Chez Carrefour, les salariés mobilisés contre un "confinement social"

Elisabeth ROLLAND, avec les bureaux régionaux de l'AFP
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"La direction nous méprise": des salariés du groupe Carrefour se sont mobilisés samedi dans toute la France, avec des grèves ou manifestations à l'appel de la CFDT et de la CGT, pour dénoncer de mauvaises conditions de travail et réclamer embauches et hausses des salaires.

"Fortement exposés et sollicités depuis le début de la crise sanitaire", les salariés de Carrefour "refusent un confinement social" après "l'annonce de résultats 2020 exceptionnels" pour le groupe, a souligné la CFDT dans un communiqué.

A Marseille, la mobilisation a perturbé l'accès au plus grand magasin Carrefour de la ville, dans les quartiers Nord, où les clients ont été bloqués dans la matinée sur plus d'un kilomètre, dans un concert de klaxons, avec l'entrée du parking entravée par des chariots couchés à terre et un barrage filtrant organisé par les grévistes. "Le magasin continue de tourner, mais nous essayons au maximum de dissuader les clients", a expliqué à l'AFP Fiona Agueni, étudiante et caissière de l'hypermarché.

A Liévin (Pas-de-Calais), les salariés ont fait "grève, avec un filtrage impactant", en distribuant des tracts, a indiqué Philippe Hureau, délégué CFDT, qui, outre les questions salariales, critique "le manque de personnel en magasin". "On ne nous donne pas les moyens de satisfaire les clients. Il y a beaucoup d'attente en caisse", a-t-il déploré.

Les grévistes dénoncent aussi un projet de cession en location-gérance de 40 magasins en 2021, qui entraînerait une baisse de rémunération pour les salariés concernés. "On ne veut pas devenir comme Leclerc ou Intermarché", s'est inquiété M. Hureau.

D'après les deux syndicats organisateurs, au total, une centaine d'hypermarchés et une trentaine de supermarchés ont suivi le mouvement. "C'est une réussite", il y a eu "5.000 grévistes" qui ont "débrayé ou fait grève toute la journée", a précisé Sylvain Macé, délégué syndical groupe France de la CFDT. "C'est un succès", mais "la direction refuse de dialoguer", a regretté son homologue de la CGT, Philippe Allard, qui a comptabilisé "10.000 grévistes".

- "On a nourri les gens" -

La direction n'a compté pour sa part qu'"environ 2.000" grévistes sur "85.000 salariés". Une porte-parole a aussi relevé que Carrefour avait "versé cette année les montants d'intéressement et de participation les plus élevés depuis dix ans, qui atteignent 1.200 euros en moyenne pour les salariés des magasins, soit 200 euros de plus que l'an dernier".

A côté, un accord prévoyant "1,2% de hausse des salaires en supermarchés" et "+0,9% en hypermarchés avec une prime de 200 euros brut" a été signé, a-t-elle ajouté. Faux, a rétorqué M. Macé. "La hausse n'est que de 1% en moyenne" dans les supermarchés, tandis que "pour les hyper, c'est +0,5% en mars et +0,4% en septembre", a-t-il détaillé.

Comme la direction n'a apporté "aucune réponse aux revendications, on risque une perturbation chronique", a-t-il mis en garde.

Dans le Val-de-Marne, trois magasins étaient mobilisés samedi, notamment à Ivry-sur-Seine. "Carrefour va verser 400 millions d'euros à ses actionnaires, et seulement 200 euros brut (de prime) à ses salariés. C'est inacceptable, surtout dans les conditions dans lesquelles nous travaillons", avec "des clients agressifs" et "le manque d'embauches", a protesté Betty, déléguée CFDT.

"La direction nous méprise", s'est insurgé son collègue Stéphane Desgranges, représentant CGT. "On a été ouvert depuis un an, on a nourri les gens…", a-t-il rappelé. "Aujourd'hui, (...) on laisse le magasin ouvert (...) mais si la direction ne nous entend pas, on passera à l'étape supérieure", a-t-il prévenu.

A Angers, où des salariés ont organisé un barrage filtrant avec distribution de tracts, "il y a un vrai ras-le-bol", a résumé Patrice Auvinet, délégué CGT. "Les gens se sentent méprisés par une direction qui affiche les meilleurs résultats depuis vingt ans, alors que les salariés n'en voient que les miettes (…) Ce n'est même plus une question d'argent, c'est une question de dignité", a-t-il jugé.

L'appel syndical a également mobilisé en Bretagne, Seine-Saint-Denis, à Etampes, Bourges, Châlons-en-Champagne, Annecy, Dijon, etc. A Nice, deux hypermarchés étaient touchés par le mouvement, qui a même gagné l'hypermarché Carrefour de la Principauté monégasque.

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