Centrafrique : Bangui sur les nerfs entre insécurité, transports saturés et flambée des prix

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Alors que la République centrafricaine est depuis cinq semaines le théâtre d’affrontements entre l’armée et des groupes rebelles à la suite de l’élection présidentielle, la vie des habitants de la capitale Bangui est chamboulée. L’interdiction de circulation des taxis-motos a généré un chaos dans le secteur des transports publics et les prix ont flambé avec la coupure des approvisionnements en provenance du Cameroun. Nos Observateurs se disent fatigués de ces galères, mais se réjouissent aussi des gestes de solidarité.

Lundi 25 janvier, un chauffeur routier a été tué lors d’une embuscade tendue par des groupes rebelles sur l’axe routier reliant le Cameroun et la capitale centrafricaine Bangui. Une situation qui risque de faire durer la galère des chauffeurs dont les véhicules sont bloqués à la ville frontalière de Garoua Boulai, côté Cameroun, depuis plus d’un mois. Plus de 1 500 camions pleins de produits alimentaires et médicaux y attendent un apaisement du conflit qui a commencé le 19 décembre quand des groupes rebelles ont contesté la tenue de l’élection présidentielle qu’ils estimaient jouée d’avance en faveur du président sortant Faustin Archange Touadéra, réélu finalement le 27 décembre avec 53,92 % des voix.

À Bangui le front s’est progressivement rapproché de la ville, atteignant les quartiers PK11 et PK12, à une dizaine de kilomètres du centre-ville. À la suite d'une attaque meurtrière le 13 janvier dernier, les autorités ont interdit la circulation des taxis-moto, mode de transport principal des Banguissois et notamment des élèves et étudiants.

Les écoles ont rouvert ce lundi après une suspension des cours, créant des scènes de chaos au niveau des stations de bus et de taxis, prises d’assaut par les voyageurs.

"J’ai dû jouer des coudes pour arriver à temps au travail"

Notre Observateur Fridolin Ngoulou, journaliste et responsable d’Oubangui média, a assisté à ces scènes de galère.

Les taxi-motos sont le moyen le plus facile de se déplacer à Bangui mais l’impact de leur suspension était relativement faible jusqu’à ce lundi [25 janvier] . Quand les cours ont repris après la levée des mesures de sécurité, et que tous les élèves ont voulu arriver à l’école pour 7h30, heure du début des cours ici, les bus et les taxis n’ont pas pu faire face à la demande et ont été débordés.

J’ai moi-même assisté à des scènes de bousculade assez impressionnantes hier matin et j’ai pris des photos des attroupements. J’ai attendu une heure et demie lundi matin avec mes enfants et nous avons dû renoncer quand nous avons vu à 8h30 qu’il était toujours impossible de monter à bord.

Depuis, j’ai la chance d’avoir trouvé une solution pour éviter à mes enfants les neuf kilomètres qui nous séparent de leur école. Un oncle qui possède une moto personnelle m’aide en les déposant et en allant les chercher à l’école tous les jours. J’ai de la chance car j’ai vu beaucoup d’enfants faire le trajet à pied.

Les élèves, les étudiants et tous ceux qui ont besoin de se déplacer sont bien trop nombreux pour l’offre de bus et taxis disponibles. J’ai dû jouer des coudes ensuite pour monter à temps dans un bus et arriver au bureau avant le bouclage du journal.

"Le front est à seulement six kilomètres de chez moi"

Notre Observateur Vicky Nelson Wackoro, formateur de capoeira et étudiant en cinéma, a vécu la même galère.

Il y a depuis le 7 janvier un couvre-feu à 18 h, du coup, tout le monde est sur la route au même moment pour rentrer à temps à la maison. Ça aggrave encore la galère pour trouver une place dans un bus. Cette situation est stressante pour tout le monde, d’autant que le climat est très tendu en ville avec une forte présence de policiers, beaucoup de contrôles d’identité, des militaires et leurs véhicules qui passent régulièrement dans les rues.

Ce matin je me suis réveillé avec des détonations. Le front est à seulement six kilomètres de chez moi.

Dans cette ambiance tendue des élans de solidarité émergent. Nos deux Observateurs ont ainsi réussi à poursuivre leurs activités depuis lundi grâce aux automobilistes, amis ou inconnus, qui les ont pris en stop pour les amener à destination.

Routes coupées et augmentation des prix

Aux problèmes d’insécurité et de transport s’ajoutent les difficultés à s’approvisionner en produits de première nécessité comme la nourriture et les médicaments, la principale route d’approvisionnement étant coupée parce que partiellement sous contrôle des groupes rebelles.

L’Institut centrafricain de la statistique (Icasees) a annoncé ce mercredi 27 janvier une hausse générale des prix de 16 %, les produits importés voyant des augmentations allant de 15 à 240 % de leurs prix.

"Le phénomène le plus inquiétant reste l’augmentation des prix de la nourriture"

Fridolin Ngoulou a également pu observer une forte augmentation des prix des produits de base.

Les transports étant saturés, on a observé une augmentation des prix du ticket de bus, notamment aux heures de pointe en fin d’après-midi. Le prix passe alors de 150 francs à 200 ou 300 francs (de 0,23 à 0,31-0,46 euros).

Mais le phénomène le plus inquiétant reste l’augmentation des prix de la nourriture.

J’ai vu des cuvettes de manioc vendus à 3 500 francs au lieu de 2 500 habituellement (5,34 euros au lieu de 3,81), des pains à 150 francs au lieu de 100 (0,23 contre 0,15 euros), des sacs de farine de 25kg vendus 52 000 francs contre 20 500 habituellement (presque 80 euros contre 31 euros).

Et en plus de tout ça, de nombreux produits sont devenus rares voire quasi impossibles à trouver. C’est le cas de la farine de blé, de l’huile, de l’oignon, du poulet congelé, de la viande hachée ou du poisson.