Carnets de profs: après un an de pandémie, des élèves "moins légers"

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Quelle place pour l'égalité fille-garçon sur les bancs des collèges? Et dans la cour de récréation? Chaque semaine, trois professeurs racontent à l'AFP leur expérience de terrain.

Après une année de pandémie, lassitude et inquiétude semblent avoir gagné une partie des élèves racontent à l'AFP des professeurs qui tentent, comme ils peuvent, de contrer les fausses rumeurs et théories du complot qui font florès.

Pour leurs treizièmes "carnets de profs", ces trois correspondants réguliers de l'AFP, enseignants en collège public REP+ ou en zone rurale, racontent le quotidien bouleversé de leurs élèves et leur attente du vaccin pour les professeurs.

- "Tout est compliqué" -

Camille, 39 ans, professeure d'histoire-géographie dans un collège classé REP+ d'une petite ville des Yvelines:

"Je pense qu'ils sont lassés et inquiets. Tout devient compliqué: quand est-ce qu'on fera une sortie, qu'on ira voir une pièce de théâtre?

Même les stages de 3e sont incertains, au gré des confinements... Cela fait un an, mais ce sont deux années scolaires qui sont impactées et cela se ressent sur les questions d'orientation, de projection vers l'avenir. Ils sont moins légers.

Ils se sont habitués aux gestes barrières. L'autre jour, en regardant un extrait documentaire, une de mes élèves m'a dit: +Oh, ils n'ont pas de masques, cela fait bizarre+.

Les plus jeunes sont obsédés par le lavage de mains et réclament plusieurs fois par cours du gel. Les plus grands sont dans la défiance et critiquent les décisions du gouvernement en prétendant qu'ils ne respecteront pas les règles de confinement."

- "Alerter sur les fake news " -

Céline, professeure d'histoire-géographie dans un collège REP+ d'une ville moyenne du Haut-Rhin:

"C'est long et il y a sans doute un laisser-aller de routine, mais on constate ça chez tout le monde, pas que chez les enfants. On est entré dans une sorte de routine: depuis le temps, ils en ont marre qu'il y ait le masque, comme tout le monde, qu'il y ait plein d'endroits où ils ne puissent plus aller hors de l'école. Ils trouvent le temps un peu long.

On essaye de les alerter sur les fake news, les théories du complot. Mais c'est dur, il en arrive tous les jours, c'est difficile de lutter contre un flot continu. Mais on essaye, c'est le rôle des profs. Il faudrait développer plus l'éducation aux médias, même l'inclure dans les emplois du temps.

L'école ne peut pas lutter seule si les élites, les dirigeants ne sont pas plus cohérents. Même en France, au début, on nous disait que les masques ne servaient à rien... Ça met tout le monde dans des situations compliquées."

- "Des actes concrets après les paroles" -

Philippe, 54 ans, enseigne l'histoire-géographie dans un village du Puy-de-Dôme:

"Il faudrait que certains actes concrets suivent les paroles, comme sur l'arrivée des tests dans les établissements.

On peut aussi s'étonner que les personnels des établissements scolaires ne soient pas vaccinés vite, même si l’on comprend la question de la pénurie. Évidemment, sur les tests comme sur les vaccins se posera la question des professionnels de santé présents dans les établissements, par conséquent des recrutements depuis des décennies.

Dans le mien, il n'y a plus de médecin scolaire sur zone et l'infirmière ne peut être présente qu'un jour et demi par semaine.

Si l'on veut continuer à accueillir les élèves pour qu'ils travaillent, il faut des adultes en bonne santé à leur poste."

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