"C'est mort", "trop d'incertitude": discussions difficiles à gauche sur un accord aux législatives

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Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de France 2 le 31 mars 2022 - Thomas COEX / AFP
Fabien Roussel et Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de France 2 le 31 mars 2022 - Thomas COEX / AFP

L'idée est de s'entendre dans l'optique de la formation d'un front commun aux législatives et, le cas échéant, d'un "intergroupe" à l'Assemblée nationale. Les tractations se poursuivent en tout cas à gauche en vue d'un accord en vue des législatives. Mais, pour l'instant, les échos que nous avons recueillis font percevoir plus de dissonances et de difficultés que de jalons en direction d'un pacte.

Ainsi dimanche soir, si les Insoumis se disaient confiants quant à la conclusion d'une feuille de route commune avec Europe Ecologie - Les Verts, ils ne cachaient pas en revanche être "plus inquiets" en ce qui concerne les communistes. Et les retours émanant des interlocuteurs de la France insoumise dressent un tableau plus sombre encore de l'état des discussions.

Amertume écologiste

Dans la foulée du second tour de la présidentielle, un cadre des insoumis tempérait d'ailleurs auprès de nous l'enthousiasme de sa propre famille politique à l'endroit des écolos, expliquant: "Suivant qui on a au téléphone, on a un discours très différent. Quand on est devant Julien Bayou, il dit 'OK' sur les points du programme comme la désobéissance civile, et quand vous rencontrez quelqu'un d'autre, comme Eva Sas, elle dit qu'il n'y a pas d’accord sur le programme, et que ce n'est pas Julien Bayou qui décide de ça".

"La dernière proposition qu'on leur a faite c'est 25% de plus que la proportionnelle des résultats de la présidentielle. Ils ont la possibilité d'avoir un groupe, on demande juste un intergroupe commun", pose encore la même source, enchaînant: "On a même proposé la bannière 'Nouvelle Union Populaire' et on réfléchit sur le fait d'ajouter 'écologie' car c'est une notion importante pour nous dans notre programme. On ne leur demande pas de se dissoudre et de se diluer".

"Ils sont dans une situation d'absorption", fustige pourtant une figure écologiste que nous avons sollicitée. Ce cadre ferme même le ban: "Les Insoumis vous mentent. Je ne vois pas comment il pourrait y avoir un accord, comment ça pourrait se débloquer. Je pense que c’est mort". Et le militant EELV de lister l'absence d'accord au plan électoral pour le moment, l'absence d'accord autour des "questions géopolitiques", les divergences autour de la volonté des Insoumis de pouvoir au besoin déroger aux traités européens. "La seule chose sur laquelle ils sont capables de bouger, c’est le nucléaire", reconnaît-il cependant, avant de promettre: "Il n’y aura pas de soumission de notre part. Jamais de la vie. Ça fait 40 ans qu’on se bat contre ça au PS".

Toutefois, plusieurs lignes coexistent au sein d'EELV, certaines apparaissant plus enclines à nouer une alliance avec la France insoumise.

Les communistes ne veulent pas lâcher de circonscriptions

Si l'on passe à présent aux discussions entreprises entre insoumis et communistes, les choses semblent là encore bien embrouillées à ce stade. Certes, du côté des premiers, on assure: "Il n'y a pas de volonté d'imposer notre programme comme je le vois partout. Tous les sujets se passent bien, et quand ça coince on essaye de faire en sorte d'avancer". "Mais ils avancent, ils reculent, ils avancent, ils reculent", déplore-t-on pourtant.

"Aujourd’hui, il y a encore trop d’incertitude pour dire si les communistes vont accepter l’accord ou claquer la porte", rétorque à distance auprès de BFMTV, un membre du PCF participant à ces tractations.

Tandis que les représentants des deux formations devaient se retrouver ce lundi soir à compter de 19h, celui-ci note un point d'achoppement principal: le nombre des circonscriptions à attribuer aux uns et aux autres. "Ce qu'ils nous proposaient la semaine dernière n’était pas respectueux", estime le communiste, avant d'expliciter: "40 circonscriptions pour les communistes ne nous semble pas acceptables, nous demandons plus de circonscriptions". "Il y a aussi le côté qualitatif", a regretté le même homme. Sous entendu: il y a des circonscriptions plus gagnables que d'autres.

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Les pourparlers ne font que s'engager avec le PS

Enfin, il existe un troisième front. Alors qu'on les pensait définitivement exclus de ces négociations à gauche par la volonté des insoumis, les socialistes ont finalement pu s'y faire une petite place. D'ailleurs, comme BFMTV le révélait ce lundi après-midi, une première réunion aura lieu entre le Parti socialiste et la France insoumise mercredi matin.

Les relations ont commencé à s'apaiser à partir de mardi dernier et du vote du Bureau national du PS qui s'est prononcé pour un rapprochement avec la France insoumise. Un apaisement relatif qui n'était suivi, jusqu'ici, ni d'effet ni de pourparlers.

Selon nos informations, c'est une initiative d'Olivier Faure, premier secrétaire du PS, qui a permis de déclencher cette première décantation de la situation. En plateau avec le député européen insoumis, Manuel Bompard, lors de la soirée électorale organisée pour le second tour de la présidentielle, le député élu en Seine-et-Marne a concédé qu'il était ouvert à des tractations programmatiques communes. Une condition sine qua non pour les insoumis. Suffisant pour ouvrir, enfin, les négociations, mais loin de les boucler. Là encore, le plus dur commence.

Article original publié sur BFMTV.com

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