La centrale de Zaporijjia bombardée en Ukraine, l'inquiétude ressurgit autour du risque nucléaire

La centrale de Zaporijjia bombardée en Ukraine, l'inquiétude ressurgit autour du risque nucléaire
Un militaire russe monte la garde dans l'enceinte de la centrale nucléaire de Zaporijjia, le 1er mai 2022 - Andrey BORODULIN / AFPTV / AFP
Un militaire russe monte la garde dans l'enceinte de la centrale nucléaire de Zaporijjia, le 1er mai 2022 - Andrey BORODULIN / AFPTV / AFP

Après les bombardements, le retour des inquiétudes. Alors que des frappes ont visé ce dimanche le secteur dans lequel est située la centrale de Zaporijjia, l'Ukraine et la Russie s'accusent mutuellement d'avoir voulu compromettre la sécurité mondiale en prenant une zone sensible pour cible.

"Des explosions sont survenues sur le site de cette grande centrale nucléaire, ce qui est totalement inacceptable", déclarait ce dimanche Rafael Grossi, le directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

L'Ukraine pointe du doigt la responsabilité de la Russie dans ces bombardements, allant jusqu'à l'accuser de mettre ainsi en danger le monde entier. Moscou nie toute implication, accusant Kiev d'être à l'origine de ces frappes.

"Le régime de Kiev ne cesse de nous provoquer dans le but de créer une catastrophe industrielle à la centrale nucléaire de Zaporijjia", avance Igor Konachenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense.

Aucun bâtiment important touché

Cependant, les forces russes l'assurent: des vérifications ont été faites et aucun dispositif important n'a été endommagé dans ces frappes.

"On a des inspecteurs de l'AIEA qui sont de manière permanente sur le site qui nous donnent des informations extrêmement précises. On sait qu'aucun bâtiment ou dispositif important pour la sûreté nucléaire n'ont été touchés. Ce sont des bâtiments annexes qui ont été touchés", rassure Valérie Faudon, la déléguée générale de la Société française d'Energie nucléaire.

Par ailleurs, la présence d'experts de l'AIEA au sein de la centrale est facteur de sécurité, détaille sur notre plateau le général Pellistrandi, consultant Défense de BFMTV. "Sur place il y a des personnalités neutres qui peuvent témoigner des zones d'impacts dans la centrale."

Car chaque bombardement près de la centrale fait ressurgir le souvenir de la catastrophe de Tchernobyl et crée de nouvelles inquiétudes quant au risque nucléaire.

Les réacteurs à l'arrêt depuis octobre

Valérie Faudon rappelle cependant que ces angoisses doivent être modérées, les réacteurs de Zaporijjia étant froids depuis le début du mois d'octobre.

"Ça fait maintenant un mois et demi que les réacteurs sont arrêtés. On est à une température de l'eau dans les réacteurs qui est inférieure au point d'ébullition: même si les bâtiments étaient frappés, on aurait plusieurs jours pour intervenir pour qu'il n'y ait pas d'incident", déclare-t-elle.

"Je pense que ce n'est dans l'intérêt ni de l'un ni de l'autre de provoquer un incident nucléaire", ajoute-t-elle.

En plus de ces inquiétudes autour de la menace nucléaire, Sébastien Boussois, spécialiste des relations internationales, rappelle ce dimanche sur BFMTV que la centrale représente une source d'énergie capitale pour les Ukrainiens.

"On est toujours en droit de se demander quel est l'intérêt de tirer sur la centrale quand Vladimir Poutine a déjà mis à l'arrêt beaucoup d'autres centrales en Ukraine. Mais ça fait partie de la bataille du côté russe d'essayer de couper les sources d'approvisionnement de lumière et d'énergie des Ukrainiens à l'approche de l'hiver", résume-t-il.

"Depuis le mois d'octobre, il y a une stratégie sciemment conduite par Moscou qui consiste à frapper tout ce qui est infrastructures électriques. D'autres centrales nucléaires ont été privées d'électricité. On est dans une guerre de l'électricité: tout ce qui fragilise le réseau ukrainien est en faveur des Russes", analyse le général Pellistrandi.

Article original publié sur BFMTV.com