Charles III: quel est le rôle du nouveau roi en tant que gouverneur suprême de l'Église anglicane?

Le roi Charles III - AFP
Le roi Charles III - AFP

En devenant roi, Charles III endosse non seulement le costume de chef d'État du Royaume-Uni et du Commonwealth, mais aussi celui de l'Église anglicane. Cette dernière casquette confère officiellement au monarque le pouvoir de nommer les évêques et archevêques de l'Église.

Mais ce rôle de gouverneur suprême de l'Église d'Angleterre est surtout symbolique, puisque son pouvoir de nomination n'est exercé qu'après l'avis d'une commission ecclésiastique.

"Aujourd’hui le roi n’a aucun pouvoir sur l’Église. S’il 'nomme' par exemple les évêques, c’est une signature formelle sur proposition du Premier ministre, qui lui transmet un choix issu d’un comité ecclésiastique interne à l’Église qui seul décide", a expliqué Rémy Bethmont, enseignant d'histoire et de civilisation britannique, au Figaro.

Un roi en retrait de l'Église?

Si Charles III a rappelé dans son premier discours télévisé son rôle religieux, en évoquant la "relation et la responsabilité particulières du souverain envers l'Église d'Angleterre", les spécialistes s'interrogent sur la relation qu'il va concrètement entretenir avec l'Église.

Pour Jeffrey John, père de la paroisse anglicane Saint-Georges à Paris, le nouveau souverain devrait rester en retrait, comme Elizabeth II, tout en affichant sa foi.

"C'est la même chose sur le plan religieux que sur le plan politique. Il est impossible que le roi ou la reine expriment leurs propres opinions parce que, immédiatement, ça pourrait diviser les gens" a-t-il commenté auprès d'Europe 1.

"Défenseur des croyances"

Une rupture pourrait cependant intervenir entre son règne et celui de sa mère, puisqu'il semble se montrer plus ouvert aux autres religions. Au lieu de restreindre son rôle à la protection de la foi anglicane, le futur souverain avait notamment déclaré en 1994 préférer se voir "comme défenseur des croyances", rappelle La Croix.

S'il était revenu sur ses propos en 2015 dans une autre interview, il avait tout de même défendu son souci de "l'inclusion de la foi des autres et de leur liberté de culte dans ce pays".

Il a notamment montré à différentes reprises son ouverture à l'islam, assurant par exemple avoir étudié le Coran, et transmettant ses vœux aux musulmans au moment du Ramadan en avril dernier, rappelle encore le journal.

"Il n'y aura pas un si grand changement"

Mais cette ouverture aux autres religions ne signifie pas nécessairement des changements dans la pratique de son rôle de chef de l'Église anglicane.

"Il est vrai que Charles, peut-être plus que sa mère, a montré davantage d’intérêts pour les questions interreligieuses, mais cela ne peut être interprété comme un intérêt moindre et une moindre loyauté à l’égard de l’Église d’Angleterre", a estimé Jeremy Morris, spécialiste de l'anglicanisme, au Figaro.

Et puisque le nouveau roi a rappelé sa loyauté à l'Église qu'il gouverne lors de son premier discours, le spécialiste ne s'attend "pas à ce que son rôle monarchique de gouverneur suprême de cette Église change substantiellement sous son règne."

Même son de cloche du côté des spécialistes britanniques. "Le roi Charles va repenser ce que signifie être défenseur de la foi, mais ce sera un reflet de la façon dont sa mère a exercé son rôle dans la réalité", a notamment expliqué Diarmaid MacCulloch, professeur d'histoire à l'université d'Oxford au The Guardian.

Pour lui, la reine aussi "était très consciente qu'elle présidait une société multiculturelle", c'est pourquoi "dans la pratique, il n'y aura pas un si grand changement" avec l'arrivée de Charles III au pouvoir.

Article original publié sur BFMTV.com