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Catastrophe ferroviaire de 2023: Mitsotakis va affronter une motion de censure

Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis lors d'un événement de la communauté hellénique à Toronto, au Canada le 25 mars 2024 (Arlyn McAdorey)
Le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis lors d'un événement de la communauté hellénique à Toronto, au Canada le 25 mars 2024 (Arlyn McAdorey)

Le gouvernement grec de Kyriakos Mitsotakis va affronter une motion de censure déposée mardi par l'opposition après des révélations sur une manipulation présumée de preuves en lien avec la catastrophe ferroviaire meurtrière de février 2023, qui avait bouleversé le pays.

Cette motion, initiée par le parti socialiste Pasok et qui a reçu le soutien des autres partis d'opposition de gauche et centre gauche, devrait toutefois être rejetée lors d'un vote prévu jeudi soir.

Le parti de droite Nouvelle démocratie au pouvoir dispose en effet d'une majorité absolue de 158 sièges sur les 300 que compte le parlement monocaméral grec.

M. Mitsotakis "n'a pas le choix, il viendra ici pour justifier ses actions", a souligné le dirigeant du Pasok, Nikos Androulakis, devant les députés.

"Dans tous les scandales, votre choix politique est de cacher la vérité", a-t-il aussi lancé en s'adressant au chef du gouvernement. "Le dénigrement sans précédent de l'État de droit et des institutions par le gouvernement ne peut plus durer".

Le Premier ministre conservateur devrait intervenir devant les députés avant le vote, selon les médias.

Étrillé pour sa gestion jugée calamiteuse de cette catastrophe qui avait fait 57 morts le 28 février 2023, le gouvernement fait face à des accusations de l'opposition selon lesquelles il a "remis" à des médias des enregistrements modifiés entre le chef de gare, les conducteurs de train et d'autres employés des chemins de fer le soir de la collision.

Objectif, selon les responsables de l'opposition de gauche: accréditer la version selon laquelle une erreur humaine est à l'origine de la collision ferroviaire la plus meurtrière de l'histoire de la Grèce.

- "Montage" -

Les dirigeants de l'opposition s'appuient sur les révélations publiées dimanche par le journal To Vima sur ces manipulations présumées de preuves.

L'enregistrement fourni aux médias peu après la catastrophe serait, selon To Vima, un "montage" des conversations qui visait à mettre en évidence l’erreur humaine du chef de gare.

Kyriakos Mitsotakis ne s'est pas exprimé sur ces révélations. Son porte-parole, Pavlos Marinakis, a assuré lundi que "certaines personnes essaient de cibler délibérément le Premier ministre".

Syriza, principal parti de l'opposition, a appelé Kyriakos Mitsotakis, confortablement réélu en juin 2023, à démissionner.

Les révélations de la presse s'ajoutent à d'autres accusations de "dissimulation" des responsabilités déjà formulées par les députés d'opposition, lors d'un débat houleux sur les conclusions de la commission d'enquête sur cet accident.

De nombreux députés ont qualifié de biaisé le rapport rédigé par cette commission, qui n'a fait que confirmer la thèse initiale d'une "erreur humaine".

Depuis un an, les familles des victimes réclament justice et mettent en cause des responsables politiques, accusés de graves négligences sur le réseau ferré.

Cette collision avait mis en lumière les importants retards pris dans la mise à niveau des systèmes de signalisation des trains et le contrôle à distance.

Le collectif des familles des victimes, très actif, ne cesse de pointer du doigt l'ancien ministre des Transports Kostas Karamanlis, qui avait démissionné au lendemain de l'accident, et son prédécesseur de gauche Christos Spirtzis, tous les deux actuellement députés.

Ce dernier a d'ailleurs réclamé de lui-même la levée de son immunité parlementaire.

- Détention provisoire -

Plus de 30 employés des chemins de fer ont jusqu'ici été poursuivis dans cette affaire, mais aucun responsable de haut rang.

Le chef de gare de Larissa, la ville la plus proche de l'accident, est en détention provisoire pour "homicide par négligence".

Au Parlement européen, la représentante du collectif des familles, Maria Karystianou, a également accusé le gouvernement grec de "dissimulation".

Elle a en outre soumis à la commission des pétitions du Parlement européen une pétition signée par plus d'un million de personnes réclamant la levée de l'immunité parlementaire des responsables politiques.

Le 28 février 2023, un train de passagers avait heurté de plein fouet un convoi de marchandises à quelque 300 km au nord d'Athènes.

Cinquante-sept personnes, dont de nombreux étudiants, étaient mortes dans cette collision qui avait bouleversé la Grèce, descendue massivement dans les rues pour exprimer sa colère.

yap/mba