Centrafrique: La peur s'installe face à la montée des violences avant les élections de dimanche

par Antoine Rolland
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CENTRAFRIQUE: LA PEUR S'INSTALLE FACE À LA MONTÉE DES VIOLENCES AVANT LES ÉLECTIONS DE DIMANCHE

par Antoine Rolland

BANGUI (Reuters) - La peur s'est emparée mercredi des rues de Bangui, la capitale de la République centrafricaine, où les commerces ont baissé leurs rideaux et la population s'est calfeutrée avant les élections présidentielle et législatives de dimanche, qui risquent de plonger de nouveau le pays dans la violence.

Le Rwanda et la Russie ont envoyé des troupes pour aider le gouvernement à ramener le calme alors que les forces de sécurité et les casques bleus des Nations unies combattent des rebelles qui ont occupé certaines villes du pays et pris le contrôle de routes en dehors de la capitale.

La Russie, qui cherche à accroître son influence en Afrique, soutient le président Faustin-Archange Touadéra, une alliance souvent jugée menaçante pour la France, ancienne puissance coloniale de ce pays francophone.

L'Elysée a annoncé mercredi soir qu'Emmanuel Macron, à l'issue d'un entretien téléphonique avec Touadéra, avait ordonné une mission de survol du pays par des avions de chasse, en accord avec le président centrafricain et la mission locale des Nations unies, afin de "marquer la condamnation des tentatives de déstabilisation" en Centrafrique.

A l'issue de vifs affrontements mardi, les soldats de la paix de l'Onu ont repoussé les rebelles qui attaquaient Bambari, une ville située à 380 kilomètres au nord-est de Bangui, a indiqué une source de l'Onu et une source proche des services de sécurité.

L'ambassade des États-Unis à Bangui a fait état de violences et d'une atmosphère de panique dans la capitale.

Selon un témoignage de Reuters, les taxis-motos ont disparu et des milliers de personnes quittaient le centre ville tandis que des soldats de l'Onu étaient postés devant le bureau du Premier ministre.

Agé d'une vingtaine d'années, Ismail Dicky dit redouter la violence à l'approche des élections de dimanche.

"Nous redoutons ces élections. Nous voulons la paix. Nous voulons la sécurité", a déclaré ce résident de Bangassou, une ville marquée en 2017 par des massacres ethniques.

CINQ COUPS D'ÉTAT, DE NOMBREUSES RÉBELLIONS

Riche en diamants, bois et or, la République centrafricaine a été secouée par cinq coups d'État et de nombreuses rébellions depuis son indépendance en 1960.

Légèrement plus grande que la France, mais avec une population d'environ cinq millions d'habitants seulement, elle est en proie à l'insécurité depuis l'éviction en 2013 du président François Bozizé par des combattants de l'alliance Séléka, principalement musulmans.

La répression opérée par la Séléka, accusée de violations des droits de l'homme, a entraîné des représailles de la part des milices anti-Balaka issues de la minorité chrétienne.

Le pays n'est jamais parvenu à se stabiliser, malgré la signature de plusieurs accords de paix entre les différentes milices, l'élection de Faustin-Archange Touadéra en 2015 et la présence de plus de 12.800 soldats de la paix des Nations unies.

Le président Touadéra, qui brigue un nouveau mandat, est donné favori parmi les 17 candidats à l'élection présidentielle, des élections législatives ayant lieu en parallèle.

Cette nouvelle crise a éclaté après le rejet par la Cour suprême du pays de plusieurs candidatures à l'élection, dont celle de l'ex-président Bozizé. Le gouvernement a accusé Bozizé de préparer un coup d'État, ce que ses partisans ont démenti.

Le président français, Emmanuel Macron, a "condamné les tentatives des groupes armés et de certains leaders politiques, dont M. François Bozizé, visant à faire obstruction à la mise en œuvre des accords de paix et à la tenue des élections selon le calendrier prévu et soutenu par la communauté internationale", a déclaré l'Elysée.

Des groupes rebelles qui se sont coalisés menacent de marcher sur la capitale avant les élections de dimanche.

Certains partis d'opposition ont demandé le report du vote en raison de cette nouvelle vague de violences, une requête rejetée par le gouvernement.

L'Onu, qui a placé ses troupes en alerte dans la capitale et dans d'autres régions du pays, s'est engagée à protéger la population et à garantir la sécurité des élections.

(Antoine Rolland, avec la contribution d'Aaron Ross, rédigé par Bate Felix, version française Jean-Michel Bélot)