Les cas de Covid-19 stagnent, mais le pic n'est pas forcément passé

Grégory Rozières
·Chef de rubrique C'est Demain, Science, Techno
·4 min de lecture

SCIENCE - Dans la tempête, il est logique de chercher un bout de soleil, le début d’une éclaircie, mais il faut faire attention aux mirages. Alors que la France est frappée de plein fouet par une deuxième vague de Covid-19, tous les yeux sont rivés sur les courbes des indicateurs permettant de suivre l’épidémie de coronavirus.

Et ces derniers temps, si l’on regarde le nombre de nouveaux cas ou le taux d’incidence (le même chiffre, mais proportionnel à la population), on pourrait y voir une sorte de pic ou de plateau depuis quelques jours. Et cela pourrait être logique, à la suite du nouveau confinement décidé par Emmanuel Macron le 28 octobre, entré en vigueur 24 heures plus tard.

Pour autant, il ne faut surtout pas crier victoire trop vite. D’abord, car l’évolution d’une épidémie se mesure via des tendances sur plusieurs jours, voire semaines, et sur différents indicateurs. Mais surtout parce que ce pic pourrait n’être qu’un mirage statistique, dû à un “embouteillage”. C’est ce qu’a expliqué au HuffPost Santé publique France (SPF) ce jeudi 5 novembre.

Une incidence ”à minima” depuis samedi

Avant tout, les courbes ci-dessous permettent de mieux comprendre de quoi l’on parle. Comme on peut le voir, le taux d’incidence, qui n’en finissait plus de grimper depuis un mois, s’est mis à stagner, et ce dans la plupart des départements.

Il n’est pas impossible qu’un pic soit véritablement en train de se dessiner. Mais il y a également un risque important que ce ne soit qu’une illusion. Dans son dernier bilan quotidien, SPF explique que le nombre de cas déclarés mercredi 4 novembre (cela correspond aux chiffres du 1er novembre sur le graphique, car il y a un délai de traitement) est “un chiffre minimal et non consolidé en raison de difficultés identifiées dans la remontée des résultats de tests”.

Contactée par le HuffPost, l’agence de santé explique que “des fluctuations ont été observées depuis samedi, ce qui nous a alertés”. Pourquoi? Impossible à dire pour l’instant, mais le résultat entraîne “comme un embouteillage de données qui passent plus difficilement”. Des vérifications sont en cours et “tout est en passe d’être résolu”, précise SPF. Les données antérieures seront alors actualisées.

Ce que cela implique, c’est que le pic que l’on peut voir sur les courbes ci-dessus pourrait n’être qu’un artefact. En effet, il a débuté aux alentours des données du 28 octobre, qui ont justement été publiées samedi. Or, ces données doivent être vues comme des “minimas”. Il est donc malheureusement possible que cette stagnation ne soit pas due au nouveau confinement ou à une baisse de la propagation du coronavirus.

Plusieurs semaines pour s’assurer d’un pic

Surtout qu’une mesure prise n’a en général pas d’effet immédiat sur les indicateurs. Le taux d’incidence est théoriquement le plus réactif. Si une restriction baisse les contaminations, cela veut dire qu’au bout de quelques jours (le temps de l’apparition de symptômes, soit en moyenne 5 jours), le nombre de tests positifs doit diminuer.

Sauf que ce chiffre n’est pas parfait. Il y a les problèmes de comptage évoqués plus haut, mais aussi la question de savoir à quel point les personnes dépistées sont représentatives de la population française infectée. C’est pour cela que beaucoup d’épidémiologistes, s’ils suivent avec attention ces données, se basent plutôt sur le nombre d’individus hospitalisés, en réanimations ou décédés pour cerner l’évolution de l’épidémie de coronavirus.

Et sur ce point, aucun pic n’est encore présent, loin de là: la courbe continue sa croissance exponentielle, comme vous pouvez le voir dans notre graphique ci-dessous, mis à jour en temps réel. Ce qui est malheureusement logique: il faut en moyenne 2 à 3 semaines pour qu’une personne contaminée développe des symptômes, puis que sa maladie empire et qu’elle se fasse hospitaliser.

Même si le “pic” observé sur le taux d’incidence est confirmé et si le nombre de cas continue de chuter, il faudra donc attendre la mi-novembre pour s’assurer que l’épidémie commence effectivement à être maîtrisée en France.

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Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.