Champions sportifs : anticiper pour mieux performer

<span class="caption">Le champion de F1 Max Verstappen, de l&#39;écurie Red Bull, lors du Grand Prix de Montréal. L&#39;anticipation est un facteur de performance en sport et peut être caractérisée par une rapidité et une justesse de réponses, et par des recherches visuelles spécifiques.</span> <span class="attribution"><span class="source">Shutterstock</span></span>
Le champion de F1 Max Verstappen, de l'écurie Red Bull, lors du Grand Prix de Montréal. L'anticipation est un facteur de performance en sport et peut être caractérisée par une rapidité et une justesse de réponses, et par des recherches visuelles spécifiques. Shutterstock

La capacité à anticiper l’action de son adversaire, lors de la pratique d’un sport, est un facteur déterminant de la performance.

On parle ici, par exemple, de l’interception d’un ballon (d’une balle ou d’un volant) ou de l’évitement d’un adversaire. Ces actions, qui découlent directement d’une anticipation, sont essentielles et caractéristiques des meilleurs sportifs. Ces derniers répondent ainsi plus rapidement et plus justement aux situations auxquelles ils font face.

Chercheure postdoctorale en sciences du sport au Laboratoire de recherche en imagerie et orthopédie de l’ÉTS et à l’Institut National du Sport du Québec, mes recherches portent sur l’anticipation et la prise de décision en sport, en condition réelle et virtuelle.

L’importance de l’anticipation en sport

L’anticipation peut se définir comme un jugement de reconnaissance d’une action effectuée par un adversaire avant que celle-ci ne soit réalisée. Ainsi, la difficulté à anticiper réside dans le fait, qu’à première vue, aucune information de mouvement ne nous permet de comprendre ce qu’il va se passer.

L’anticipation peut également se définir comme la capacité à intercepter un objet en mouvement en sport, en devinant à quel endroit et à quel moment l’objet va arriver. On parle alors d’« anticipation-coïncidence ». Cet objet peut être un ballon (une balle ou un volant), mais également le coup d’un adversaire.

Ces deux définitions peuvent être complémentaires et montrent l’ensemble des mécanismes nécessaires pour anticiper dans un contexte dynamique comme le sport : lecture de son environnement, prédiction des évènements et mise en action de son corps pour répondre aux évènements.

Tous les sports n’ont pas l’anticipation comme un facteur déterminant de la performance. L’anticipation ne semble pas déterminante pour la pratique de la course ou du tir à l’arc, par exemple. L’intérêt de comprendre l’anticipation en sports collectifs, duels et de raquette est d’autant plus important puisque les environnements sont constamment modifiés et incertains avec la présence d’une pression temporelle (déplacement des joueurs partenaires/adversaires et du ballon/balle/volant).

La mesure de l’anticipation

Aborder la mesure de l’anticipation permet de comprendre les facteurs qui la définissent. Ce jugement implique plusieurs déterminants. Dans le cadre de ma thèse au laboratoire Sport, Expertise, Performance de l’INSEP à l’Université Paris Cité, j’ai relevé quatre déterminants majeurs de l’anticipation. Les mesures ont été effectuées sur le terrain, afin d’être au plus proche de la réalité de la pratique, à partir de lunettes eye-tracker (suivi oculaire), pour enregistrer le mouvement des yeux, et d’un caméscope, pour enregistrer les actions motrices.

  • Les comportements moteurs. L’anticipation est largement mesurée par les temps de réaction, c’est-à-dire le délai entre le début d’un évènement et le moment où vous réagissez à cet évènement. À ce temps de réaction, il est intéressant de considérer les comportements moteurs en réponse aux évènements. Par exemple, en sport de raquette, ces comportements peuvent être les reprises d’appui (sursaut où les deux pieds ne sont pas en contact avec le sol) puis les coups réalisés ; en sport de combat, ces comportements peuvent être l’évitement ou le coup réalisé en réponse à l’évènement. Ainsi, on lie l’anticipation à la performance réalisée.

