Chasse : Interdiction de l’alcool, dimanche… Le plan du gouvernement

Le gouvernement a finalement écarté l’idée d’instaurer une journée sans chasse au profit, notamment, d’une application sur smartphone pour mieux informer le public.

POLITIQUE - Chasse gardée. Le gouvernement a finalement écarté l’idée d’instaurer une journée sans chasse, mais veut mieux encadrer la pratique, avec la volonté, notamment, de l’interdire sous l’emprise de l’alcool. Les règles de sécurité devraient également être renforcées, et l’accès aux informations facilité pour le public, via une application sur smartphone, déjà décriée, selon le plan dévoilé ce lundi 9 janvier.

Le gouvernement avait évoqué fin octobre l’idée d’une demi-journée sans chasse, instaurée au niveau local et pourquoi pas national, précisant qu’une interdiction le dimanche n’était « pas un sujet tabou. » Mais cette piste n’a finalement pas été retenue au terme de la concertation publique. Une idée à laquelle étaient pourtant favorables 66 % des Français, selon un sondage mené par YouGov pour Le HuffPost au début du mois de novembre.

« L’objectif auquel je crois profondément est celui de tendre vers le zéro accident », a ainsi avancé la secrétaire d’État à l’Écologie, Bérangère Couillard ce lundi, qui s’est rendue dans le Loiret pour dévoiler son plan, « c’est une sécurité renforcée 7 jours par semaine que nous recherchons. »

Formation, sensibilisation, sécurisation

Selon l’Office français de la biodiversité (OFB), le nombre d’incidents de chasse est à la baisse depuis 20 ans. Néanmoins, pour la saison 2021-2022, l’OFB a recensé 90 accidents (blessures corporelles liées à l’utilisation d’une arme de chasse), contre 80 la saison précédente. Parmi eux, huit mortels, dont deux avec des victimes non-chasseurs.

Pour répondre à cet enjeu, le plan gouvernemental s’articule en trois axes : renforcer la formation et la sensibilisation des chasseurs, instaurer des règles de sécurité renforcées pendant la chasse et mieux assurer le partage des espaces via une meilleure information des usagers de la nature. Concernant la sécurité, le gouvernement prévoit de créer « début 2023 une contravention pour sanctionner l’acte de chasse sous l’emprise excessive de l’alcool puis favorisera la création d’un délit par voie législative ».

Les sanctions en cas d’accident grave devraient également être renforcées, avec notamment la possibilité d’un retrait du permis de chasse pour une certaine durée avec interdiction de le repasser. Le gouvernement veut également généraliser une formation à la manipulation pratique des armes pour l’ensemble des chasseurs. « Un chasseur sur deux devra être formé d’ici 2025 et tous les chasseurs devront l’être d’ici 2029 », est-il indiqué, dans le plan dévoilé en marge des annonces de la ministre.

Les organisateurs de battue (environ 200.000 personnes) auront, quant à eux, l’obligation de recevoir une formation spécifique par les fédérations « rappelant notamment les règles de sécurité et les enjeux de communication avec les riverains ».

Un accueil frileux

Enfin, pour mieux informer les promeneurs et autres usagers de la nature, une plateforme numérique sera mise en place à l’automne pour identifier les zones et les horaires non chassés. Les organisateurs de chasse collective auront l’obligation de s’y déclarer. « La plateforme que nous lançons centralisera les informations et sera en open data pour faciliter les échanges avec les applications existantes déjà utilisées par le grand public », est-il écrit dans le plan, à l’image de ce qui existe déjà pour la randonnée ou le footing ou le VTT.

Un dispositif que la presse avait déjà dévoilé, la semaine dernière… Et qui a immédiatement suscité les moqueries, plus ou moins acerbes, des élus ou associations enclines à encadrer plus fermement la chasse. « C’est une blague », a ainsi immédiatement réagi l’élue EELV Sandrine Rousseau, sur les réseaux sociaux, mercredi 4 janvier.

Un agacement partagé par les écolos du Sénat. « J’espère que c’est une erreur », avait par exemple renchéri le président du groupe EELV à la chambre haute, Guillaume Gontard, en interpellant Bérangère Couillard, toujours sur Twitter. Et d’ajouter : « Tout le monde connaît le caractère aléatoire de ce type d’application qui donne une fausse idée de sécurité et est au final dangereuse. Si vous écoutiez les Français ? Huit sur 10 sont favorables à l’interdiction de la chasse le dimanche. »

Force est de constater que la population est bien plus sévère que le gouvernement à l’égard des chasseurs. Une courte majorité de Français est même favorable à une interdiction totale de la pratique, 51 % d’entre eux, précisément, selon notre sondage mené à l’automne dernier. On en est loin aujourd’hui.

VIDÉO - "Ça ne trompe personne": le plan chasse du gouvernement plutôt favorable aux chasseurs