"C'est à nous seuls de choisir": des adultes nés d'une PMA avec donneur saluent la nouvelle loi sur l'accès aux origines

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Une micro-injection par pipette d'un spermatozoide dans un ovocyte au CECOS de Rennes en novembre 2000. - MARCEL MOCHET
Une micro-injection par pipette d'un spermatozoide dans un ovocyte au CECOS de Rennes en novembre 2000. - MARCEL MOCHET

Le projet de loi bioéthique, qui comprend l'élargissement de la PMA (procréation médicalement assistée) aux couples lesbiens et aux femmes célibataires, a été définitivement adopté ce mardi au Parlement. Mais le texte prévoit un autre volet: notamment une réforme de l'accès aux origines. Désormais, les enfants nés d'un don, après une date qui sera fixée par décret, pourront accéder à leur majorité à des "données non identifiantes" (âge, caractéristiques physiques, etc.) du donneur et même, s'ils le souhaitent, à son identité.

Par conséquent, à partir de l'adoption de cette loi, pour faire un don de gamètes, il faudra obligatoirement accepter que son identité puisse un jour être révélée à l'enfant né de ce don, si celui-ci le souhaite. Pour autant, le don lui-même restera anonyme: on ne pourra toujours pas choisir son donneur et un donneur ne pourra pas choisir à qui il donne. Ce dispositif d'accès aux origines sera par ailleurs rétroactif: les donneurs ayant donné leurs gamètes avant l'adoption de la loi seront eux contactés, afin de savoir s'ils acceptent ou non de transmettre des données non identifiantes, et/ou leur identité à la personne née du don.

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"La dernière pièce du puzzle"

L'adoption de ce projet de loi représente une réelle victoire pour de nombreux adultes nés d'une PMA avec donneur, qui veulent savoir qui est l'auteur du don. "C'est énorme, c'est un réel soulagement après tant d'années dans l'ignorance", se réjouit Julia, membre de l'association PMAnonyme, contactée par BFMTV.com. Depuis 2012, cette association milite pour le droit d'accès aux origines pour les personnes conçues par procréation médicalement assistée (PMA) avec tiers donneur. Elle regroupe aujourd'hui environ 450 personnes.

Julia, commerciale de 35 ans, sait qu'elle a été conçue par procréation médicalement assistée avec donneur depuis 2008. Elle confie avoir hâte de pouvoir accéder à son dossier, si bien sûr le donneur accepte de transmettre des informations à son sujet, et si son dossier n'a pas été égaré par l'administration hospitalière depuis toutes ces années.

"Dès que j'ai su que j'avais été créée de cette manière, j'ai tout de suite voulu savoir. C'est un besoin vital: ça va me permettre d'avoir accès à la dernière pièce du puzzle, d'avancer personellement, sans continuer à s'épuiser dans cette quête éternellement".

Alors, dans l'idée d'avoir des informations sur ce donneur, elle entre en contact avec l'association PMAnonyme en 2017, prélève un peu de sa salive et réalise un test ADN "récréatif" via le site américain MyHeritage. Mais pour l'heure, ce test généalogique ne lui a pas permis de retrouver sa trace, ni même celle d'éventuels "demi-frères ou soeurs" qui seraient issus du même don qu'elle. Mais au sein de l'association, 67 anciens donneurs ont d'ores et déjà pu être identifiés par des adhérents.

"Je ne recherche pas un père"

Parmi eux, "51 étaient vivants", rapporte l'association dans une tribune publiée mercredi dans le journal Le Monde, et "43 ont répondu positivement" à une demande de contact. Dans ce texte, les signataires expliquent que "les réactions des donneurs sont bien loin des idées reçues". "À l’examen de ces premières données, les seules disponibles en France, force est de constater que la très grande majorité des donneurs vivants contactés ont accueilli favorablement la demande de contact", assure l'association.

