"Chainsaw Man", dernier tome pour le manga le plus imprévisible du moment

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Détail de la couverture du tome 1 de
Détail de la couverture du tome 1 de

En cette période foisonnante pour le manga, des dizaines de titres marquants sortent chaque mois dans les librairies. L'offre, entre nouveautés et rééditions, peut paraître si étourdissante qu'il est possible de rater certaines pépites. L'une d'entre elles, Chainsaw Man, un manga de Tatsuki Fujimoto déjà très apprécié, reste méconnue du grand public.

Chainsaw Man, dont le onzième et dernier tome sort ce mercredi, fait partie avec Tokyo Revengers de Ken Wakui de ces titres qui bénéficient des divers confinements et de l'expansion du marché en 2021. Son auteur, Tatsuki Fujimoto, 28 ans, est depuis cet été l'un des mangakas les plus populaires du moment. Angoulême a repéré son talent et le célèbrera en janvier prochain. Jamais un mangaka aussi jeune n'aura été célébré par le festival.

Les amateurs de mangas l'ont découvert avec Fire Punch, l’histoire d’un homme-feu, Agni, devenu le messie d’un monde postapocalyptique. Mais c'est grâce à son histoire d'homme-tronçonneuse chasseur de démons, un récit plus agressif que les shōnens traditionnels, qu'il est devenu incontournable. Au Japon, il a déjà écoulé 11 millions d’exemplaires de Chainsaw Man (ventes numériques comprises).

En France, les ventes sont estimées à 440.000 exemplaires depuis mars 2020. Le premier tome s'est écoulé à près de 70.000 exemplaires depuis sa sortie avec une nette accélération cet été, après la diffusion de la première bande-annonce de l'anime. La moitié des ventes totales de ce tome ont été réalisées ces 4 derniers mois (35.000 tomes écoulés depuis cet été).

"C’est une série qui explose en ce moment", confirme Pierre Valls, directeur éditorial de Kazé. "Elle a toujours fait partie des très bonnes ventes, mais là on se retrouve avec des ventes exceptionnelles depuis six mois. Le volume 1 se vend à un rythme de 3.000 exemplaires par semaine, ce qui est assez important". Les ventes devraient progresser grâce à la série animée prévue pour décembre et dont l’animation a été confiée au studio MAPPA, déjà responsable de l’excellente adaptation de L’Attaque des titans.

Mélange des genres

Chainsaw Man s’est fait remarquer par sa capacité à brouiller les pistes et à détruire bon nombre de conventions sur son passage. Ses scénarios, marqués par un goût certain pour le masochisme, n’hésitent jamais à prendre des virages inattendus. Doté d’une fougue inédite et inégalée dans le paysage du manga contemporain, Fujimoto s’est fait aussi remarquer par son humour tantôt graveleux tantôt macabre qui vise à déstabiliser les certitudes du lecteur.

Chainsaw Man a pu surprendre au début de sa prépublication dans le Weekly Shōnen Jump, une revue adressée à un public principalement adolescent. "Même quand on connaît l’auteur, c’est difficile de ne pas être surpris tellement il arrive à jouer de nos attentes et à les déjouer constamment en passant d’un genre à l’autre. Même les gens qui ont lu beaucoup de mangas et qui ont du mal à être surpris par ce qui sort le sont avec lui", indique Quentin Pillault, éditeur de la série chez Kazé.

"C’est un shōnen qui n’a rien d’un shōnen", ajoutent les vidéastes Kamal et Kyta du Mont Corvo, chaîne YouTube spécialisée en décryptage de mangas. "Le rêve du protagoniste est d’avoir un petit déjeuner et de toucher des seins. Tous les personnages sont délicieusement gênants. Il n’y en pas un qui va être agréable à découvrir. Ils sont tous un petit peu pervers, loufoque. On est tous comme ça au final. Avoir ça dans le Jump, surtout la fin, qui est très violente, très mature, très graphique, c’est très surprenant."

