Champignons: la sécheresse de cet été va-t-elle avoir un impact sur la cueillette?

(photo d'illustration) - Nicolas Tucat / AFP
(photo d'illustration) - Nicolas Tucat / AFP

C'est un suspens à chaque fin d'été: la cueillette des champignons sera-t-elle bonne? Toutefois, cette année, après un été marqué par la canicule et la sécheresse, l'inquiétude est d'autant plus forte.

Rares sont ceux qui auraient parié sur une abondante cueillette de champignons pour l'automne. Pourtant, en ce début septembre, les premiers sortis, notamment les cèpes, donnent de l'espoir. Dans certaines régions du pays, les photos de paniers remplis fleurissent sur les réseaux sociaux.

"Plus l'arbre a besoin d'eau, plus il va nourrir le champignon"

Selon plusieurs spécialistes, la sécheresse n'aura pas d'impact négatif sur la pousse des champignons. Au contraire même, la saison pourrait être particulièrement bonne. "La sécheresse a été très bénéfique au champignon, car il a pu se nourrir aux dépens de l'arbre", explique ainsi à France Bleu Frédéric Placin, professeur de physique-chimie en Gironde et spécialiste du cèpe.

Arbres et champignons sont complémentaires. Lorsque le premier manque d'eau, comme durant un épisode de sécheresse, le second lui en apporte "grâce à des fins filaments qui s'étendent sur plusieurs mètres dans le sol". En échange, l'arbre va lui donner du sucre pour se nourrir.

"Donc plus l'arbre a besoin d'eau, plus il va nourrir le champignon en échange", résume Frédéric Placin qui prédit une saison "exceptionnelle".

Des orages pluvieux sur des sols chauds

L'hydrométrie est néanmoins un facteur nécessaire pour la pousse. Les pluies de ces derniers jours ont donc entraîné une configuration idéale pour les champignons: les importants orages et précipitations récents ont fait le bonheur des cueilleurs. Par exemple, les cèpes mettent entre 10 et 15 jours à sortir après un fort épisode pluvieux.

"Une terre bien chaude, et une bonne pluie qui pénètre les sols les a fait sortir. Il faut toutefois qu'il continue à pleuvoir régulièrement pour que cette tendance se confirme", explique à France Bleu Kosé Larre, président de l'association mycologique Papunak.

"Ce n'est que le début. Ne nous excitons pas", conclut-il.

Des conséquences néfastes avec le dérèglement climatique

Les conditions semblent optimales pour les cèpes, les bolets ou les rosés des prés. Il faudra en revanche attendre pour les champignons qui poussent avec des températures plus fraîches, comme le cèpe de Bordeaux.

Les fortes chaleurs et la sécheresse ont également changé la pousse de certaines espèces. Comme le relève France 3 Bourgogne-Franche-Comté, on trouve cette année des amanites des Césars dans la région, un champignon qui pousse généralement dans des zones plus chaudes.

Si la sécheresse, conjuguée ensuite à des précipitations, est bénéfique cette saison pour la pousse des champignons, sur le long terme, le dérèglement climatique pourrait avoir des conséquences plus néfastes. "La sécheresse a beaucoup affecté les arbres et les a rendu sensibles aux agressions extérieures, des parasites notamment", explique Frédéric Placin.

"On va avoir certainement une grosse mortalité sur les arbres les années suivantes. [Or] s'il n'y a pas d'arbres, il n'y a pas de champignons", conclut le scientifique.

Article original publié sur BFMTV.com