Chantage politique: le maire de Saint-Étienne auditionné à Lyon

Le maire de Saint-Etienne Gaël Perdriau a été entendu en garde à vue mardi à Lyon avec quatre membres de son équipe dans le cadre d'une enquête judiciaire ouverte après des accusations de chantage politique à la sextape visant l'élu LR et sa garde rapprochée.

Sa garde à vue, confirmée par le parquet de Lyon, a été levée vers 14H00, a indiqué à l'AFP son avocat Me Christophe Ingrain, en précisant que son client n'avait pas été mis en examen ni soumis à contrôle judiciaire.

Au coeur des investigations, le tournage et l'usage d'une vidéo à caractère sexuel enregistrée en 2014 dans laquelle Gilles Artigues, ex-premier adjoint municipal et ex-député connu pour son engagement catholique, se faisait masser par un homme dans une chambre d'hôtel à Paris.

M. Perdriau s'était fait excuser mardi matin d'un point presse à Saint Etienne en faisant savoir qu'il était "auditionné à sa demande" et "pour que la vérité éclate", comme l'a expliqué aux journalistes son premier adjoint Jean-Pierre Berger.

Le maire avait aussi fait savoir qu'il abordait ces auditions "avec sérénité", mais sa famille politique a très rapidement annoncé avoir lancé "une procédure d'exclusion" en attente de validation par le bureau politique LR, tandis que localement, plusieurs élus demandaient qu'il se mette en retrait.

Les auditions qui visent à "recueillir les premières déclarations des principaux protagonistes" de l'affaire ont été faites "dans le cadre de gardes à vue ordonnées par les magistrats instructeurs", a précisé le parquet de Lyon dans un communiqué.

Celui-ci a ouvert début septembre une information judiciaire pour "atteinte à l'intimité de la vie privée, chantage aggravé, soustraction de bien public par une personne chargée d'une fonction publique, abus de confiance et recel de ces infractions" après une plainte de Gilles Artigues visant nommément le maire, l'un de ses adjoints et l'ancien compagnon de ce dernier.

Le site d'information Mediapart, qui a révélé l'affaire fin août en publiant des confessions détaillées de Gilles Rossary-Lenglet sur un "barbouzage de moeurs" à Saint-Etienne, a mis en ligne lundi de nouveaux enregistrements accablants pour l'élu de 50 ans et son directeur de cabinet Pierre Gauttieri.

Le but, selon lui, était de neutraliser politiquement un premier adjoint centriste dont la candidature dissidente aux municipales de 2008 avait coûté la mairie à la droite. Des accusations "ignobles", selon M. Perdriau.

Outre le maire de Saint-Etienne, ont été auditionnés mardi son directeur de cabinet, son adjoint Samy Kéfi-Jérôme, l'ex-compagnon de ce dernier Gilles Rossary-Lenglet ainsi que sa directrice adjointe de cabinet Claire Vocanson, selon le parquet.

-"Méthodes ignobles" -

"Les investigations consistant notamment dans l’exploitation des différents supports et documents saisis lors des perquisitions, se poursuivent sous l’autorité des juges d’instruction qui apprécieront en temps utile la suite qu’il convient de donner à cette enquête", poursuit le texte.

Un volet de l'affaire concerne la rétribution du "barbouzage", faite selon Gilles Rossary-Lenglet via des prestations fictives facturées à deux associations spécialement subventionnées par la ville.

Après les nouvelles révélations de Médiapart lundi, les quatre parlementaires LR de la Loire et douze élus de l'opposition municipale de gauche ont demandé au maire et président de la métropole de se mettre en retrait, tandis que sa majorité prenait ses distances avec lui.

"S'il revient désormais à la justice (...) de se prononcer sur la culpabilité et le degré d'implication de M. Perdriau, Les Républicains ne peuvent que condamner les méthodes ignobles utilisées par le maire de Saint-Etienne à l'encontre d'un rival politique", a estimé le parti des Républicains dans un communiqué.

Sur Twitter, le patron des sénateurs LR Bruno Retailleau a dénoncé des "agissements mafieux intolérables", tandis que le candidat à la présidence de LR Eric Ciotti - très critiqué par M. Perdriau pour sa ligne dure - a fustigé un "donneur de leçons" montrant "le visage terrifiant de la pire des abjections".

Après deux mandats de conseiller municipal entre 1995 à 2014 - dans la majorité de centre-droit puis dans l'opposition après la victoire de la gauche-, Gaël Perdriau a été élu maire de Saint Etienne et président de la métropole en 2014, puis réélu en 2020.

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