Cendrillon chez les oligarques: le cinéma new-yorkais secoue la course à la Palme d'or

(De gauche à droite) La productrice américaine Samantha Quan, le producteur américain Sean Baker et l'acteur russe Mark Eydelshteyn arrivent pour la projection du film "Anora" à la 77e édition du Festival de Cannes, le 21 mai 2024 (Valery HACHE)
(De gauche à droite) La productrice américaine Samantha Quan, le producteur américain Sean Baker et l'acteur russe Mark Eydelshteyn arrivent pour la projection du film "Anora" à la 77e édition du Festival de Cannes, le 21 mai 2024 (Valery HACHE)

Après les parrains comme Coppola ou Paul Schrader, Cannes a goûté mardi la vitalité du cinéma indépendant américain avec un thriller new-yorkais qui passe des bas-fonds aux villas de luxe des oligarques russes, sans jamais appuyer sur la pédale de frein.

"Anora", signé du réalisateur Sean Baker, 53 ans, commence comme un conte de fée, Cendrillon version 2024, qui virerait au drame.

Anora (Mikey Madison) est escort girl dans un club miteux. Un soir de cuite, Vanya (Mark Eydelshteyn), le fils d'un richissime oligarque russe, pousse la porte de l'établissement. Elle connaît des bribes de russe: sa grand-mère, immigrée aux Etats-Unis, n'a jamais appris l'anglais. On lui confie le client. Elle parvient à lui prendre son numéro. Ils se revoient.

Anora découvre l'argent à ne pas savoir qu'en faire, une vie de fête et d'insouciance. Les parents de Vanya sont restés en Russie pour affaires, confiant au prêtre de l'église orthodoxe du coin le soin de garder un oeil sur lui. Mais lorsque l'histoire entre Anora et Vanya semble devenir sérieuse, les choses déraillent.

Mafieux, virées dans la communauté russophone de Coney Island, courses nocturnes dans New York, homme de main aux faux airs de Robert De Niro, le film de 2h18 rembobine efficacement les classiques du cinéma américain et dépeint l'envers du rêve américain.

Mais surprend en prenant des chemins inattendus, et en promouvant son héroïne, Anora, qui tient bon voire ridiculise ce monde d'hommes corrompu par l'argent. De religieux aux petits bandits en passant par les ultrariches, tout le monde en prend pour son grade.

Le réalisateur Sean Baker est un amoureux des personnages en marge, débordant d'humanité.

Il avait fait ses premiers pas à Cannes en 2017 avec "The Florida Project", dans une sélection parallèle, sur une gamine vivant dans un motel sordide aux abords de Disney World, avec une troupe d'acteurs non-professionnels, ainsi que Willem Dafoe. Il a rejoint la compétition officielle en 2021 avec "Red Rocket", qui suivait le retour d'une gloire du porno dans sa ville natale.

fbe/may/tes