Caravage, dard et d’essai

Libération.fr

Erudit et drôle, le court ouvrage de Jérémie Koering pointe la présence d’un pénis caché dans la broderie de la victime du tableau «les Tricheurs».

Que fait un jeune historien de l’art quand il découvre, dans les méandres de la broderie ornant le col d’un jeune homme figurant sur une toile de Caravage, un tracé évoquant, grossièrement mais sûrement, un sexe masculin ? Comme tout le monde : il tente de se raisonner et de détourner, au moins un temps, son attention. Caravage, juste un détail, court et réjouissant texte de l’historien et théoricien de l’art Jérémie Koering, paraît ces jours-ci aux éditions de l’Institut national d’histoire de l’art - plus précisément, dans la jeune collection «Dits» qui réunit des textes brefs adaptés de conférences, pour partager avec le grand public la vitalité de la recherche en la matière.

Après Alain Schnapp ou Georges Didi-Huberman, c’est donc Jérémie Koering qui reprend une allocution prononcée en 2014 à New York et revenant sur sa découverte incrédule, vingt ans auparavant, d’une verge pourvue de testicules sur le col de la victime des Tricheurs. Toile exposée au Kimbell Art Museum à Fort Worth (Texas) et mettant en scène deux filous sur le point de plumer un jeune homme élégant lors d’une partie de cartes. «Qu’un pénis apparaisse dans un tableau de Caravage ne saurait étonner», note légitimement Koering, rappelant le tempérament irrévérencieux de l’artiste et le caractère transgressif de son art. A ceux qui pourraient en douter, il rappelle que Caravage pourrait bien être le coauteur des versi volgari, tournant en dérision le peintre Gian Baglione, affublé dans ces poèmes injurieux du sobriquet Gian Coglione, c’est-à-dire en français Jean Couillon. S’agit-il ici du même type de procédé ? Admettant en préambule que cette histoire pourrait tout aussi bien être une «terrible méprise», Koering se fie à son intuition et plonge dans les traditions poétiques et picturales de la Rome du XVIe siècle. «A bien l’observer, note-t-il, ce (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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