"C'est un sujet sensible": comment La France insoumise prépare le retour de Quatennens à l'Assemblée

Adrien Quatennens le 3 août 2022 - Alain JOCARD / AFP

Le député, en retrait de la vie politique depuis qu'il a reconnu des violences conjugales, prépare son retour au Palais-Bourbon, probablement fin novembre. Au grand dam d'une partie de la Nupes et des militantes féministes.

Adrien Quatennens reviendra-t-il à l'Assemblée nationale dans les prochaines semaines? Plus de deux mois après avoir reconnu avoir giflé son épouse, avec qui le député est en instance de divorce, son retour dans l'hémicycle est en discussion depuis plusieurs jours sur les bancs de La France insoumise.

"Dans le groupe, tout le monde est d'accord pour dire qu'il ne doit être ni exclu du groupe ni qu'on demande sa démission", a avancé Mathilde Panot, la patronne des députés insoumis ce mardi matin lors d'un point presse.

Sorti de son silence samedi

"Oui, il va bien revenir. Nous discutons des modalités de son retour", explique, encore plus directe, une cadre du parti auprès de BFMTV.com.

Depuis son retrait de poste de coordinateur du parti le 18 septembre dernier, le député du Nord n'est pas revenu à l'Assemblée nationale. En arrêt maladie ces dernières semaines, l'élu a continué de voter par délégation tout en restant silencieux. Jusqu'à ce samedi où le trentenaire s'est exprimé sur son compte Twitter en réagissant à l'effondrement de deux immeubles à Lille.

Le lendemain, il retweete un post de Jean-Luc Mélenchon rendant hommage aux victimes des attentats du 13 Novembre. De quoi lancer un signal très clair de son envie de reprendre le chemin du Palais-Bourbon tout en suscitant des frictions au sein de sa famille politique.

"C'est un sujet sensible pour lui comme pour les camarades. On a besoin d'avoir un débat interne", reconnaît la députée Clémentine Autain au micro de BFMTV.

Trouver les conditions de son retour

Conscient de la difficulté symbolique du retour d'Adrien Quatennens dans un parti qui se veut très engagée dans le combat féministe, les modalités précises de son retour sont en réflexion. Un salarié du mouvement évoque auprès de BFMTV.com une éventuelle formation contre les violences sexuelles.

"On ne va pas se faire le coup d'un tour de France des écoles pour partager son expérience mais dans l'idée, il faut qu'il aille un peu vers ça. Sinon, ça ne passera pas pour beaucoup d'entre nous", précise encore un collaborateur du groupe.

Avec un message en toile de fond : celui d'une possible réinsertion pour celui qui "n'est pas condamné à perpétuité", d'après le député LFI Manuel Bompard ce mardi matin sur notre antenne.

"Pas sans conséquences" pour LFI

Une crainte est cependant dans toutes les têtes: celle d'une très mauvaise séquence médiatique. Après un tweet de soutien de Jean-Luc Mélenchon à Adrien Quatennens, le mouvement s'était fait épingler par les oppositions et Relève féministe, un collectif qui avait dénoncé dans une tribune "la solidarité masculine" qui "protège les agresseurs pullulant dans nos sphères politiques".

"En tant que militante, on doit montrer que ce retour ne peut pas se faire sans conséquence. Est-ce que deux mois de retrait, c'est vraiment suffisant, sachant que la justice ne s'est même pas encore prononcée?", s'interroge Marie Coquille-Chambel, l'une de ses membres.

Les critiques avaient également été vives dans son propre camp - une première dans un parti très légitimiste.

Preuve que l'équation s'avère compliquée: des slogans féministes ont été collés devant le siège du parti dans la nuit de dimanche à lundi - de "Quatennens, prends tes cliques et ta claque" à "Pas d'agresseur en politique". Sans entraîner de réaction officielle de la part des députés.

"Dans mon groupe, on ne l'accepterait pas"

Autre caillou dans la chaussure: la réaction des partenaires de la Nupes. Fabien Roussel, le patron des communistes avec qui les relations sont tendues depuis des mois, a dit sa désapprobation du retour d'Adrien Quatennens.

"Les faits sont graves et avoués. Si c’était dans mon groupe, on n'accepterait pas qu’un député qui a commis de tels actes revienne dans notre groupe", a lancé l'ex candidat à la présidentielle au micro de BFMTV.

Sur les bancs des écologistes, le discours est plus nuancé. Le député du Nord doit "prouver aux femmes, notamment aux femmes battues, que son retour en politique pourrait servir le combat" de la lutte contre les violences, a jugé Sandrine Rousseau ce dimanche sur France inter.

Les écologistes, "pas en position de faire les malins"

L'ancienne candidate à la primaire du mouvement a mis de l'eau dans son vin ces dernières semaines. En septembre, elle appelait Adrien Quatennens à "se retirer de toute parole publique" "tant que l'instruction (judiciaire) "n'est pas terminée". Le parquet de Lille continue son enquête après l'ouverture d'une information judiciaire.

Entre-temps, EELV a été mis en cause dans sa propre gestion de affaires de violences sexuelles et conjugales, après la saisie par l'ancienne compagne de Julien Bayou de la commission dédiée.

"Je suis dans la situation de quelqu’un innocent des faits dont on ne l’accuse pas", s'est défendu l'écologiste dans Le Monde, après avoir démissionné de la tête d'EELV et s'être mis quelques jours en retrait de la parole médiatique.

"C'est sûr qu'on n'est pas en position de faire les malins même si les faits reprochés n'ont rien à voir. On se dit que c'est le problème de LFI et qu'on n'a pas à s'en mêler", assume une députée écologiste auprès de BFMTV.com.

Un tempo peu favorable

Dernière difficulté pour le retour d'Adrien Quatennens: le calendrier. Les prochains jours seront marqués par plusieurs rendez-vous à haute valeur symbolique, entre la manifestation du collectif Nous toutes le 19 novembre et la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes le 25 novembre. Autant dire que la fenêtre de tir d'un retour à l'Assemblée nationale la semaine prochaine ferait mauvais effet.

Son arrivée fin novembre à l'approche de la réforme des retraites - dont les conclusions après concertation avec les partenaires sociaux seront présentées en décembre - fait partie des moments privilégiés.

"Oui, c'est un bon orateur et il connaît très bien le sujet mais il est loin d'être le seul", tance Mathilde Viot, ancienne conseillère du groupe LFI et cofondatrice de l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique.

Selon elle, "on ne peut pas utiliser la question de la compétence pour justifier le retour d'un homme violent". Adrien Quatennens a repris ces derniers jours des échanges avec des militants de son département.

Article original publié sur BFMTV.com

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