La chanteuse italienne Milva, alias "la panthère de Goro", est morte à 81 ans

J.L.
·4 min de lecture
La chanteuse italienne Milva en 1990 - Capture d'écran YouTube
La chanteuse italienne Milva en 1990 - Capture d'écran YouTube

Elle avait interprété certains des plus grands succès de la chanson italienne des années 1960 et 1970 et sa chevelure rousse était connue bien au-delà des frontières de la péninsule: malade depuis des années, Milva, connue comme "la panthère de Goro", est morte vendredi soir à Milan (nord), a indiqué sa fille à l'agence Ansa.

"Je crois avoir bien fait mon métier et avec dignité", confiait Milva en octobre 2010, lors de sa dernière apparition télévisée. "Je me suis abimé la santé en utilisant des médicaments qui m'ont aidée à moins ressentir le poids de mon travail", expliquait alors l'artiste en annonçant tirer sa révérence après 50 ans de carrière, invoquant de problèmes de santé et de mémoire.

"Milva a été l'une des interprètes les plus intenses de la chanson italienne. Sa voix a suscité des émotions intenses à des générations entières. Une grande italienne, une artiste partie de sa terre natale qui est montée sur les scènes internationales", a commenté le ministre de la Culture Dario Franceschini.

Des polémiques retentissantes

Née le 17 juillet 1939 dans le village de Goro en Emilie-Romagne (Nord), Maria Ilva Biolcati, alias Milva, entre dans le paysage artistique de l'Italie à l'occasion de l'édition de 1961 du festival de la chanson de San Remo, le grand rendez-vous de la chanson transalpine, où elle se classe 3e. Outre ses qualités vocales, le public découvre aussi le tempérament volcanique de celle qu'on surnomme déjà "la panthère de Goro".

https://www.youtube.com/embed/E7TCA8Kcfz8?rel=0

Les polémiques, souvent retentissantes, ont accompagné une carrière qui a largement dépassé les frontières italiennes, son talent étant reconnu en Amérique latine, en Espagne, en France (où on l'a comparée à Piaf) et surtout en Allemagne, pays dont elle a appris la langue.

Sa rivalité avec Mina, autre icône de la chanson italienne des années 1960 et 1970, a aussi marqué toute une génération d'Italiens même si cette concurrence artistique, montée en épingle par la presse, a toujours été démentie par Milva elle-même.

"Milva la Rouge"

Pendant cette période, la chanteuse se construit une identité de rebelle, inscrivant à son répertoire des hymnes à la liberté (elle chante très tôt Bella ciao", le chant des partisans antifascistes) et des chansons politiquement engagées, où elle raconte la vie du prolétariat. On lui attribue alors un nouveau surnom, "la Rouge", couleur qui sied aussi bien à ses cheveux qu'à son engagement politique à gauche.

https://www.youtube.com/embed/JhnBB7w2bRw?rel=0

Dans la décennie 1970, sans abandonner sa carrière de chanteuse, Milva se lance dans l'aventure théâtrale. Après des débuts au Piccolo Teatro, créée en 1967 à Milan par Giorgio Strehler, elle joue avec succès en 1973 dans L'Opéra de quat'sou" de Bertolt Brecht que le même Strehler met en scène en Italie et à travers l'Europe.

Ses interprétations du répertoire de Brecht lui ont valu la médaille de l'ordre du mérite de la RFA, où sa chanson Was Ich Denke (Ce que je pense) a été n°1 des ventes et disque d'argent en 1978. De 1973 à 1980, la diva est en tournée en Europe ainsi qu'au Canada, en Russie et au Japon avec le groupe baptisé "I Milvi".

Passion pour la politique

Sa passion pour la politique l'amène à rencontrer divers auteurs engagés, comme le Grec Mikis Theodorakis, condamné à l'exil par la dictature des colonels, ou l'Italien Franco Battiato, qui a co-écrit pour elle Alexander Platz (1982), l'un de ses titres les plus célèbres.

https://www.youtube.com/embed/LMV4vHOX1Ng?rel=0

Au total, elle a enregistré une soixantaine d'albums et travaillé aussi avec les compositeurs de musiques de films Ennio Morricone, Francis Lai et Vangelis. En 1984, elle a aussi été une mémorable interprète du show El Tango d'Astor Piazzola au théâtre parisien des Bouffes du Nord.

Mariée en 1961 au réalisateur Maurizio Corgnati, qui fut son pygmalion et dont elle a eu une fille, Martina, en 1963, Milva a aussi partagé la vie du comédien Mario Piave, assassiné dans des circonstances mystérieuses en mai 1979.

Article original publié sur BFMTV.com