Ces sprays nasaux pourraient nous protéger du coronavirus

Antoine Beau
·5 min de lecture
Un spray anti Covid-19 est à l'étude dans plusieurs pays, dont la France (image d'illustration). (Photo: Yurii Sliusar via Getty Images)
Un spray anti Covid-19 est à l'étude dans plusieurs pays, dont la France (image d'illustration). (Photo: Yurii Sliusar via Getty Images)

SCIENCE - Un pschit, dans chaque narine, plusieurs fois par jour. Une équipe de recherche américaine a annoncé le jeudi 5 novembre avoir démontré l’efficacité chez l’animal d’un spray nasal contre le Covid-19. Une simple pulvérisation dans le nez pourrait être un atout majeur dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, en attendant un éventuel vaccin. En France, une technologie similaire est en phase de test. Les premiers résultats sont tout aussi prometteurs.

Depuis quelques mois, des scientifiques de l’université de Colombia Medical Center, à New York, planchent sur l’élaboration d’une molécule capable de bloquer le coronavirus, afin qu’il ne puisse pas infecter nos cellules.

Le produit agit comme un masque, mais à l’intérieur du nez, voie par laquelle une très grande partie des contaminations se produisent. Il ne s’agit pas d’un traitement, mais plutôt d’un geste barrière supplémentaire, chimique cette fois-ci.

Les chercheurs ont testé le spray sur des furets. Tout comme les humains, ces animaux peuvent attraper le virus par le nez et sont sensibles au Covid-19. En laboratoire, deux groupes ont été constitués et séparés afin de comparer l’efficacité du produit face à un placebo, c’est-à-dire une pulvérisation ne contenant pas la molécule développée. Chaque groupe a ensuite été en contact avec un furet malade du Covid-19. 24 heures plus tard, les animaux qui n’avaient pas bénéficié du spray ont tous été contaminés, contre aucun de ceux qui avaient reçu la molécule.

Le spray permettrait de dormir avec un malade du Covid-19, sans danger

“Si cela fonctionne chez les humains, vous pourriez dormir avec une personne infectée sans crainte d’attraper le Covid-19”, se réjouit pour le New York Times, Anne Moscona, une des auteurs de l’étude. Le journal américain explique que cette technologie est prometteuse, même si son efficacité n’a pas encore été testée sur l’homme.

Sur l’animal, les premiers résultats sont convaincants, bien qu’obtenus sur un très petit échantillon (les furets n’étaient que six). Cette étude est actuellement soumise à une relecture par d’autres chercheurs, dans l’attente d’une publication dans une revue scientifique. L’équipe est en bonne voie, mais de nombreuses questions restent en suspens.

À commencer par la production: les industriels sont-ils capables de produire rapidement et à la chaîne cette solution à destination du grand public? La molécule est compliquée à réaliser à grande échelle. Il s’agit d’un peptide, composé de plus de 68 acides aminés qui s’imbriquent les uns aux autres. Une sorte de long puzzle microscopique lourd et difficile à faire tenir, constitué d’éléments qui interagissent avec notre organisme. D’ordinaire, les fabricants préfèrent un assemblage de molécule nettement plus petit, car posant moins de difficultés techniques.

Risque d’effets secondaires

Reste aussi à savoir si la solution est complètement inoffensive: “Il y a un risque d’effet secondaire”, souligne Philippe Karoyan, chercheur au Laboratoire des biomolécules. Pour développer ce spray, les Américains ont d’abord étudié comment le virus affecte nos cellules.

Le coronavirus est équipé d’une protéine, appelée Spike, qui s’attache aux récepteurs (ACE2) à la surface de nos cellules. Lorsque cela se produit, la cellule est infectée. Le virus se multiplie à l’intérieur de notre organisme et corrompt d’autres cellules. Cette prolifération trouble le fonctionnement de nos organes, comme les poumons, le cœur, le cerveau.

La solution développée par les Américains s’interpose entre le coronavirus et nos récepteurs. En se fixant entre les deux, elle tient le Covid-19 hors de portée. Mais ces récepteurs sont utiles à d’autres fins. Agir dessus peut potentiellement dégrader le fonctionnement de notre organisme, ou donner lieu à des effets indésirables.

S’il a totalement confiance en l’efficacité du produit développé par ses confrères, le professeur Philippe Karoyan attend que les scientifiques prouvent que leur molécule n’est pas dangereuse à long terme. “Cet outil relève de la prévention, il devra être utilisé tous les jours. Les Américains utilisent un composé appelé PEG4, qui à force d’être appliqué dans le nez pourrait irriter”, alerte-t-il. Si le chercheur est aussi prudent à l’égard de cette technologie, c’est qu’il en connaît très bien les limites. Il participe lui aussi à la course au développement d’une alternative aux vaccins.

Philippe Karoyan dirige une équipe de recherche française associant le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS) et Sorbonne. Il a conçu une technique similaire, dont les premiers résultats sont disponibles depuis le 28 août. Tout comme les Américains, les Français sont en attente d’une publication, après avoir démontré en laboratoire que le spray français fonctionne.

Les Français développent un spray qui n’agit pas sur l’organisme

La technologie de l’équipe hexagonale présente un avantage majeur par rapport à la concurrence américaine. Le produit n’est pas un médicament à proprement parler, car il n’agit pas sur notre organisme. Il s’agit d’un dispositif médical, au même titre qu’un pansement ou une prothèse. Ainsi, le risque d’effet secondaire est quasiment nul.

Le spray du CNRS fonctionne comme un leurre. Les chercheurs français ont développé une molécule qui imite les récepteurs de nos cellules. La protéine Spike du coronavirus s’accroche de manière quasiment irréversible au peptide contenu dans le spray. Elle devient alors inoffensive, car elle ne peut plus infecter nos cellules. Ainsi emprisonné, le Covid-19 perd toute sa capacité de nuisance pour notre organisme.

Le spray français doit maintenant passer le cap des tests in vivo, c’est-à-dire sur l’animal ou l’homme. Il est notamment question de s’assurer qu’il ne crée pas de réaction allergique.

Cette technologie intéresse les investisseurs. Philippe Karoyan est déjà en pourparlers avec l’industrie pharmaceutique, dans l’espoir de commercialiser rapidement ce produit, qui pourrait s’avérer très utile dans la lutte contre l’épidémie de Covid-19, une solution alternative aux vaccins dont l’immunité à long terme n’est pas acquise.

Le chercheur se réjouit de ces avancées dans la lutte contre le Covid-19 confiant dans l’espoir que ces découvertes, nationales et internationales, changent la donne.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.