'assemblée) constituante".

  • Un contenu clivant

Le texte de 388 articles, considéré comme avant-gardiste par plusieurs analystes, contenait des propositions jugées trop radicales pour une large partie de la population. "Certains contenus du texte constitutionnel proposé ont suscité la résistance de larges pans de la société" chilienne, souligne Marcelo Mella, politologue à l'Université de Santiago.

Il pointe notamment la proposition de suppression du Sénat au profit d'une "Chambre des régions" que "beaucoup ont vu comme la perte d'un contrepouvoir pour l'opposition".

Faire du Chili un état plurinational avec la reconnaissance de nouveaux droits aux 11 peuples indigènes (12,8 % de la population), ancrer le droit à l'avortement dans une société conservatrice, créer un système public de santé ou reconnaître l'eau comme bien universel, ont notamment suscité le plus de crispation. "Une partie de la Constitution est très 'millenial' (ceux qui ont atteint leur majorité en 2000 ou après) et ces valeurs ne sont pas celles réclamées par la partie la plus traditionnelle", majoritaire dans le pays, explique la sociologue Marta Lagos.

  • Une popularité en berne

Le président Gabriel Boric, qui a pris ses fonctions le 11 mars, a vu la côte de popularité de son gouvernement chuter en flèche. Seuls 38 % se déclarent satisfaits, soit le même taux que le vote pour le "oui" de dimanche.

Très actif sur de nombreux sujets, taxé "d'interventionniste" par l'opposition dans la campagne référendaire, le jeune président de 36 ans voit dans ce résultat "un vote de sanction important qui doit être pris en compte", juge Marco Moreno.

Le message semble être entendu et Gabriel Boric a dit vouloir apporter des ajustements à son équipe gouvernementale et a invité l'opposition à discuter de la manière dont un nouveau processus constitutionnel pourrait être lancé.

  • La mobilisation

Tous les sondages avaient prédit la victoire du "non" mais pas l'ampleur qu'a pris le rejet du texte dans la population. Les analystes se défaussent sur la "spirale du silence", ces électeurs qui ne font pas connaître leur position aux sondeurs.

Aucune enquête ne prévoyait non plus un taux de participation aussi élevé, proche de 80 %, soit quelque 13 millions des 15 d'électeurs appelés à s'exprimer dans ce vote obligatoire sous peine d'amende.

  • Le ralentissement économique

Après une croissance record de 11,7 % en 2021, gonflée artificiellement par les retraits anticipés des fonds de pension privés et les aides publiques déployées pour faire face à la pandémie, l'économie chilienne est entrée dans une phase de fort ralentissement économique et d'inflation élevée (+13 % en un an).

"Lorsque notre pays a décidé d'ouvrir le processus constitutionnel" en 2020, "le niveau de crise n'était pas le même qu'aujourd'hui. Les conditions économiques ont changé de façon brutale et beaucoup ont pu anticiper différemment les risques" à prendre face à un avenir incertain, ajoute Marcelo Mella.

Avec AFP