Centrafrique: à Bangui, le programme «Nengo» répare les femmes

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À l'initiative de plusieurs organisations, dont la fondation congolaise Panzi du docteur Mukwegue, un programme baptisé « Nengo » (« dignité » en sango) s'est ouvert au sein de l’unité gynécologie obstétrique, à l'hôpital de l'Amitié de Bangui. Il prévoit un volet de chirurgie obstétrique, « réparation des femmes ».

Avec notre correspondante à Bangui, Charlotte Cosset

La consultation a lieu dans l'intimité d'un bureau du service de gynécologie obstétrique. Liliane* est là en vue de son opération prochaine. Elle fait partie des premières patientes de l’unité spécialisée en chirurgie obstétrique. Victime d’excision pendant l’adolescence, cela fait 30 ans qu’elle vit difficilement sa vie de femme.

« Je pense que je vais enfin retrouver ma dignité perdue depuis longtemps, confie-t-elle. Je pense que cette fois-ci, je vais en finir avec la frustration, c’est ce que j’attends. J’attends d'en finir définitivement avec cette lourdeur, cette peine morale. »

Les besoins en Centrafrique sont très importants. Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) décompte 11 777 cas identifiés de violences basées sur le genre en 2019, soit une hausse de 174% par rapport à 2014. Les femmes souffrent de nombreuses violences, mais aussi de problèmes gynécologiques et parfois même de mutilations qui jusqu’à présent n’étaient quasiment jamais prises en charge.

Grâce au programme « Nengo » (« dignité » en sango), cela est désormais possible. Le projet a été monté par plusieurs organisations, dont la fondation congolaise Panzi du docteur Denis Mukwegue.

Référent de ce programme et déjà formé aux techniques de réparation, le gynécologue Roch M’Betid-Dégana raconte les problèmes auxquels il est confronté chaque jour. Les fistules, souvent dues à des accouchements qui traînent. Les prolapsus de l'utérus aussi. « Si on est en face de ça, il faut prendre en charge. C’est ce que nous sommes en train de voir avec le projet Nengo », explique-t-il.

Dans une chambre du service, trois femmes se remettent déjà de leur opération. Elles souffraient notamment de descentes d’organes, parfois depuis plusieurs années. Elles vont pouvoir reprendre une vie normale.

Le docteur Christine Amissi Notia est la secrétaire exécutive de la fondation Panzi, le bras droit du docteur Denis Mukwegue. Pour sa fondation, l'objectif est de mettre en place en Centrafrique le même modèle de prise en charge holistique du centre Panzi de Bukavu.