"C'est lui qui est mou": Ghali tance Darmanin après ses propos sur la vidéoprotection à Marseille

Par Jules Pecnard avec AFP
·4 min de lecture
Samia Ghali, maire-adjointe de Marseille chargée de la Ville, le 16 février 2021 - BFMTV / Capture d'écran
Samia Ghali, maire-adjointe de Marseille chargée de la Ville, le 16 février 2021 - BFMTV / Capture d'écran

Selon Samia Ghali, les trafiquants ont "gagné" la bataille à Marseille parce que "la République a reculé". Interrogée par BFMTV ce mardi, l'adjointe au maire de la cité phocéenne a réitéré sa critique à l'égard de Gérald Darmanin, qui le matin sur RTL a affirmé que la ville avait "refusé" un financement gouvernemental pour de la vidéoprotection.

"Je pense qu'il faut arrêter de faire pyromane-pompier parfois", a-t-il ajouté, citant nommément Samia Ghali, laquelle reproche au ministre de l'Intérieur de faire "de la politique politicienne".

"C'est lui qui est mou"

Gérald Darmanin a également promis de déployer "300 policiers en plus" à Marseille, "dont 100 en 2021". "Je veux y croire", a déclaré Samia Ghali sur notre antenne. "Il n'a pas de choix que de les mettre, (...) parce que nous sommes dans une situation qui est inacceptable", a-t-elle insisté.

"Quand vous avez des enfants qui, à la sortie de l'école, assistent à une bagarre abominable où une personne est (...) tabassée devant leurs yeux, (...) si le ministre de l'Intérieur, ça ne lui pose pas de problème, alors (...) c'est lui qui est mou, c'est pas les autres", accuse Samia Ghali, dans une allusion au débat télévisé lors duquel Gérald Darmanin a qualifié Marine Le Pen de "molle".

L'ancienne sénatrice socialiste affirme par ailleurs que la ville de Marseille "n'a pas refusé l'argent de l'État". "À titre personnel, j'ai demandé et je suis favorable à la vidéosurveillance, (...) j'ai demandé à ce qu'on accélère", assure-t-elle. S'agissant des 100 policiers supplémentaires, Samia Ghali estime que trop de temps a été perdu.

"C'est M. Gérard Collomb qui a répondu le premier en disant qu'il les mettrait. Ensuite, c'est M. Castaner qui a dit qu'il allait le faire. Et maintenant c'est M. Darmanin qui dit qu'en 2021 il va le faire (...) C'est juste ce que Marseille aurait dû avoir déjà depuis très longtemps", juge-t-elle.

"Bavure verbale"

D'autres au sein de la mairie ont vivement tancé les propos du ministre de l'Intérieur. "Je ne doute pas qu'il s'agisse d'une bavure verbale de la part du ministre de l'Intérieur", a rétorqué ce mardi après-midi l'adjoint à la sécurité de la ville de Marseille, Yannick Ohanessian, sur le Vieux-Port.

"Il ferait mieux d'éviter de tenter en permanence de caresser l'électorat d'extrême droite et de se confronter à la réalité de terrain", a insisté l'élu du Printemps Marseillais, cette large union de la gauche qui a regagné la ville en juin après un quart de siècle de règne du maire LR Jean-Claude Gaudin.

"Jusqu'à preuve du contraire, une caméra n'a jamais arrêté le moindre voleur et encore moins un trafic de drogue", a poursuivi Yannick Ohanessian, selon qui Marseille est déjà "la première ville de France en matière d'équipements de vidéoprotection", avec 1600 caméras.

"Mais aujourd'hui, une caméra dans une cité de la ville, elle a une durée de vie de 10 minutes", a regretté l'élu, en estimant à 29 millions d'euros les investissements passés de la ville dans ce domaine de la vidéoprotection, et à sept millions d'euros par an le simple coût de fonctionnement de ce réseau.

Darmanin bientôt sur place

Engagé par la droite municipale en 2015, le projet de vidéoprotection dite "intelligente" de Marseille est désormais sous le coup d'un moratoire.

Regrettant "le manque criant" de policiers nationaux à Marseille, avec "à peine six équipages de BAC (brigades anticriminalité) la nuit", Yannick Ohanessian s'est cependant félicité du tweet par lequel le ministre a annoncé le déploiement de 300 policiers supplémentaires, dont une centaine dès cette année.

"Jusqu'à ce dernier tweet, je n'avais eu aucune réponse de M. Darmanin", a accusé l'adjoint marseillais, en expliquant avoir écrit au ministre de l'Intérieur le 19 août, il y a six mois:

"Mais nous serons évidemment très heureux de l'accueillir ici à Marseille, dans la deuxième ville de France", a-t-il ajouté.

Dans son tweet, Gérald Darmanin a précisé qu'il entendait faire officiellement cette annonce de renforts "dans quelques jours", à Marseille même.

Article original publié sur BFMTV.com