Chaos au Stade de France: les conclusions sans appel du rapport gouvernemental sur les incidents

L'entrée chaotique au Stade de France avant la finale de la Ligue des champions - ICON Sport
L'entrée chaotique au Stade de France avant la finale de la Ligue des champions - ICON Sport

Les explications et les chiffres avancés par les autorités, notamment par la préfecture de Police et le ministère de l'Intérieur, sont mis à mal par l'enquête de Michel Cadot. "Plusieurs failles" sont pointées par le délégué interministériel aux JO et aux grands évènements, qui a rendu ce vendredi le rapport demandé par Matignon sur les graves incidents survenus le soir de la finale de la Ligue des champions au Stade de France.

La conclusion de ce document remis à la Première ministre Élisabeth Borne est la suivante: "Ces dysfonctionnements sont le résultat, malgré une préparation soignée, de plusieurs failles dans l'orientation et dans la gestion de la foule, dans l'insuffisante information entre la RATP et les PC (postes de commandement), dans le manque d'anticipation des itinéraires de délestage, dans la coordination et le dialogue imparfaits entre les parties représentées au PC avec une configuration cloisonnée et dans la non-lecture de signes avant-coureurs de la présence d'individus malveillants venus en grand nombre près du Stade pour commettre des actes de délinquance".

· Le chiffrage des autorités remis en question

Rapidement avancé par Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur, et Didier Lallement, préfet de police de Paris, le chiffrage sur les 35.000 spectateurs excédentaires au Stade de France (capacité de 81.000 places), car sans billets ou munis de faux tickets, est à "relativiser". Les données communiquées ne sont "pas corroborées par des capteurs techniques permettant de disposer de résultats objectivés".

Michel Cadot note que la venue, en ville, de nombreux supporters sans billet n'entraîne pas systématiquement de désordre. Il est ainsi constaté que la dernière finale de Ligue Europa, à Séville, "s'est terminée sans incident notable, en dépit de quelques bagarres localisées, bien que des milliers de supporters des deux équipes, dont le nombre a été estimé à 130.000, pour un stade d'une capacité de 57.600 places, n'aient pas été détenteurs de billets".

· Les failles de la gestion des flux

Outre les problèmes de communication entre la RATP, les pouvoirs publics et le Stade de France par rapport à la grève sur le RER B et à l'utilisation massive du RER D, deux problèmes majeurs sont soulevés concernant les flux de personnes. Le premier concerne une décision de la préfecture de police, qui a "demandé de faire démonter les panneaux prévoyant l'orientation des voyageurs sortant du RER D vers le cheminement du RER B". Ces indications auraient pu éviter l'engorgement du chemin étroit de la sortie du RER D. "Il aurait été souhaitable que cette signalétique soit réinstallée dès le risque de perturbations connu", dit le rapport.

Deuxième défaillance: le contrôle de tickets réalisé aux points de préfiltrage. La Fédération française de football, sur demande de l'UEFA et accord de la préfecture de police, a imposé aux agents de vérifier la validité des billets, en plus de procéder aux inspections habituelles de sécurité. "L'effet de fluidité recherché (...) a été ralenti par ce double contrôle complexe de deux catégories distinctes de billets et interroge sur un détournement d'usage de la finalité des pérmiètres de protection".

Plus globalement, le plan élaboré "a montré sa difficulté à évoluer et à s'adapter avec agilité à un flot plus important et prévisible en provenance du RER D, conduisant à son embolie puis à sa rupture". Il a notamment été souligné qu'aucun chemin de sortie n'était prévu sur les points de filtrage où des faux billets ont été détectés.

· La réactivité de la police pointée du doigt

D'après le rapport, la police, en plus d'être critiquée pour l'usage disproportionné de gaz lacrymogène, n'a pas su être suffisamment réactive sur le problème des flux: "Les mesures correctrices prises dans l'urgence par la police, en réaction plutôt qu'en anticipation, ont mis 28 minutes à être déployées (...) alors que l'engorgement était déjà massif au point de préfiltrage - estimé à 15.000 personnes".

Même constat vis-à-vis du phénomène de "délinquance d'opportunité" causé par "300 à 400 individus très mobiles" une fois que les barrages ont été levés par mesure de sécurité pour la foule: "Ce risque d'atteinte aux personnes et aux biens n'a pas été suffisamment traité lorsque les individus ont profité de l'aubaine de l'ouverture du filtrage pour pénétrer à l'intérieur du périmètre de sécurité. Le prisme de l'ordre public a été dominant".

Ce qui explique que "le repositionnement" d'une partie des forces de police vers l'intérieur du stade, afin d'éviter les tentatives d'intrusion, ait eu pour effet de "laisser le terrain aux délinquants". Il a fallu attendre "la mi-temps du match" pour que ce terrain soit repris "partiellement".

Article original publié sur BFMTV.com

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