Pour Carole Delga, "l'ancrage local est le meilleur barrage contre le RN"

La présidente de Régions de France, Carole Delga, attend du gouvernement qu'il accorde aux territoires "les moyens d'agir" pour répondre "au désarroi des Français", convaincue que "l'ancrage local est le meilleur barrage contre le RN", dans un entretien à l'AFP.

"Ce quinquennat débute objectivement d'une manière fort différente" que le précédent, marqué par de vives tensions entre les collectivités et l'exécutif, reconnaît la présidente PS d'Occitanie, avant le congrès de Régions de France jeudi et vendredi à Vichy (Allier).

Le président Emmanuel Macron a reçu la semaine dernière les principales associations d'élus à l'Elysée et s'est engagé à les revoir deux fois par an, alors que la Première ministre Elisabeth Borne, qui doit intervenir vendredi à Vichy, les a déjà rencontrées à plusieurs reprises à Matignon.

Le président "a tiré les leçons de ses erreurs (...) et il existe maintenant une nécessité de travailler différemment avec les élus locaux avec une majorité relative au Parlement", assure Mme Delga, qui attend que "ces premières intentions de travail constructif soient confirmées par des actions".

- "Nous demandons des preuves de soutien" -

"Nous demandons à Mme Borne d'avoir les moyens d'agir, afin de permettre de répondre au désarroi des Françaises et des Français et à l'urgence écologique", explique-t-elle, rappelant notamment que la flambée des prix de l'énergie mine les budgets des régions, notamment dans les transports et le bâtiment.

"Il y a notamment le coût des carburants qui affecte lourdement les transports scolaires, ou le financement du train dont le modèle économique est en péril, alors que son développement est essentiel pour lutter contre le réchauffement climatique. Pour 2023, concernant la tarification sur le ferroviaire, on ne peut pas tenir sans dotation exceptionnelle", prévient la présidente d'Occitanie.

"Nous sommes prêts à prendre notre part, mais demandons des preuves de soutien à un effort d’investissement public massif du côté de l’État", ajoute-t-elle.

Face au ministre de l'Economie Bruno Le Maire qui demande des efforts aux collectivités pour redresser les finances publiques dès l'an prochain, Mme Delga répond que "les régions les ont déjà faits", rappelant au passage que le déficit public est "du fait des organismes d'Etat" et non des régions dont "l'endettement est maîtrisé".

"Je tiens à ce que la situation financière spécifique des régions soit prise en compte. Nos investissements ont augmenté de 21% entre 2019 et 2021, mais nos dépenses de fonctionnement aussi", souligne-t-elle.

"Or, contrairement aux autres collectivités, en 2022, nos dotations de la part de l'Etat ont baissé de 50 millions. Avec cet effet ciseau, notre capacité d'autofinancement est moindre qu'il y a deux ans", assure l'élus PS. "On ne peut pas continuer à demander plus à ceux à qui on donne moins".

- "Partir du terrain" -

Mme Delga, qui a fait de la décentralisation son cheval de bataille depuis son arrivée à la tête de Régions de France il y a un an, espère au cours du quinquennat "une grande loi qui créé vraiment une révolution sur les rapports entre l'Etat et les collectivités".

"Nous attendons une nouvelle ère de décentralisation, pour qu'on puisse avoir un principe de subsidiarité qui soit inversé. En d'autres termes, quand il y a un problème, on regarde d'abord si les collectivités locales peuvent agir", précise-t-elle.

Mais en attendant, Mme Delga plaide pour des "actes rapides" dans des secteurs comme l'emploi, la formation, l'énergie ou encore la rénovation énergétique et la réindustrialisation.

A ses yeux, une manière de "lutter contre le déterminisme social, le plafond de verre", mais aussi contre la poussée du Rassemblement national lors de la présidentielle et les législatives, notamment en milieu rural.

"L'ancrage local est le meilleur des barrages contre l'extrême droite", assure-t-elle, citant l'exemple de Renaud Muselier, président ex-LR de la région PACA, qui s'est imposé face à un candidat du RN, grâce au retrait de la gauche.

Après les déconvenues du PS à la présidentielle, Mme Delga se dit convaincu que cet "ancrage peut nous être utile pour refonder notre parti. Il faut partir du terrain".

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