Et pour cause, Julia est catégorique: elle ne fait aucune confusion entre ce donneur et son père, celui qui l'a élevée et dont elle est très proche. "Cette quête identitaire ne remet en rien en cause mes parents. Je ne recherche pas un père, j'en ai déjà un, dont j'ai hérité de beaucoup de choses... mais pas de ses traits, ni de ce qui relève de l'inné". Aujourd'hui, ses parents savent que la jeune femme s'apprête à entreprendre ces démarches, et ils la soutiennent. À BFMTV.com, elle explique qu'elle souhaite simplement savoir si cet homme est d'accord pour avoir un contact avec elle, ne serait-ce que par écrit, afin de savoir de qui il s'agit. Quel est son nom? Quel profession exerçait-il? Quelles sont ses origines?" Mais surtout, "a-t-il des antécédents médicaux?"

Béatrice, elle, a 32 ans. Elle sait depuis l'adolescence qu'elle et sa soeur jumelle ont été conçues par PMA avec don. Tout comme Julia, la jeune femme a effectué un test ADN il y a quelques années dans l'espoir de retrouver le donneur, ou du moins "un ou une demi(e)" issu du même don qu'elle.

"Ça ne m'obsède pas"

Maintenant que le projet de loi est adopté, Béatrice explique qu'elle serait prête à avoir accès à son dossier, si sa soeur jumelle et son père n'y voient pas d'inconvénient. "Je suis quelqu'un de très curieux, je veux simplement boucler la boucle, apporter un point final à cette histoire, et éventuellement mettre un visage sur cette personne. Pas plus. Je n'ai même pas besoin d'une rencontre, le donneur n'a absolument aucune obligation".

Laurent, lui, n'entend pas exercer ce nouveau droit qui s'ouvre à lui. "Je ne suis pas dans une démarche proactive, je n'en ressens pas le besoin", raconte-t-il à BFMTV.com. "Mon mode de conception et mon histoire personnelle, c'est quelque chose que je vis extrêmement bien. Je sais que j'ai été désiré très fort par mes parents, aujourd'hui décédés. Que j'ai été le fils du désir, du partage. Je trouve mon récit familial très beau et je n'ai pas besoin d'aller à la rencontre de ce donneur. Ça ne m'obsède pas, je n'ai pas d'envie particulière".

"Bien sûr, il y a tout le côté maladies héréditaires et tout le dossier médical du donneur qui intriguent... Mais est-ce que ça a vraiment un intérêt?", s'interroge-t-il encore. "Je ne suis pas sûr que ça m'apporterait grand chose, pour l'instant à titre personnel".

"C'est notre histoire"

Cependant, ce chef de projet dans le numérique de 35 ans se réjouit de l'adoption de ce projet de loi. "Je n'en ai pas envie actuellement, mais je n'exclue pas de changer d'avis dans une semaine, cinq ans ou bien si un jour j'ai des enfants. Il était très important pour moi que ce droit existe. D'abord, pour tout ceux qui souhaitent en faire usage, mais aussi au cas où moi-même je déciderais de l'utiliser un jour".

"C'est à nous et nous seuls de choisir si on veut avoir ces informations, c'est notre histoire. Lors des débats à l'Assemblée nationale, il était insupportable d'entendre certains députés défendre que c'était à la République de choisir pour nous".

Si elle regrette "tout ce temps perdu", Julia est "ravie" de l'adoption de ce projet de loi pour "tous les futurs enfants qui naîtront d'un don qui n'auront pas à avoir ces soucis". "On a du mal à y croire, il y a eu tellement d'allers-retours devant l'Assemblée, puis le Sénat, mais les mentalités changent".

Mais concrètement, cela pourrait prendre un peu de temps avant que ces adultes ne puissent avoir accès à ces informations. Selon l'association PMAnonyme, il ne devrait être possible de saisir "la commission d'accès aux données" qu'aux environs de septembre 2022, sous réserve que les décrets concernant la composition et le fonctionnement de la commission soient publiés avant cette date.

Article original publié sur BFMTV.com

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