  • Les comportements visuels. L’anticipation est possible grâce à des processus visuels qui permettent de regarder son environnement et de prélever les informations jugées pertinentes par l’athlète. Ces informations peuvent concerner les adversaires, les partenaires ou l’objet à intercepter.

  • L’attention visuelle. Elle permet de se concentrer sur un élément de son choix. Sans l’attention visuelle sur des éléments de son environnement, l’athlète ne pourrait pas prélever d’information lui permettant d’anticiper.

  • Les informations sur le contexte. Ces informations font entre autres référence au score, à la position des joueurs sur le terrain et aux connaissances que l’athlète possède sur ses adversaires et sur le sport. Elles sont dynamiques, c’est-à-dire en continuel changement au cours d’un match ou d’un combat.

<span class="caption">Les comportements moteurs et visuels font partie des quatre déterminants majeurs de l'anticipation.</span> <span class="attribution"><span class="source">Shutterstock</span></span>
Les comportements moteurs et visuels font partie des quatre déterminants majeurs de l'anticipation. Shutterstock

L’anticipation des grands champions

On entend souvent que les grands champions sont meilleurs pour anticiper. Parmi les déterminants expliqués précédemment, qu’est-ce qui caractérise les grands champions ?

  • Les comportements moteurs. Les athlètes sont capables de répondre plus rapidement et de manière plus juste à la situation rencontrée. Cependant, il a récemment été mis en évidence que les athlètes pouvaient prendre plus de temps à répondre, ce qui leur permet de prendre davantage d’informations sur la situation. Ces différents comportements dépendent des situations rencontrées, notamment si elles sont spécifiques au domaine d’expertise de l’athlète ou non.

  • Les comportements visuels. Les athlètes développent des stratégies visuelles, c’est-à-dire qu’ils regardent à des endroits particuliers dans leur environnement. Ces endroits, également appelés zones d’intérêt, sont spécifiques à chaque sport. Par exemple, en sport de combat, les athlètes alternent de manière non homogène leur regard sur différentes parties du corps de leur adversaire.

  • L’attention. Les athlètes sont capables d’utiliser leur vision périphérique à partir de points d’ancrage, permettant notamment de diminuer les coups liés au déplacement du regard. Ils modulent cette attention au cours d’un match.

  • Les informations sur le contexte. Par leur expérience en termes d’années, de temps et de conditions de pratique, les athlètes ont développé des connaissances sur leur sport, sur les situations rencontrées et sur leurs adversaires (par exemple, leurs coups favoris). Toutes ces connaissances permettent aux athlètes d’anticiper les comportements effectués par leurs adversaires.

L’impact de la fatigue sur l’anticipation

Lors de la réalisation d’un match ou d’un combat, une certaine fatigue s’installe. Cette fatigue pourrait être un frein à l’anticipation. En effet, une trop grande fatigue peut perturber la lecture de l’environnement, la prédiction des évènements et la mise en action du corps.

La littérature actuelle ne s’accorde pas sur les effets de la fatigue sur l’anticipation. D’une part, parce que la fatigue possède différentes définitions et, d’autre part, parce que les contextes de mesure sont très variés (laboratoire versus terrain, tâche spécifique versus tâche libre). Ainsi, la généralisation des résultats reste difficile. Globalement, la fatigue peut impacter l’anticipation par une diminution des réponses justes et une augmentation des temps de réaction.

L’anticipation est donc essentielle pour réussir en sport et implique différents déterminants. Les athlètes et l’équipe les entourant peuvent utiliser les déterminants de l’anticipation pour améliorer les performances en compétition.

Ainsi, l’anticipation pourrait être une clé pour obtenir une médaille lors des prochains Jeux olympiques à Paris en 2024.

La version originale de cet article a été publiée sur La Conversation, un site d'actualités à but non lucratif dédié au partage d'idées entre experts universitaires et grand public.

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