Chasser les serpents, un antidote à la pauvreté

Il faut marcher longtemps avant d’atteindre le maquis du village de Vadanemmelley, à 5 km de la route de la côte orientale, près de Madras. R. Muthan et K. Rajendran, deux chasseurs de serpents de la tribu Irula, avancent d’un pas rapide sur les sentiers étroits, le long de haies épineuses et à travers des forêts chuchotantes de casuarinas, sûrs de trouver leur proie. Avec un peu de chance, ce sera un cobra, un bongare ou une vipère, avec, en prime, un extra pour le dîner sous la forme d’un gros rongeur de noix ou de graines trouvé à l’intérieur d’un trou de rat. Comme tous les chasseurs de serpents traditionnels, ils mangent les termites aussi bien que les rats.
Rajendran s’arrête bientôt auprès d’un petit monticule. Il y a des signes qui ne trompent pas : une peau de serpent desséchée et une trace menant jusqu’à l’endroit recouvert de mauvaises herbes indiquent qu’un gros cobra se tapit à l’intérieur. Ayant creusé avec un levier dans le monticule apparemment inoffensif, Muthan s’approche doucement du cobra endormi. Avec son bras, il bouche l’entrée du tunnel qu’il a creusé et se saisit audacieusement de l’animal, qui se montre maintenant effrayé, furieux et vindicatif. Imperturbable, Muthan place soigneusement le reptile dans un sac en tissu et sourit. Le tandem en tirera 150 roupies [25 FF] auprès de la Société coopérative industrielle des chasseurs de serpents irulas.
Les jours fastes, Muthan réussit à attraper au moins trois serpents venimeux. “Pour les villageois, les morsures de serpent sont souvent mortelles, indique Rajendran. Mais, en réalité, c’est la peur et non le venin qui les tue.” Autant qu’il s’en souvienne, il chasse les serpents et résiste à leurs morsures depuis un demi-siècle, comme ses ancêtres l’ont fait avant lui pendant plus de trois mille ans.
Les habitants indigènes des forêts, les Irulas, vivent en petits groupes aux alentours des villages du district de Chingleput, dans l’Etat du Tamil Nadu. Jusqu’en 1976, la peau de serpent constituait leur principale ressource. Puis la loi sur la protection de la nature indienne en a interdit l’exportation et les a privés pratiquement de tout moyen de subsistance. Pour survivre, il ne leur reste qu’à utiliser avec profit leur connaissance innée des serpents. Conseillés par Romulus Whitaker, de la Crocodile Bank, à Madras, où la coopérative se trouve actuellement, les membres de la tribu ont demandé et obtenu la permission d’exploiter un centre d’extraction du venin. La Société coopérative d’extraction irula utilise leur talent de chasseurs de serpents venimeux pour réaliser un projet de fabrication de sérum antivenin. Depuis 1982, la coopérative a extrait, traité et expédié du venin provenant de plus de 100 000 bêtes, prélevant le venin des reptiles trois fois pendant leurs trois semaines de captivité.

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