Carlos: parcours d'un "révolutionnaire professionnel" autoproclamé

Pierre ROCHICCIOLI
Ilich Ramirez Sanchez, dit Carlos, le 7 mars 2001, à Paris

Paris (AFP) - "Révolutionnaire professionnel" autoproclamé au service de la cause palestinienne, du bloc de l'Est et de lui-même, Ilich Ramirez Sanchez, dit Carlos, condamné mardi pour la troisième fois en France à la perpétuité, incarne le terrorisme anti-impérialiste des années 70 et 80.

L'image du fringant révolutionnaire de 25 ans, béret à la Che Guevara, qui plastronnait en 1975 sur le tarmac de l'aéroport d'Alger devant les représentants de l'Opep qu'il venait de kidnapper à Vienne, a depuis longtemps laissé place à celle d'un élégant retraité.

Vieilli, amaigri mais souriant, le Vénézuélien âgé de 67 ans a fait le show durant les 12 jours de son procès pour l'attentat du Drugstore Publicis en 1974 à Paris, qui avait fait deux morts et 34 blessés. Et le "chacal" a assumé son parcours jusqu'à la provocation.

"Personne n'a exécuté plus de personnes que moi dans la résistance palestinienne. Mais je suis le seul qui a survécu", a-t-il clamé au fil de ses longs monologues. "Le dévouement d'une vie à la guerre révolutionnaire, ce n'est pas facile, mais je suis fier de mon passé".

Plus tard, il s'est dépeint comme une personne bonne qui n'aime pas la violence... tout en revendiquant 1.500 morts pour son organisation et 80 de ses propres mains.

Il a nié en revanche toute participation aux faits jugés et éludé les questions en invoquant une règle des commandos palestiniens: "Sous peine de mort, ne donner aucune information sur une opération, encore moins lors d'un procès".

C'est la troisième fois qu'il est condamné à perpétuité pour des attentats commis en France, où il est incarcéré depuis 1994.

Né à Caracas le 12 octobre 1949, Carlos est un produit de l'ambition révolutionnaire de son père, un avocat qui a imposé à ses fils, Ilich, Lénine et Vladimir (en l'honneur du chef de la révolution russe) une éducation stricte baignant dans le marxisme, a raconté à l'AFP son jeune frère Vladimir: "Indubitablement, papa a inculqué à Ilich la nécessité de rejoindre la lutte internationale contre l'impérialisme".

Son premier engagement se fera à 15 ans dans les jeunesses communistes vénézuéliennes. Étudiant à Londres, il gagne l'université Patrice Lumumba de Moscou, vivier d?activistes politiques, où il rencontre le représentant local du Front de libération de la Palestine (FPLP) qui l'invite à participer à un stage militaire en Jordanie.

- Séducteur et manipulateur -

Dès septembre 1970, il lutte plusieurs mois au côté des fedayin acculés par les troupes du roi Hussein. Il y gagne ses galons de combattant et un rôle auprès de Waddih Haddad, l'un des dirigeants les plus radicaux du FPLP.

Lorsque Haddad crée sa propre organisation, le FPLP-Opérations extérieures, Carlos réalise pour lui ses premières opérations: plusieurs attentats, assassinats à Londres et Paris, lui sont attribués.

C'est le 21 décembre 1975 que le nom de Carlos devient un symbole mondial du terrorisme. A la tête d'un commando, il prend en otages les ministres du pétrole de l'Opep à Vienne. Trois personnes sont abattues. Mais cette action marque aussi sa rupture avec Haddad, qui lui reproche d'avoir refusé d'exécuter deux otages, préférant prendre l'argent de la rançon après les avoir libérés.

Carlos fonde alors son propre groupe composé d'ex-membres de l'extrême gauche allemande, dont Magdalena Kopp, qui deviendra sa femme et la mère de sa fille Elba-Rosa. "Il séduit et manipule à merveille", a confié l'ex-activiste dans un livre. A l'époque, il persuadait les filles qu'elles étaient "la seconde moitié de la révolution".

A partir de 1979, celui que les journaux appellent désormais "le chacal" installe ses quartiers à l'abri du rideau de fer avant d'être accueilli plusieurs années par Damas au début des années 80.

En 1982, il organise une campagne d'attentats en France pour faire libérer son épouse et l'un de ses amis, Bruno Breguet, interpellés à Paris.

A la chute du mur de Berlin en 1989, le "mercenaire du terrorisme", devenu trop voyant, perd peu à peu ses protecteurs. Lâché par la Syrie en 1991, il obtient l'asile au Soudan où, isolé, il sera finalement arrêté et exfiltré vers la France par des policiers du contre-espionnage français.

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