Caterpillar s'embourbe dans les Territoires occupés

En cette fin d’après-midi du 16 mars 2003, Rachel Corrie, une étudiante américaine de 23 ans, s’est mise sur le chemin d’un bulldozer de l’armée israélienne qui procédait à la démolition de la maison d’un pharmacien palestinien à Rafah, dans la bande de Gaza. Que ce soit par accident, par pure négligence ou délibérément, l’engin ne s’est pas arrêté, et Corrie a été écrasée par la lame géante. Un an plus tard, la question la plus élémentaire que l’on se pose sur sa mort reste aussi la plus sujette à controverse : qui est responsable de ce qui s’est passé ce jour-là ? Selon le point de vue que l’on adopte, on peut juger que c’est le conducteur israélien, qui n’a pas freiné, ou Rachel Corrie elle-même, qui avait choisi un mode de protestation que le gouvernement israélien a toujours qualifié de dangereux et d’irresponsable. Mais il y a maintenant un autre coupable potentiel. Depuis quelques mois, des détracteurs de l’action d’Israël dans les Territoires palestiniens désignent un autre acteur clé dans le drame de la mort de Rachel Corrie : le Caterpillar D9, le puissant engin dont l’armée israélienne se sert depuis trois ans pour démolir des centaines de maisons dans les Territoires. Au printemps dernier, Jewish Voice for Peace, une association californienne qui milite pour la fin de l’occupation israélienne dans les Territoires palestiniens, et deux autres organisations ont parrainé une résolution d’actionnaires demandant à Caterpillar de revoir sa politique en Israël. Lors de l’assemblée générale annuelle de la société, le 14 avril, à Chicago, les actionnaires qui ont voté pour cette résolution ne représentaient que 4 % du capital. Mais ce pourcentage est suffisant pour qu’un nouveau scrutin puisse avoir lieu l’année prochaine. La direction a répondu froidement dans une déclaration que, si l’entreprise ressentait “de la compassion pour toutes les personnes touchées par les troubles politiques”, elle n’avait “pas légalement le droit ni les moyens de contrôler l’usage individuel” des machines qu’elle commercialise. A première vue, la position de l’entreprise se défend : rares sont les sociétés un tant soit peu sensées qui souhaitent assumer le fardeau de contrôler l’emploi par leurs clients des produits qu’elles leur vendent. De plus, Israël utilise les bulldozers conformément à l’usage prévu : pour abattre des structures. Mais, selon son propre “code de bonne conduite des affaires dans le monde”, Caterpillar ambitionne de voir ses produits contribuer à un “environnement dans lequel tous les individus peuvent travailler en sécurité et vivre dans de bonnes conditions sanitaires, mener une vie productive, aujourd’hui et dans les années à venir”. Est-ce bien le cas à Gaza ?

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