Championnats d’Europe d’athlétisme : Sounkamba Sylla court avec une casquette à cause d’un conflit avec le ministère des Sports

Sylla Sounkamba de l’équipe de France passe le témoin à Alexe Deau lors du relais 4 x 400 m femmes aux Championnats d’Europe d’athlétisme, le 11 juin 2024 à Rome.
Pier Marco Tacca / Getty Images Sylla Sounkamba de l’équipe de France passe le témoin à Alexe Deau lors du relais 4 x 400 m femmes aux Championnats d’Europe d’athlétisme, le 11 juin 2024 à Rome.

ATHLÉTISME - Masquer le problème. Lors des championnats d’Europe à Rome, Sounkamba Sylla va courir avec une casquette pour la finale du relais 4 x 400 m femmes, ce mercredi 12 juin vers 21h. Ce n’est ni son objet fétiche, ni un moyen de se protéger du soleil italien, mais le seul moyen pour elle de cacher ses cheveux alors que le ministère des Sports lui interdit de porter son voile.

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Avec l’aide de la Fédération française d’athlétisme, la sprinteuse originaire de Laval a trouvé ce compromis après d’intenses discussions avec le ministère des Sports. Le conflit s’était embrasé après les mondiaux de relais à Nassau (Bahamas), en mai dernier. Sounkamba Sylla courrait avec son voile, et le ministère des Sports avait jugé qu’elle ne se trouvait pas en conformité avec « le principe de neutralité », rappelle l’Équipe.

Le ministère des Sports saisi

« Le ministère a récemment été saisi du cas de l’athlète Sounkamba Sylla, qui ne se trouvait pas en conformité avec une règle de droit lors de ses précédentes compétitions avec l’équipe de France d’athlétisme », expliquait fin mai la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra.

Rappelant qu’ « une fédération a la capacité d’interdire dans le cadre ou le lieu des compétitions le port de ces signes religieux ostensibles », Amélie Oudéa Castéra avait même remis en question la sélection de la spécialiste du 400 m pour les Championnats d’Europe.

Finalement, après des échanges « entre l’athlète et sa fédération », un accord avait été trouvé : Sounkamba Sylla participerait à la compétition européenne, mais ne pourrait pas porter son voile. En se pliant à ces doléances du ministère, la sprinteuse avait pu négocier de porter au moins une casquette.

Avant Sounkamba Sylla, le combat des « Hijabeuses »

Ce conflit entre une athlète et le ministère des Sports autour du port du voile en compétition n’est pas le premier. En 2023, ce sont des footballeuses du collectif Les Hijabeuses qui contestaient devant la justice administrative l’article 1 du règlement de la FFF, qui prohibe depuis 2016 « tout port de signe ou tenue manifestant ostensiblement une appartenance politique, philosophique, religieuse ou syndicale ».

Le Conseil d’État n’avait pas été dans leur sens, tranchant le 29 juin 2023 que les sportives ne pouvaient en aucun cas porter de signes religieux lorsqu’elles représentaient l’équipe de France, selon « le principe de neutralité du service public ». Pour les autres compétitions – quand les athlètes ne concourent pas avec le blason français, donc –, le voile peut en revanche être autorisé en fonction du règlement de leur Fédération.

S’appuyant sur cette décision de la plus haute juridiction administrative, Amélie Oudéa-Castéra a annoncé en septembre que les sportives sélectionnées en équipe de France ne seront pas autorisées à porter le voile pendant les JO. Cette interdiction ne concerne que les sportives de l’équipe de France, et en aucun cas les sportives des délégations étrangères qui seront présentes à Paris, avaient toutefois tenu à rappeler le ministère.

Les associations haussent le ton avant les JO de Paris

Alors que les Jeux commencent dans un peu plus d’un mois et que le ministère des Sports reste toujours inflexible sur les règles concernant le port du voile, les associations de protection des droits des sports commencent à hausser le ton. Sport & Rights Alliance (Alliance Sports et Droits), qui compte parmi ses partenaires Amnesty International et Human Rights Watch, a notamment appelé ce mardi à mettre fin à ce qu’elle qualifie d’interdictions « discriminatoires ».

Lors d’une conférence de presse, l’Alliance a rendu publique une lettre envoyée le 24 mai au Comité international olympique, lui enjoignant « à appeler publiquement les autorités sportives françaises à annuler toutes les interdictions faites aux athlètes de porter un couvre-chef sportif dans le sport français, dans le cadre des Jeux de Paris-2024, mais également dans tout autre contexte et à tout niveau de pratique sportive ».

Au cours de ce point presse, la basketteuse Diaba Konaté, qui a évolué en équipe de France chez les jeunes et fait carrière dans le basket universitaire aux États-Unis, a déploré de ne pouvoir représenter la France car elle porte le voile. « Malgré mon désir et mes compétences, je ne suis pas autorisée à jouer pour la France en raison de politiques discriminatoires », a déclaré la joueuse de 24 ans. « Il est très frustrant de ne pouvoir représenter mon pays d’origine simplement en raison de mon identité religieuse. »

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