Ceci n’est pas un disque

©Kristin-Lee Moolman

Le nouvel album de Baloji s’écoute comme on regarde un film. Il faut dire que le rappeur belge né à Lubumbashi, en République Démocratique du Congo, voit la musique en couleur puisqu’il est synesthète (entremêlement des sens). 137 rue Kianama enchaîne donc les chansons comme des tableaux, loin des formatages discographiques habituels. Dans une narration truffée de références littéraires et ponctuée de la voix de l’écrivain congolais Jean Bofane, cet électron libre construit un travelling musical articulant considérations politiques et amoureuses. Ils s’autorisent des titres longs pour parler d’amour car « être dans la langueur s’impose quand on compose un morceau charnel », sourit-il. Il les accompagne de superbes vidéos qui tiennent plus du court-métrage que du clip. Sur du hip-hop, du funk et de l’afro-trap, il tresse un scénario à double sens, émaillé de piques lancées contre tout ce qui ment. « Comment faire l’amour à un noir sans se fatiguer ? Il faut le surmonter, il faut l’immobiliser » scande-t-il pour tacler l’attitude des majors du disque avec la musique africaine. Précisément Universal de « Papa Bolloré » - apostrophé ainsi dans un titre - qui a rejeté l’artiste après l’avoir encensé. Aujourd’hui, Baloji n’en a cure. Il préfère cultiver ce qu’on lui reproche, l’insoumission.
Rencontre avec ce trublion de la musique.

©Kristin-Lee Moolman

Marianne : Cet album prolonge le premier, Hôtel Impala. Il y est encore question des lieux de votre enfance, d’exil, de l’absence d’une mère. La musique est-elle une manière de panser des blessures ?
Baloji : Non, je n’ai pas un rapport thérapeutique ou de catharsis à la musique. Je trouvais juste qu’il y avait un point de vue intéressant de raconter la suite d’Hôtel Impala autrement. Cet album est ludique, il est plein de jeux de mots, de doubles, triples sens. Je me suis beaucoup amusé, à donner des fausses pistes, des mauvaises impressions. Je l’ai enregistré en trente-cinq jours environ, et la création m’a ensuite pris un an, un an et demi.

Lire la suite sur Marianne