Cannes 2024, jour 1: premier acte incantatoire et «Deuxième Acte» sans enjeu

Sur l'affiche officielle, des spectateurs sagement alignés et qui contemplent au loin la lumière d'une palme consensuelle symbolisent l'édition apaisée voulue par les organisateurs, à rebours de l'esprit du moment. | © Shochiku Co., Ltd. – Rhapsodie en août d'Akira Kurosawa (1991) / Création graphique © Hartland Villa
Sur l'affiche officielle, des spectateurs sagement alignés et qui contemplent au loin la lumière d'une palme consensuelle symbolisent l'édition apaisée voulue par les organisateurs, à rebours de l'esprit du moment. | © Shochiku Co., Ltd. – Rhapsodie en août d'Akira Kurosawa (1991) / Création graphique © Hartland Villa

Le 77e Festival de Cannes, qui a lieu du mardi 14 au dimanche 25 mai 2024, est attendu au tournant du #MeToo du cinéma français. Et nul doute que ce qui s'y rapporte sera scruté et amplement commenté.

La tension sur le sujet est monté d'un cran avec les dénonciations concernant le président du Centre national du cinéma (CNC), Dominique Boutonnat, mis en accusation pour agression sexuelle et également très contesté pour ses choix politiques néolibéraux. La présentation, en ouverture de la section Un certain regard, du court-métrage de Judith Godrèche, Moi aussi, consacré à des récits de victimes de violences sexuelles fait partie de la réponse du Festival pour gérer le sujet sans l'esquiver, mais en espérant qu'il prenne une place circonscrite.

De même, la cérémonie d'ouverture présentée par Camille Cottin a enchaîné les discours calibrés au millimètre pour évoquer le sujet sans créer de remous et pour afficher une manière d'être au courant que le monde va mal, tout en maintenant fermement les effets à distance.

Cinéma, j'écris ton nom

Les dirigeants du Festival du Cannes, sa présidente Iris Knobloch et son délégué général Thierry Frémaux, ont en effet affirmé vouloir un festival apaisé, «sans polémique». Avec un seul mot d'ordre: «Ici, on n'est là que pour parler de cinéma.»

Mais, outre la vague #MeToo, et malgré l'interdiction des manifestations et du port de slogans, difficile de croire que la Croisette restera indifférente à la destruction en cours de la bande de Gaza et de sa population par Israël, comme, à une toute autre échelle, aux graves difficultés auxquelles font face certains intermittents du spectacle.

Pour tenir cette position délicate, on a vu se mettre en place une singulière rhétorique, quasiment incantatoire, à la gloire du «cinéma», qui a même été déclaré «sacré» par la présidente du jury Greta Gerwig. Pourquoi pas? Mais il ne faudrait pas que cette…

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