CHAN 2020: l’Union de Douala miroir d’un foot local camerounais en désuétude

·4 min de lecture

La grandeur et la décadence de l’Union sportive de Douala, vainqueur de la Coupe des clubs champions (1979) et de la Coupe des vainqueurs de Coupe (1981), illustrent bien aujourd’hui l’état du football local camerounais au moment où la fête du CHAN 2020 bat son plein.

De notre envoyé spécial à Douala,

C’est dans les locaux du centre d’accueil pour mineurs de Bependa, dans le populeux quartier du même nom, que l’Union sportive de Douala s’entraîne. Sur une pelouse de sable, envahie à certains endroits par l’herbe sauvage, l’entraîneur Richard Towa fait répéter ses gammes à ses protégés. Il n’y a pas de vestiaires. Pas de douches. Les joueurs arrivent en tenue d’entrainement et repartent comme ils sont venus, la sueur et la fatigue en plus.

On est loin des années fastes du club doualais, cinq fois champion du Cameroun, vainqueur de l’ancienne Ligue des champions (1979) et de la Coupe de coupes (1981). Une formation qui a vu passer des Lions indomptables comme Joseph Antoine Bell, Timothée Atouba ou Raymond Kalla. Aujourd’hui, le club fondé en 1955, est certes pensionnaire de l’Elite one (première division camerounaise), a remporté un titre de champion en 2012, mais court derrière un passé qui fut glorieux. « La saison dernière, on s’est sauvé de justesse. Aujourd’hui, il faut être réaliste ! Nous ne pouvons plus attirer les meilleurs joueurs du Cameroun, analyse lucidement Richard Towa. Moi, j’ai accepté ce challenge pour construire avec les jeunes. Nous sommes obligés de travailler sur un projet, le structurer, avoir une bonne base ».

Crise au sommet

A l’entraînement ce matin-là, sous un soleil ardent, plus d’une quinzaine de joueurs, à peine sortis de l’adolescence composent l’effectif. La séance débute par une prière. L’entraîneur adjoint débriefe avec les joueurs le dernier match amical avec forces détails et remarques. Comme pour préparer le prochain match de championnat. Sauf qu’il n'y en a point depuis 8 mois. La crise du Covid a causé l'arrêt du championnat de football camerounais au mois de mai dernier. Mais c’est bien la crise au sommet du football camerounais qui bloque aujourd’hui la reprise de la compétition.

Le conflit entre la Fédération de football camerounaise et la Ligue de football dure depuis un bon moment. Depuis que la première instance a décidé de confier les prérogatives de la seconde à un comité technique transitoire. S’en est suivie une bataille qui a atterri au Tribunal arbitral du sport (TAS) qui a fini par donner raison à la Ligue.

La situation n’a pas évolué depuis pourtant. « Nous avons des dirigeants irresponsables, lâche Joseph Antoine Bell, ancien gardien de l’Union Douala avec lequel il a soulevé la Coupe des clubs champions en 1979. On ne peut même pas dire que nous avons un football à l’abandon, puisqu’on ne s’est occupé de rien. Nous avons des dirigeants qui sont incapables d’appréhender leur rôle. Partout dans le monde, on s’est battu pour rejouer au football, et ici rien. En vérité avec cette situation, la Fédération prouve qu’elle est inutile. »

« On survit… »

En attendant, les équipes comme l’Union Douala s’entraînent sans savoir quand ils vont pouvoir disputer le championnat. « Cet arrêt du championnat n’est pas évident à gérer, estime le joueur Donald Bitjeck. Quand tu es footballeur et que tu ne peux pas vivre de ton métier, c’est compliqué. Psychologiquement, il faut être fort. Moi, je me dis c’est comme si je revenais d’une longue blessure et que je dois retrouver mes sensations. C’est comme cela que j’arrive à tenir mentalement. »

La situation est difficile financièrement aussi pour des joueurs qui gagnent très peu dans le championnat camerounais. « Avec la crise du Covid, la masse salariale a baissé, avoue le capitaine de l’USD, Djaleu Franck. Mais ça va, on survit », ajoute celui qui avait pu trouver un club tchèque de troisième division avant qu’une histoire d’agents ne fasse tout capoter.

Jouer à l’Union était un rêve pour Franck, né à Douala. « Aujourd’hui, ce n’est plus la plus la même chose, se désole Jean Fernand, ancien intendant du club devenu directeur sportif. Nous misons beaucoup sur les jeunes, nous fondons beaucoup d’espoir sur eux, mais, il faut reconnaître que pour eux l’Union est perçue comme un tremplin. Tout le monde veut à tout prix voyager. Aujourd’hui, un jeune fait un bon match et tout l’entourage commence à espérer un club étranger, quitter à se ruiner pour faire voyager des gamins qui se retrouvent démunis une fois partis ».

Aujourd’hui, l’espoir est la chose la mieux partagée à l’Union sportive de Douala et sans doute dans l'écrasante majorité des clubs de football camerounais. Tous espèrent que l’engouement suscité par le CHAN 2020, permettra aux autorités sportives à lancer enfin le championnat. « Les jeunes ne demandent que ça : jouer ! » supplie l’entraîneur Richard Towa.

CHAN 2020 au Cameroun: calendrier et résultats des matches