Cannes 2021: la face sombre du maître de l'animation Satoshi Kon racontée dans un film

·5 min de lecture
Détail de l'affiche du documentaire
Détail de l'affiche du documentaire

Projeté ce jeudi soir au Festival de Cannes, le documentaire Satoshi Kon, l'illusionniste est l'un des films les plus attendus de la Croisette. Consacré à un des plus grands maîtres de l'animation japonaise, connu pour des classiques comme Perfect Blue (1997) et Paprika (2006), ce film en éclaire aussi la personnalité complexe, et en explore les zones d'ombre.

L'attente autour de ce film, qui bénéficie d'un impressionnant casting d'intervenants (Darren Aronofsky, Mamoru Hosoda, etc.) et sera diffusé sur OCS en août, est à la hauteur de l'aura quasi mythique qui entoure désormais Satoshi Kon. Aura qui n'a cessé de gagner en importance depuis sa mort prématurée en 2010 des suites d'un cancer à l'âge de 46 ans.

https://www.youtube.com/embed/yVM9_PvbPhA?rel=0"Vu qu'il est mort très jeune, son œuvre est très courte. Il y a une poignée de BD, quatre films, un court-métrage et une série", rappelle Pascal-Alex Vincent, le réalisateur de Satoshi Kon, l'illusionniste. "Le problème des artistes dont l'œuvre est très courte, c'est que leurs œuvres ont tendance à s'évaporer. J'avais envie que l'œuvre de Satoshi Kon s'imprime quelque part, qu'il y ait un document qui explique qu'au début des années 2000 il y a eu un très grand cinéaste dont les films sont absolument fondamentaux et ont influencé tout le cinéma international, de Requiem for a Dream à Inception."

Satoshi Kon est un des réalisateurs préférés des étudiants en cinéma. Comment expliquer ce triomphe posthume? La première raison est stylistique, estime Pascal-Alex Vincent: "C'est un virtuose du récit et du montage. Il raconte les histoires comme personne. On a l'impression après avoir vu un de ses films d'être plus intelligent."

La deuxième raison est intellectuelle: "Satoshi Kon a été un grand visionnaire de l'époque à venir. Dès 1999-2000, il prédit l'avènement d'Internet tout-puissant et de la téléphonie mobile toute puissante [dans Paprika et sa série Paranoïa Agent]. Il prédit aussi les addictions aux médias, les pop stars éphémères [dans Perfect Blue]. Il a vu les années 2010-2020 avant tout le monde."

https://www.youtube.com/embed/2H_uQOJLL2A?rel=0

"Il ne laissait rien passer"

Bien que commémoratif, le documentaire n'élude en rien les zones d'ombre de ce réalisateur "qui se considérait de son vivant comme un génie", précise Pascal-Alex Vincent. On sent dans les propos de certains intervenants - notamment le réalisateur Mamoru Oshii (Ghost in The Shell) - une certaine crispation en évoquant le souvenir d'un homme connu pour son extrême dureté.

"J'ai vraiment dû adoucir le documentaire, et enlever les moments les plus durs à son égard. Kon était adoré et détesté à égalité et par les mêmes personnes", ajoute-t-il. "La plupart de ses collaborateurs ont accepté de participer au documentaire, mais ils nous disaient bien qu'ils avaient beaucoup de griefs contre lui. Katsuhiro Otomo, l'auteur de Akira, a longtemps hésité. Un jour, il s'est énervé en disant, 'Il m'en a trop fait voir', et il a refusé d'apparaître dans le film. Toutes les personnes interviewées m'ont dit du mal de lui."

Satoshi Kon menait en effet la vie dure à ses collaborateurs et certains vivent encore avec les séquelles de cette période: Il avait une exigence vraiment folle dans le travail. Il attendait que l'on s'investisse totalement dans son métier. Si vous n'étiez pas à la hauteur de son propre investissement, il vous menait la vie dure. Il était très exigeant. Il ne laissait rien passer. Il avait oublié d'être aimable, c'est ça le problème. Au Japon, on ne peut pas oublier de l'être. Du coup, même s'il est mort il y a dix ans, les gens sont encore cripés quand on évoque son nom."

https://www.youtube.com/embed/oz49vQwSoTE?rel=0

Son dernier film

Satoshi Kon a malgré tout été un acteur décisif de la reconnaissance de l'animation japonaise dans les années 2000. Avec ses films, il a non seulement influencé plusieurs générations de cinéastes, mais il a aussi repoussé les limites de l'animation. Il construit chacun de ses films comme un jeu de piste: "Il fait partie de ces cinéastes, comme Alfred Hitchcock, où le commentaire de l'oeuvre se trouve à l'intérieur de l'oeuvre. A l'intérieur de ses films, il y a des éléments qui commentent le film, voire même qui annoncent les suivants." Certaines scènes de Paprika montrent ainsi des personnages de ce qui aurait dû être son cinquième film, Dreaming Machine. "Il traçait sa route avec une véritable vision. C'est en cela qu'il est un très grand auteur."

Dreaming Machine restera un rêve pour ses fans. Pascal-Alex Vincent n'a pu montrer dans son documentaire que quelques storyboards et croquis préparatoires de ce cinquième opus filmiques de Satoshi Kon. "Il existe 26 minutes, mais hélas il y a un imbroglio entre les producteurs de l'époque, la veuve et d'autres producteurs d'animation qui aimeraient reprendre le film. Tant que ce n'est pas réglé, on ne peut rien montrer."

Satoshi Kon va continuer de vivre. Le documentaire sera projeté tout l'été, en parallèle d'une diffusion le 4 août sur OCS lors d'une nuit dédiée à son oeuvre. Un coffret DVD du documentaire "avec beaucoup d'inédits et de choses rares" est aussi prévu dans les prochains mois. Deux livres sont également en préparation, dont un retraçant sa carrière chez Ynnis Edition. Et ses mangas viennent d'être réédités aux éditions Pika.

Article original publié sur BFMTV.com

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles