Charles, le prince maudit

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La Reine Elizabeth II et son fils, le prince Charles, le 14 octobre 2019 - TOBY MELVILLE / POOL / AFP
La Reine Elizabeth II et son fils, le prince Charles, le 14 octobre 2019 - TOBY MELVILLE / POOL / AFP

Toute sa vie, il a coupé des rubans et serré des mains. Le prince Charles a atteint l'âge de la retraite, pourtant son "vrai" travail, ne commencera qu'à la mort de sa mère, la reine Elizabeth II. Alors, Charles deviendra roi.

Personnage original, maniant depuis toujours l'humour et l'ironie comme une seconde nature, Charles promène depuis plus de 50 ans, sa silhouette un peu maladroite, d'inaugurations en rencontres officielles, désormais au bras de sa chère Camilla, épousée en secondes noces, contre vents et marées.

Aujourd’hui, Charles est censé incarner l’avenir de la monarchie. Mais les Britanniques adhéreront-ils à son style?

"C'est une personnalité difficile à saisir. C'est une personnalité avec laquelle les Britanniques ont du mal à s'identifier. D'un côté, ouverte. Et de l'autre, très conscient de son statut", évoque Marc Roche, correspondant du Point à Londres.

Enfant doux et rêveur

Charles et Camilla vivent à Clarence House, à quelques encablures du palais de Buckingham. Ils y vivent entourés d'une domesticité nombreuse - 120 personnes travaillent à son service - et de privilèges d'un autre temps. Charles a ainsi un valet chargé de mettre du dentifrice sur sa brosse à dents, mais aussi deux personnes pour l'aider à s'habiller le matin.

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Le fils aîné de la reine a connu une enfance qu'on ne peut pas qualifier de "difficile", mais il a grandi sous l'œil du public, et parfois loin de ses parents, qui pouvaient s'absenter pour des voyages officiels à l'autre bout du monde pendant six mois d'affilée.

"Il a toujours placé sa mère sur un piédestal. Elle n'est pas seulement sa mère, elle est la monarque? Il a toujours cherché la rendre fière de lui, à obtenir son approbation. Mais elle n'est pas quelqu'un qui sait très bien exprimer ses sentiments", souligne la biographe spécialiste de la famille royale, Penny Junor.

Toute son enfance, son père, le prince Philip a tenté de l'endurcir, l'envoyant dans l'institution écossaise qu'il avait lui-même fréquentée enfant, et où Charles a été victime de harcèlement scolaire. Las Charles est resté l'enfant doux et rêveur qu'il était, passionné de pêche, de campagne, d'art, et s'imaginant devenir acteur.

Un côté rêveur, en décalage avec le destin qui est le sien.

Si le rôle du prince de Galles n'est pas prédéfini, il a fait de Charles un bourreau de travail. Parrain de 600 associations, engagé sur de nombreux sujets allant de l'insertion des jeunes en difficulté à l'urbanisme, il travaille d'arrache-pied et lève plus de 100 millions de livres sterling par an.

Le fiasco Diana

Pourtant, le futur roi est loin d'être le préféré dans le cœur des Anglais. Il traîne comme un boulet son mariage raté avec Diana. Les Britanniques lui reprochent de lui avoir préféré Camilla Parker-Bowles, et lui imputent la responsabilité de sa mort.

L'union de Charles et Diana, un compte de fées sur le papier, a tourné au fiasco pour le prince. Concurrencé par sa jeune et belle épouse, Charles a mal vécu d'être ainsi éclipsé. Alors que le couple, quelques années plus tard, le couple se déchire, les tabloïds choississent leur camp.

"Les médias se sont rangés derrière Diana, et je pense que c’était en partie une décision commerciale, parce qu’une photo de Diana en couverture faisait vendre 200.000 exemplaires de plus, souligne Penny Junor. Une photo de Charles n’avait aucun effet. Charles était un homme chauve, d’âge moyen, dans un costume gris. Diana était belle, elle était jeune, elle portait des vêtements fabuleux avec une belle silhouette, et elle faisait vendre".

Le coup de grâce sera porté par Diana, lors d'une interview qu'elle accorde en 1995. Elle déclare, entre autres, qu’elle ne pense pas "que le prince de Galles avait les épaules pour devenir roi". L'effet est dévastateur.

Charles devient celui par qui le scandale arrive. Compromettant l'avenir qu'il devait incarner.

Amour de jeunesse

À partir de 1996, après la mort de Diana, le prince se lance dans une opération réhabilitation et engage un brillant communicant. Il emmène ses fils William et Harry en voyage officiel ou en vacances, rencontre les Spice Girls, se montre plus accessible... Quelques années plus tard, il parvient même, grâce à une bonne communication, à faire accepter Camilla Parker-Bowles, la femme la plus détestée d'Angleterre. Ils apparaissent en public pour la première fois en 1999.

"Camilla devient un nouveau produit. Ce n'est plus l'ex-maîtresse. Mais c'est celle que le prince aurait dû épouser dès le départ et qu'on ne lui a pas laissé épouser par devoir d’Etat. Et il a droit à ce bonheur", analyse Marc Roche.

Charles épouse son amour de jeunesse en 2005, à 56 ans, avec la bénédiction de ses deux fils et de la reine.

Passionné par l'environnement et écologiste convaincu depuis les années 1980, bien avant que cela ne soit à la mode, le prince de Galles se trouve finalement en phase avec son époque. Il rencontre Greta Thunberg, participe aux sommets sur le réchauffement climatique. Devenu branché, grâce à ses engagements, Charles pose en couverture des magazines. Apaisé et heureux auprès de Camilla, il apparaît bien plus détendu.

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Il aura fallu une série télé, The Crown, pour ébranler ce fragile équilibre. La série qui retrace l'histoire de la famille royale revient sur l'histoire de Charles et Diana, retournant le couteau dans la plaie pour les Britanniques. Et dresse un portrait de Charles tout sauf flatteur.

Le prince y est dépeint comme "un type falot, qui a tout le temps les épaules courbées, avec un petit air sournois, en train de chouiner auprès de sa maman qu'il est malheureux", évoque Adélaïde de Clermond-Tonnerre, directrice de la rédaction de Point de vue.

"Ce job, c'est son destin"

The Crown a beau être une fiction, l'effet est dévastateur. Le couple doit fermer les commentaires sur son compte Twitter officiel.

Dans les sondages, sa cote est assez stable, avec 40 et 50% de gens qui estiment qu'il ferait un bon roi. Mais Charles n'est pas le membre préféré de la famille royale dans le coeur du public. Seuls 13% des Britanniques le citent comme leur personnage préféré, derrière la reine, bien sûr, mais aussi Kate Middleton ou le prince William.

Les révélations de Harry et Meghan à la télévision américaine n'ont évidemment pas arrangé les choses. Et puis avec la disparition du prince Philip, l'époux de la reine, début avril, la monarchie entre dans une phase périlleuse.

Les Républicains sont en embuscade. "Ce qui maintient tout ça debout, c'est la reine, estime ainsi Graham Smith, président du groupe de pression républicain. La déférence, le respect qu'elle inspire les protège, la monarchie et elle. Mais le prince Charles n'héritera pas de ça. Lui a un lourd passif. Il se mêle de tout, alors qu'il est censé rester en retrait. Cela va changer radicalement le regard du public sur l'institution".

Pourtant, selon les commentateurs royaux, il ne passera jamais la main. "Pourquoi ferait-il ça? s'interroge l'ancien correspondant royal du Sun, Charles Rae. Ce job, c'est son destin. Même s'il ne doit régner que 3 jours, il sera roi!".

Article original publié sur BFMTV.com