L'Otan s'excuse après des "incidents" ayant offensé Erdogan

Gokan GUNES
Le président turc Recep Tayyip Erdogan prononce un discours à Ankara, le 17 novembre 2017

Istanbul (AFP) - Le responsable de l'Otan a présenté vendredi ses excuses à la Turquie à la suite d'incidents lors de manoeuvres militaires en Norvège qui ont entraîné le retrait des soldats turcs et risquent d'aggraver les tensions entre Ankara et l'Alliance.

Le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé vendredi le retrait des 40 militaires turcs participant à un exercice de l'Otan en Norvège, après que le fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk, et M. Erdogan eurent été présentés comme des "ennemis", selon le chef de l'Etat turc.

"Il n'est pas possible d'avoir une telle conception d'une alliance", a-t-il lancé lors d'un discours particulièrement virulent contre l'Otan, dont la Turquie est le membre le plus important en effectifs, après les Etats-Unis.

Cette annonce survient sur fond de vives tensions entre Ankara et certains de ses partenaires clés au sein de l'Otan, comme Washington et Berlin. En parallèle, la Turquie s'est rapprochée de la Russie avec laquelle elle coopère notamment sur le dossier syrien.

Signe que l'Otan prenait la situation au sérieux, son secrétaire général, Jens Stoltenberg, a présenté ses excuses "pour l'offense causée" par les "actions d'un individu et (qui) ne reflètent pas les opinions de l'Otan", une déclaration très inhabituelle.

Par ailleurs, le ministre norvégien de la Défense, Frank Bakke-Jensen, a indiqué qu'il "regrettait l'incident".

Selon l'agence de presse étatique turque Anadolu, l'ire d'Ankara a en fait été causée par deux événements survenus lors des manoeuvres qui se sont achevées vendredi et consistaient à tester la structure de commandement de l'Otan sans déployer de troupes au sol.

D'une part, un portrait d'Atatürk aurait figuré dans un document de présentation des "dirigeants ennemis". D'autre part, dans le cadre d'une discussion virtuelle faisant partie des simulations, un compte au nom de M. Erdogan, présenté comme un dirigeant "collaborant étroitement avec l'ennemi", aurait été créé.

- 'Retrait sans tarder' -

Après avoir été informé jeudi de ces incidents par le chef d'état-major turc Hulusi Akar et le ministre turc des Affaires européennes Omer Celik, M. Erdogan a indiqué avoir ordonné "de retirer sans tarder (les) 40 militaires (turcs)" participant aux manoeuvres.

Dans un communiqué, M. Stoltenberg a imputé la responsabilité des "incidents", dont il n'a pas précisé la nature, à une "recrue civile dépendant de la Norvège" qui a été "immédiatement" écartée de l'exercice se déroulant dans le centre de guerre interarmées de l'Otan à Stavanger, dans le sud-ouest du pays nordique.

Une enquête a été ouverte et "il appartient aux autorités norvégiennes de décider s'il faut une action disciplinaire", a ajouté le chef de l'Otan qui est aussi un ex-Premier ministre norvégien.

Ces incidents surviennent alors que les relations entre la Turquie et l'Occident, en particulier l'Union européenne, se sont fortement tendues depuis la tentative de putsch du 15 juillet 2016 visant à renverser M. Erdogan.

Après le coup de force, Ankara a lancé des purges massives qui ont suscité inquiétude et critiques de ses partenaires occidentaux quant à la situation des droits de l'Homme.

Mais d'un autre côté, la Turquie reste un partenaire incontournable, notamment dans le dossier migratoire, la lutte contre le terrorisme et le conflit en Syrie.

"La Turquie est un allié estimé de l'Otan", dont elle est membre depuis 1952, et "qui apporte des contributions importantes à la sécurité de l'Alliance", a souligné M. Stoltenberg vendredi.

Alors que les relations entre la Turquie et certains membres de l'Otan se sont dégradées ces derniers mois, les rapports avec la Russie se sont parallèlement réchauffés.

Comme un symbole, la Turquie a annoncé en septembre avoir signé un important contrat d'armement portant sur l'achat de systèmes de défense antiaérienne S-400 à Moscou, renforçant davantage l'inquiétude de ses partenaires occidentaux.

Ces systèmes de missiles de technologie russe ne sont pas compatibles avec ceux de l'Alliance atlantique et l'annonce avait été perçue comme une manifestation de mauvaise humeur de la part du président turc.

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