Ceuta: crise migratoire après l'arrivée de 6000 migrants, sur fond de tensions diplomatiques avec le Maroc

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Des migrants arrivés à Ceuta, le 18 mai 2021 - ANTONIO SEMPERE / AFP
Des migrants arrivés à Ceuta, le 18 mai 2021 - ANTONIO SEMPERE / AFP

Environ 6000 migrants ont réussi lundi à pénétrer, à la nage ou à pied le long de la mer, à Ceuta depuis le Maroc et les arrivées se poursuivaient mardi. Un record. 1500 ont déjà été expulsés, a indiqué le gouvernement espagnol mardi. Parmi les 6000 migrants, pourraient se trouver 1500 mineurs.

Une crise migratoire sans précédent pour l'Espagne, alors que la plupart du temps, les migrants entrent illégalement dans l'enclave en franchissant la clôture terrestre.

Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, dans le Nord du Maroc, où des migrants tentent régulièrement d'entrer illégalement pour espérer gagner l’Union européenne, constituent les seules frontières terrestres entre l’Afrique et l’Europe.

Une crise espagnole et européenne

"C'est une crise pour l'Espagne, mais aussi pour l'Europe, car ces deux enclaves espagnoles sont la seule frontière terrestre entre l'Europe et l'Afrique. Ça fait des années qu'il y a des migrants dans ces deux enclaves (...) mais la plupart, en vertu d'un accord avec le Maroc, sont reconduits", explique sur BFMTV l'éditorialiste Ulysse Gosset.

Le Conseil européen, qui représente les vingt-sept, a exprimé "tout son soutien et sa solidarité avec l'Espagne", par la voix de son président Charles Michel. "La coopération, la confiance et les engagements partagés devraient constituer les principes d'une relation forte entre l'Union européenne et le Maroc", a ajouté Charles Michel sur Twitter.

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Un peu plus tôt, Ylva Johansson avait jugé "inquiétant qu'au moins 6000 personnes, dont un grand nombre d'enfants, aient rejoint Ceuta à la nage, en mettant leur vie en danger". "Beaucoup ont dû être secourus, une personne est morte", a rappelé la commissaire aux Affaires intérieures devant le Parlement européen.

"Le plus important maintenant, c'est que le Maroc continue à s'engager à empêcher les départs irréguliers, et que ceux qui n'ont pas le droit de rester soient renvoyés de façon ordonnée et efficace. Les frontières espagnoles sont les frontières de l'Europe", a-t-elle poursuivi.

Pedro Sanchez sur place ce mardi après-midi

Entre Ceuta et le Maroc, une double clôture de huit kilomètres de long, construite en 1999, avait été rehaussée, en 2005. Des travaux ont été lancés en 2020 pour la surélever de nouveau, jusqu'à dix mètres de haut par endroits.

Les barbelés qui surmontaient la clôture ont été retirés ces derniers mois et remplacés par un cylindre métallique afin de limiter les blessures infligées aux migrants qui tentent de la franchir, une promesse de campagne du gouvernement de gauche de Pedro Sanchez.

Ce dernier est arrivé sur place ce mardi, annulant sa participation à un sommet sur le financement des économies africaines à Paris.

Des tentatives massives de franchissement de la clôture de Ceuta ont régulièrement lieu, par exemple fin août 2019, lorsque 155 migrants - en majorité originaires de Guinée Conakry - avaient réussi cette entreprise périlleuse qui entraîne parfois des morts.

Un lien avec le Sahara occidental?

"En plus de la pression migratoire qui est constante en Méditerranée, le dialogue est maintenant très difficile entre Madrid et Rabat parce que l'Espagne a décidé d'accueillir sur son sol pour le soigner l'un des dirigeants indépendantistes du Sahara occidental, qui est revendiqué par le Maroc. Le Maroc se dit donc exaspéré par l'Espagne et peut-être faut-il y voir l'une des raisons de ce flux de migrants absolument sans précédent", avance l'éditorialiste de BFMTV Ulysse Gosset. "Peut-être pour montrer à l'Espagne que sans la coopération avec le Maroc, il y aura ce flux de migrants permanents", s'interroge-t-il.

Les relations entre Rabat et Madrid se sont tendues depuis l'arrivée en Espagne, le 18 avril, du chef des indépendantistes sahraouis pour y être soigné du Covid-19, le Maroc allant jusqu'à convoquer l'ambassadeur espagnol pour lui signifier son "exaspération".

La ministre espagnole des Affaires étrangères a justifié l'accueil en Espagne de Brahim Ghali et exclu que le désaccord avec Rabat sur ce sujet puisse être à l'origine de l'arrivée lundi de milliers de migrants marocains dans l'enclave espagnole de Ceuta.

"Il s'agissait, et il s'agit tout simplement, d'une question humanitaire, d'une réponse humanitaire à une demande d'aide humanitaire d'une personne qui se trouvait dans une situation de santé très, très fragile", a déclaré Arancha González Laya dans une interview tard lundi soir à la radio Cadena Ser. "Je ne conçois pas que l'on puisse mettre en danger la vie de mineurs dans la mer comme nous l'avons vu ces dernières heures à Ceuta", que cela puisse être "une réponse à une action humanitaire", a-t-elle ajouté.

Selon la ministre, des responsables marocains, qu'elle n'a pas nommés, ont "assuré" lundi les autorités espagnoles que cet afflux de migrants dans l'enclave espagnole "(n'était) pas le fruit du désaccord" avec Rabat à propos de la présence en Espagne du leader du Front Polisario, Brahim Ghali.

Ceuta et Melilla revendiquées par le Maroc

Ports francs vivant d'un commerce prospère avec l'Afrique, ces deux enclaves sont appelées "présides" (ce qui signifie place forte) par le Maroc, qui les considère comme parties intégrantes de son territoire national.

Avant la pandémie de Covid-19, plusieurs milliers de Marocains venaient chaque jour y travailler ou faire leurs achats.

L'Espagne exerce sa souveraineté sur Ceuta depuis 1580 et sur Melilla depuis 1496, pour disposer de postes avancés face aux Maures.

Article original publié sur BFMTV.com

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