Chantage politique à Saint-Etienne: Gaël Perdriau fait face au scandale avec "détermination"

Le maire LR de Saint-Etienne et président de la métropole stéphanoise Gaël Perdriau a affiché jeudi sa "détermination" à rester en fonction malgré l'affaire de chantage à la sextape qui secoue sa ville et éclabousse son image depuis trois semaines.

Il n’a "en aucun cas prévu de se mettre en retrait de ses fonctions", comme le demandent plusieurs élus locaux et nationaux, dans son camp et dans l'opposition, mais aussi des acteurs économiques locaux, a déclaré jeudi à l'AFP son avocat Me Christophe Ingrain. "Rien ne justifierait sur le plan juridique qu’il démissionne".

"Gaël Perdriau est au travail à la ville comme à la métropole sur l’ensemble des dossiers, au service des deux collectivités et des habitants, avec la même détermination", indique un communiqué de son cabinet.

"Il est ressorti libre de trois heures trente de garde à vue sans aucune mesure prise par la justice à son encontre", a souligné son avocat en qualifiant de "navrantes" les nombreuses réactions hostiles chez les Républicains et en critiquant la procédure d'exclusion lancée par LR.

M. Perdriau a assisté jeudi à une réunion avec les 20 vice-présidents de la métropole au cours de laquelle l'affaire a été évoquée. "J'ai abordé la question et j'ai donné ma version des faits (...) Que ce soit à la ville ou à la métropole, je suis à la tête de mes responsabilités et je les assume", a-t-il déclaré à l'issue de ces échanges avant de s'éclipser.

L'élu de 50 ans a été placé en garde à vue mardi dans le cadre d'investigations sur le tournage et l'usage d'une vidéo tournée en janvier 2015 dans laquelle on voit Gilles Artigues, son ex-premier adjoint et ex-député connu pour son engagement catholique, se faire masser par un homme dans une chambre d'hôtel à Paris. L'objectif étant de neutraliser politiquement ce centriste qui occupe désormais un poste dans l'enseignement catholique dans le Tarn.

"Ni le maire ni moi-même ne sommes les commanditaires de cette vidéo", a affirmé mercredi son directeur de cabinet Pierre Gautierri dans un entretien à la télévision locale TL7.

- "Exécution " -

L'affaire a éclaté fin août quand le site d'information Mediapart a publié les confessions détaillées d'un ancien proche de l'équipe municipale sur un "barbouzage de mœurs" organisé selon lui à la demande du maire et de ses proches. Le tournage de la vidéo compromettante a selon lui été rétribué via des prestations fictives facturées à deux associations culturelles locales subventionnées par la mairie.

Le parquet de Lyon a ouvert une information judiciaire pour "atteinte à l'intimité de la vie privée, chantage aggravé, soustraction de bien public par une personne chargée d'une fonction publique, abus de confiance et recel de ces infractions" après une plainte de Gilles Artigues.

Les trois juges d'instruction en charge du dossier ont commencé à entendre tous les protagonistes, le plaignant, le dénonciateur, le maire, son directeur de cabinet, l'adjoint à l'éducation et quatre responsables des associations culturelles pour le volet financier de l'affaire, selon le parquet.

La semaine dernière, la diffusion par Mediapart d'enregistrements audio accablants a marqué l'hallali. On entend le maire parler de la sex-tape avec son premier adjoint, évoquer une diffusion "en petit cercle, avec parcimonie" dans une conversation enregistrée en juillet 2018, selon Mediapart.

"Une fois que c'est sur les réseaux, ce n'est plus du chantage, c'est une exécution", dit-il dans un autre enregistrement datant de novembre 2017 selon Mediapart. Le maire lui, assure n'avoir pas commandité cette vidéo, ne l'avoir jamais vue et ne l'avoir jamais utilisée pour un chantage politique.

Mercredi, plus d'une centaine de personnes ont manifesté devant l'Hôtel de ville sous une pluie battante pour demander sa démission et celle de son équipe municipale.

La CGT des personnels communaux a lancé jeudi matin un appel à la grève au sein du service cadre de vie (propreté et entretien des espaces verts). Évoquant "l’autoritarisme du maire" et un "contexte délétère", la CGT demande "un moratoire sur toutes les décisions administratives concernant le personnel mises en place par l’équipe" de Gabriel Perdriau depuis son élection en 2014.

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