Le chaos mis en colloque par Frédéric Ferrer

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Passionné par la transmission ludique des savoirs, l’artiste-conférencier présente «Borderline(s) Investigation #1», étude incongrue de l’effondrement du monde. Rencontre.

La dernière fois qu’on a croisé Frédéric Ferrer sur un plateau, c’était celui du Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph à Avignon. Il s’échinait alors à classer avec la minutie enthousiaste de l’expert scientifique les 325 artistes qui avaient foulé le même sol que lui en vingt ans, selon d’étonnants critères, du type : «Si l’on soustrait le nombre d’artistes qui ont jeté le plus d’objets sur le plateau au nombre de ceux qui ont le moins touché le sol…» A l’entendre parler face à nous aujourd’hui, à quelques heures de présenter à la Villette Borderline(s) Investigation #1, sa nouvelle vraie-fausse conférence sur les limites de la Terre et les théories de l’effondrement, on se dit que s’il pouvait étiqueter les pigeons par ordre d’apparition dans l’encadrement de la fenêtre, derrière nous, il nous planterait là pour le faire.

Expertise. Frédéric Ferrer est un pataphysicien obsessionnel, qui s’agenouille devant les héros flaubertiens Bouvard et Pécuchet, admire Erik Duyckaerts - dont la première performance s’intitulait Expliquer le transfini à ses amis. Il adore aussi l’émission de vulgarisation scientifique de France Inter les Petits Bateaux et confirme sa grande passion pour l’indétrônable mentor de l’art classificatoire, Georges Perec, «particulièrement pour sa Tentative d’épuisement d’un lieu parisien», précise t-il.

Epuiser est une tâche qui convient bien à Frédéric Ferrer, lui qui n’aime rien tant qu’établir des diagrammes, courbes, tableurs et PowerPoint pour quantifier l’inquantifiable, tenter de rationaliser ce qui ne peut l’être, montrer à quel point c’est tragique, et donc si beau, d’échouer en permanence à circonscrire le réel, à rendre le chaos objectivable.

Cet ancien géographe devenu artiste-conférencier se souvient très bien de sa conversion, ce moment précis où il a compris qu’il (...)

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