Chainsaw Man propose un mélange des genres qui n’empêche pas la série d’être une œuvre profondément mélancolique et émouvante. Tatsuki Fujimoto, qui s’inscrit dans la lignée de mangakas inclassables comme Shintaro Kago (Fraction), Hiroaki Samura (L’Habitant de l’infini), Sui Ishida (Tokyo Ghoul) et Yûsuke Murata (One-Punch Man), a plusieurs fois reconnu sa dette envers le nouveau cinéma coréen (Memories of Murder, The Chaser, The Strangers), connu pour sa liberté de ton et sa capacité à imaginer des scénarios extrêmement retors.

Montée en puissance

Ce mélange des genres est assumé par son auteur: "J'ai toujours voulu sérialiser dans le Jump. J'avais l'impression que si je proposais un titre 'à la Jump', il y aurait un risque que mon œuvre passe à la trappe. J'ai donc essayé de conserver une grande partie de mon identité d'artiste, de mon individualité, et de ne proposer qu'une structure et des personnages qui soient 'à la Jump'", a confié Tatsuki Fujimoto dans une interview accordée à ANN.

"Mis à part éviter les scènes de sexe explicites ou de violence trop gore, nous ne réfléchissons plus vraiment en termes de lectorat cible ni d'âge des lecteurs", assure de son côté à L’Internaute Shihei Lin, responsable éditorial ('tantô") de Fujimoto qui le guide dans la conception de ses histoires. "On ne fait pas plus sombre parce que c'est publié sur internet, si ces mangas avaient été prépubliés sur papier, ils auraient été identiques. Ce qui nous préoccupe avant tout c'est: 'Est-ce intéressant pour nos lecteurs? Est-ce qu'ils vont être happés par l'histoire?'."

Chainsaw Man reste moins sombre que Fire Punch. L’homme-tronçonneuse Denji se révèle moins nihiliste que l’homme-feu Agni. Un changement qui s’est opéré naturellement, commente Shihei Lin: "Le format hebdomadaire [a] influencé son style. Il faut pouvoir accrocher les lecteurs chaque semaine, et avoir un personnage trop sombre aurait été aussi plus difficile à dessiner. Le personnage principal de Chainsaw Man a un caractère bien plus simple et franc, il ne se complique pas la vie, ce qui marche très bien avec la cadence de dessin que requiert une publication soutenue comme celle du Weekly Shōnen Jump."

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Chainsaw Man est cependant monté en puissance pour atteindre dans le neuvième tome, avec l’apparition du démon-flingue, un niveau insoupçonné de nihilisme. "Cela faisait neuf tomes qu’on entendait parler de cette menace. Les attentes étaient très importantes. L’ampleur du massacre est à la hauteur des attentes. Le tome 9 arrive à être subtil et assez fin sur des choses très dramatiques et ultra violentes, avec des aspects hyper baroques graphiquement", commente Quentin Pillault. "Il est vraiment monté en graphisme et en finesse de narration depuis Fire Punch."

Un modèle

Le tome 11 marque la fin de la première partie. Il est rare de voir une série aussi populaire se terminer après seulement deux ans. Les lecteurs n'en ont pas pour autant fini avec Denji, l'homme-tronçonneuse. "La Partie 2 de Chainsaw Man [sera] complètement différente de la Partie 1", avait confié Tatsuki Fujimoto à ANN. La deuxième partie racontera une "histoire complètement différente", a-t-il dit sans dévoiler sa date de parution.

L'auteur a en attendant dévoilé Look Back, one-shot d’une mélancolie et d’une profondeur inouïe qui a séduit plus de 3 millions d’internautes en quelques heures en juillet dernier. Ce récit de 140 pages, qui témoigne de la maîtrise tant narrative que graphique du jeune dessinateur, raconte l'amitié entre deux jeunes autrices de mangas, qui vont être séparées par un drame.

Ce récit aux allures autobiographiques lui a valu les compliments de ses pairs, d'Inio Asano (Solanin) à Tokushige Kawakatsu (Tokyo Blues) en passant par Masanori Morita (Racaille Blues), devrait être bientôt disponible en France. Look Back constitue un nouveau triomphe, pour ce jeune mangaka qui ne cesse de surprendre et d’inspirer ses pairs. Tatsuki Fujimoto a en effet eu comme assistant Tatsu Yukinobu, auteur désormais de Dandadan, devenu ces derniers mois une des nouveautés les plus populaires de l’application Shōnen Jump+.

Article original publié sur BFMTV.com

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