Chars français en Ukraine : pourquoi il est trop tôt pour parler de tournant

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DÉFENSE - « L’engin de cavalerie légère par excellence » : comme l’explique au HuffPost Yohann Michel, chercheur à l’Institut International pour la recherche stratégique, l’AMX-10 RC n’a rien d’anecdotique dans l’arsenal de la défense française. Ce char léger, produit à près de 500 exemplaires depuis la fin des années 1970, va être livré par la France à l’Ukraine pour l’aider dans sa guerre contre la Russie, comme l’a annoncé l’Élysée mercredi 4 janvier.

Une promesse déjà saluée par le président Volodimir Zelensky, qui célèbre le « leadership » d’Emmanuel Macron qui « rapproche de la victoire » son pays. Ce premier engin blindé livré par un État d’Europe occidental à l’Ukraine incarne-t-il un tournant pour le conflit ? Comme vous pouvez le découvrir dans la vidéo en tête de cet article, il est trop tôt pour en juger, faute de nombreuses questions pour le moment sans réponse.

Vitesse de mouvement et capacité de projection

À commencer bien sûr par le nombre d’unité et le délai d’envoi. Pour le moment, aucune indication n’a été donnée par la France à part la décision d’envoyer des AMX-10 RC sur le champ de bataille.

Retenons que l’atout principal de cet engin, imaginé en pleine guerre froide, est sa mobilité. Monté sur roues, relativement léger avec ses 15 tonnes, l’AMX-10 RC emporte son canon de 105 mm plus vite et plus loin que bien des blindés de sa catégorie d’armement. En une fois, il peut ainsi se déplacer de plus de 500 kilomètres, avec une vitesse sur route dépassant les 80 kilomètres/heures. « C’est une conception assez française », résume ainsi Florent de Saint-Victor, consultant spécialisé dans les questions de défense, « qui privilégie la vitesse de mouvement et la capacité de projection sur les théâtres d’opérations ».

De fait, si l’AMX-10 RC est en train d’être remplacé par le plus moderne engin blindé Jaguar, il fit partie de nombreuses missions hors de l’hexagone, du Mali à l’Afghanistan, en passant par l’Irak (1990-1991). Mais «depuis la première guerre du Golfe », précise Yohann Michel, l’engin « n’a jamais été utilisé pour une guerre de haute intensité ».

Est-ce-à-dire que ce char vieillissant risque de ne pas être efficace sur le champ de bataille entre les armées ukrainiennes et russes ? Certainement pas, mais trop de données échappent pour l’instant à l’équation.

La donnée essentielle n’est pas le char lui-même

La période à laquelle les chars seront disponibles sur le terrain sera bien sûr cruciale : si le sol ukrainien est gelé en plein hiver, ou rendu dur par la chaleur, l’AMX-10 RC sera efficace en reconnaissance, en appui de troupes, ou même en combat occasionnel face à d’autres blindés. Mais pour cela, il faut éviter la saison des boues, si fatales à la mobilité…

« À la mi-printemps, ce serait un bon calcul […] Si les Ukrainiens arrivent à percer le front une fois la saison des boues finie [...] il sera particulièrement utile » , théorise ainsi Yohann Michel. Ce délais permettrait de passer le redoux, mais également de former les troupes ukrainiennes au maniement de l’AMX-10 RC. Car c’est ici que se situe la plus grande inconnue, et sans doute la clef de son impact dans le conflit en cours.

Le char français a beau avoir déjà fait ses preuves, « ses avantages dépendront à 80 % de la formation des soldats » précise le chercheur. Et pour cela, il faudra forcément du temps. « Même si livraison déjà était en préparation », ce que l’on ignore encore aujourd’hui, « la formation dure plusieurs mois […] Ça va prendre deux, trois mois minimum et ça dépend du niveau d’expertise que vous voulez faire atteindre aux équipages. »

Autrement dit, l’AMX-10 RC servira seulement d’engin de reconnaissance si la formation fait défaut, alors qu’il pourrait être un appui décisif en combat blindé ou en appui d’infanterie. Mais il faudrait alors que Paris et Kiev soient déjà en train d’organiser avec minutie la formation des troupes ukrainiennes.

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