Centrafrique : à Bouar, des habitants réfugiés dans les églises "vivent dans la peur" des rebelles

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Des groupes armés à l’offensive contre le président Faustin-Archange Touadéra ont attaqué la ville de Bouar, dans le nord-ouest de la Centrafrique, les 7 et 9 janvier. Depuis, plus de 5 000 habitants ont trouvé refuge dans l’ancienne cathédrale pour échapper au rebelles. Malgré le retour au calme, la ville reste paralysée et la situation humanitaire se dégrade, selon l’évêque qui accueille les habitants.

Des couvertures et des matelas tapissent le sol de l’ancienne cathédrale de Bouar, où des femmes et des enfants, majoritairement, se sont rassemblés. Ces images ont été relayées sur Facebook par le prêtre Aurelio Gazzera, notre Observateur à Bozoum, une ville à une centaine de kilomètres de Bouar.

Depuis le 9 janvier, plus de 1 200 habitants se sont rassemblés dans la cathédrale de Bouar pour échapper aux attaques des groupes armés.

"Les salles paroissiales, l’ancienne cathédrale, les salles de réunion : tout est occupé par les familles."

Les photos ont été prises par un prêtre du diocèse de Bouar, où officie Mgr Miroslav Gucwa. Après les attaques des rebelles, ce dernier a ouvert les portes de ses églises aux familles déplacées :

Des familles sont venues se réfugier depuis samedi 9 janvier. Il y a environ 1 200 personnes dans la cathédrale de Bouar, mais aussi 2 600 personnes à la paroisse Saint-Laurent et 300 à la paroisse Notre-Dame-de-Fatima. Notre centre d’accueil était déjà presque plein avant l’attaque. Désormais, les salles paroissiales, l’ancienne cathédrale, les salles de réunion : tout est occupé par les familles.

Le jour de l’attaque, les personnes sont venues d’elles-mêmes. Il s’agit majoritairement d’enfants, de femmes et de jeunes. Les hommes sont pour la plupart restés pour garder la maison et surveiller la situation.

Mgr Miroslav Gucwa était dans le centre-ville lorsque des rebelles anti-balaka et 3R ont affronté les Forces armées centrafricaines (FACA) le 9 janvier. Après un premier accrochage deux jours plus tôt, les rebelles ont tenté de prendre d’assaut les camps de l’armée centrafricaine et de la mission des Nations unies (Minusca).

Je traversais le centre-ville avec la Minusca, et nous sommes passés entre deux colonnes de rebelles. Des combats très violents ont commencé peu après. Des hélicoptères et des Mirage ont survolé la zone où ont eu lieu les affrontements. De 11 heures à environ 15-16 heures, on a entendu des tirs.

Cette vidéo publiée par le journaliste Marcelin Ridja montrerait des avions de type Mirage survolant Bouar. Deux avions de combat français ont été dépêchés pour "une mission de survol" de la Centrafrique par le président Emmanuel Macron le 9 janvier.

"La ville reste paralysée"

Depuis dimanche, la situation est revenue au calme. Néanmoins, les rebelles sont toujours présents dans certains quartiers de la ville. Si la vie reprend peu à peu, les habitants craignent de nouvelles attaques, explique Mgr Miroslav Gucwa :

Les gens vivent dans la peur, mais ils vivent. Quand je suis sorti aujourd’hui, j’ai vu que le marché dans le centre-ville avait repris, et que les taxis-motos recommençaient à circuler. Il y a deux jours, il n’y avait encore personne dans les rues.

Mais la ville reste paralysée : les écoles et la plupart des bureaux restent fermés. Les scènes de braquage et de pillage par des hommes armés sont de plus en plus fréquentes la nuit.

Le journaliste Marcelin Ridja a publié sur Twitter des photos de la vie qui reprend à Bouar, dans des conditions humanitaires difficiles.

Bouar, cinquième ville du pays avec 40 000 habitants, occupe une place stratégique sur l’axe routier reliant la capitale Bangui au Cameroun. L’insécurité empêche depuis plusieurs semaines les convois de marchandises en provenance du Cameroun de circuler, posant des problèmes de ravitaillement pour Bangui. Les conséquences économiques se font aussi sentir à Bouar :

D’habitude, deux à trois fois par semaine, les chauffeurs s’arrêtaient à Bouar pour acheter de la nourriture. Les cultivateurs pouvaient leur vendre leurs produits pour qu’ils soient emmenés à Bangui. Cela met les petits commerçants en difficulté. Beaucoup de denrées commencent à manquer : dans une boutique, je n’ai pas trouvé d’huile de cuisine ; dans une autre, il n’y avait plus de café… Il y a environ un quart de ce que l’on peut trouver d’habitude.

Une offensive de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), regroupant six groupes armés, a commencé mi-décembre 2020 dans le contexte de l'élection présidentielle, qui a vu le 27 décembre la victoire du président sortant Faustin-Archange Touadéra. Dans un pays occupé aux deux tiers par des groupes armés, près de la moitié des électeurs n’ont pas pu accéder aux urnes en raison de l’insécurité.

L’ancien président centrafricain François Bozizé est soupçonné d’être à la tête de la rébellion. Renversé en mars 2013 par la coalition rebelle Séléka. Il est rentré au pays fin 2019 après plusieurs années d’exil en Ouganda. Sa candidature à l’élection présidentielle avait été invalidée. Le président sortant Faustin-Archange Touadéra a été proclamé vainqueur du scrutin au premier tour avec 53,92 % des voix.