Centrafrique : nouvelle attaque des rebelles, deux avions français dépêchés

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Les rebelles à l'offensive en Centrafrique contre le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra, fraîchement déclaré réélu à l'issue d'une élection controversée, ont attaqué samedi la ville de Bouar, située à 340 km de la capitale Bangui, ont annoncé les Casques bleus de l'ONU. Deux avions de combat français ont été dépêchés pour "une mission de survol" du pays par le président Emmanuel Macron.

Deux avions de combat français ont été dépêchés, samedi 9 janvier, pour "une mission de survol" de la Centrafrique par le président Emmanuel Macron, qui a réaffirmé son soutien au processus électoral et condamné "fermement" les tentatives des rebelles de "le saper".

Des rebelles contre le pouvoir du président Faustin-Archange Touadéra qui ont attaqué samedi la ville de Bouar, située à 340 km de la capitale Bangui, ont annoncé les Casques bleus de l'ONU. Les avions français ont "survolé" l'importante localité pour "appuyer les militaires" centrafricains dont une importante base a été prise à partie, a assuré dans un message à l'AFP le Détachement d'assistance opérationnel en République centrafricaine (DETAO-RCA), des militaires français qui sécurisent l'aéroport de Bangui.

En milieu de matinée, "des éléments armés se sont attaqués aux positions des Forces armées centrafricaines (FACA)" à Bouar, qui abrite le camp Leclerc, le quartier général de l'armée dans la région Ouest, la plus densément peuplée du pays, a déclaré à l'AFP le lieutenant-colonel Abdoulaziz Fall, porte-parole de la composante militaire de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca).

Les Casques bleus "sont venus en appui et ont été également pris à partie", a-t-il ajouté sans plus de précisions.

Tirs de roquette

Selon des responsables de l'ONU qui ont témoigné auprès de l'AFP sous couvert de l'anonymat, l'attaque a débuté à 10 h 30 quand des éléments armés s'en sont pris à la base des FACA et de la Minusca, qui ont essuyé des tirs de roquette.

Deux hélicoptères d'attaque de la Minusca ont été engagés et les combats ont cessé vers 12 h 30, selon ces mêmes sources. "La Minusca a repris la situation en main", a affirmé à l'AFP un haut gradé des Casques bleus à Bouar.

Six des plus puissants parmi les groupes armés qui occupent deux tiers du pays depuis le début de la guerre civile en 2013 se sont alliés mi-novembre dans une Coalition des patriotes pour la Centrafrique (CPC). Puis ils ont lancé une offensive pour perturber le scrutin, dix jours avant la présidentielle et les législatives du 27 décembre.

Face aux FACA fortement épaulées par les Casques bleus et d'importants renforts de paramilitaires russes et de soldats rwandais, les rebelles n'ont à ce jour guère progressé vers Bangui et leurs attaques sont généralement cantonnées à des villes situées à des centaines de kilomètres de la capitale.

Mais Bouar est la cinquième ville du pays avec 40 000 habitants et occupe une place stratégique sur un axe routier crucial pour le ravitaillement de Bangui à partir du Cameroun.

Les tensions ravivées

Faustin-Archange Touadéra, qui dirige le pays depuis 2016, a été déclaré réélu le 4 décembre à l'issue d'une élection controversée. Seulement un électeur sur deux a eu la possibilité de se rendre aux urnes le 27 décembre en raison de l'insécurité dans ce pays occupé aux deux tiers par des groupes armés, rebelles ou simples prédateurs de ses ressources.

Dix candidats de l'opposition ont demandé l'annulation des scrutins présidentiel et législatif, qu'ils jugent "discrédités" par des "fraudes massives" et la faiblesse de la participation, seul un électeur sur deux ayant pu voter. Les résultats doivent être validés par la Cour constitutionnelle avant le 19 janvier, après l'étude des recours contentieux.

L'annonce il y a trois semaines d'une offensive rebelle pour empêcher le scrutin a ravivé les tensions dans ce pays en proie depuis 2013 à une guerre civile, très meurtrière jusqu'en 2018, avant de baisser d'intensité.

Présence de 300 soldats français

Dans son communiqué samedi, Emmanuel Macron a appelé "au respect des décisions à venir de la Cour constitutionnelle, tout en soulignant la nécessité d'un dialogue politique ouvert et inclusif".

Emmanuel Macron et Faustin-Archange Touadéra ont également "renouvelé leur soutien aux éléments de la mission des Nations unies, la Minusca", chargés de contribuer à la protection des civils, au processus électoral et à la stabilisation du pays.

La France compte en Centrafrique quelque 300 soldats, qui mènent des actions de formation des forces armées nationales et assurent si nécessaire un appui à la Minusca, forte de 11 500 hommes.

En décembre 2013, après le coup d'État contre le président Bozizé et l'embrasement qui avait suivi, Paris avait déployé plus d'un millier de soldats de l'opération Sangaris, sous mandat de l'ONU, pour rétablir la sécurité. Sangaris, qui a compté jusqu'à 1 600 hommes, est restée en place jusqu'en 2016.

Avec AFP