Cannes 2019 : on a vu le nouveau Dolan, le dernier Desplechin et un frigo...

La Rédaction d'AlloCiné
Tous les jours, la Rédac' d'AlloCiné vous résume les films vus dans le cadre du 72e Festival de Cannes. Aujourd'hui, pleins feux sur Matthias et Maxime, Roubaix Une Lumière et Yves....

Matthias et Maxime - réalisé par Xavier Dolan

Compétition officielle

"Le retour de Xavier Dolan au Festival de Cannes était attendu et le cinéaste québecois continue son cinéma tel qu'il n'a jamais arrêté de le faire : centré avant tout sur les personnages et les comédiens. Il s'allie cette fois à son véritable groupe d'amis, qu'il met en scène à travers le prisme de la relation entre deux d'entre eux, qui pourraient avoir des sentiments l'un pour l'autre. Il s'agit avant tout d'une histoire d'amour et d'amitié portée par Dolan (qui se remet en scène, chose qu'il n'avait plus faite depuis Tom à la ferme) et Gabriel D'Almeida Freitas. Mais le film va plus loin et aborde plusieurs thématiques profondément actuelles : le fossé entre les générations, sur la difficulté d'exprimer ses sentiments mais aussi de s'exprimer tout court, à une heure où les références à la pop culture et les mots anglais émaillent les discussions, sans que quiconque ne se demande si cela perd des interlocuteurs en route. Un récit intéressant donc, moins stylistique qu'à l'ordinaire pour Dolan, sans doute pour être plus proche des émotions transmises par ses comédiens, et c'est réussi." Corentin Palanchini (@Sartana87)

Dolan à Cannes, ce sont des souvenirs merveilleux, des claques cinéphiles, des émotions intenses. La projection de Matthias et Maxime en compétition aujourd'hui n'a pas failli à la règle en nous offrant de grands moments de mise en scène et des acteurs fiévreux sur fond de sujet brûlant. Brûlant parce qu'il est question de passion dévorante, de souffrance intérieure, de honte de soi dans ce film. Un vrai film de potes. Celui où l'on n'enchaine pas tant les soirées que les conversations, refaisant le monde à coup de gueules ou en s'aimant plus que de raison. Dans cet opus doux amer, le cinéste prend soin de souligner les écarts de langages entre génération et de mettre en scène des mères touchantes, atteintes d'une folie douce contagieuse, des mères qui toujours fascinent ou agacent. Fidèle au poste, Anne Dorval est encore une fois merveilleuse ; mention spéciale à la scène au cours de laquelle elle se dispute avec Dolan, en écho aux échanges cultes de J'ai tué ma mère. Sobre, juste, passionné aussi bien dans son jeu d'acteur, sa scène d'amour parfaitement "dosée" que dans le choix de sa bande son, le réalisateur prouve une fois de plus son exigence, sa maturité et son talent à toute épreuve. Laetitia Ratane (@laetitia.ratane) 

 

Yves - réalisé par Benoît Forgeard

Quinzaine des Réalisateurs

Attention, ovni ! Après Gaz de France, le réalisateur Benoit Forgeard dévoile Yves, son tout nouveau long métrage, dont la star n'est autre... qu'un frigo connecté ! Oui, oui, vous avez bien lu ! Le pitch de cette comédie délirante mais non dénuée de sens : un rappeur un peu loser s'installe chez sa grand-mère pour y composer son premier disque. Un jour, une mystérieuse enquêtrice le persuade de prendre à l'essai Yves, un réfrigérateur intelligent, censé lui simplifier la vie… C'est original, drôle, absurde, William Lebghil est parfait face à cette machine qui le fait passer par tous les états, et les seconds rôles, de Doria Tillier à Philippe Katerine, sont au diapason. Mais surtout, derrière cette comédie un peu folle, derrière l'hilarant tube de rap Carrément rien à branler, il y a une vraie réflexion sur cette intelligence artificielle qui s'immisce peu à peu dans notre quotidien, qui nous fascine et nous inquiète un peu tous. Et il y a même une histoire d'amour. A ne pas manquer.  Clément Cuyer (@clemt77)

 

Roubaix, une lumière

Roubaix, une lumière, c'est d'abord un film à l'esthétique et à l'atmosphère qui étonne. Inspiré d'un fait divers, Arnaud Desplechin nous prend à contrepied en en imaginant un film bien loin des films de flics et d'enquête habituels, souvent bruts ou austères, mettant ici en avant une belle lumière, de beaux plans et une musique tendant vers le romanesque. Comme toujours chez Desplechin, les comédiens sont parfaitement choisis et très justes. Brigitte Baronnet (@BBaronnet)

Une belle surprise que ce nouvel opus de Desplechin qui préfère le réalisme et l'âpreté à la poésie et la philosophie trop appuyées. La force du film réside dans ses acteurs, Léa Seydoux en tête, impressionnants de vérité dans des scènes de garde à vue exigeantes, longues et détaillées. Il y a de la chirurgie psychologique dans ces scènes-là qui mêlent dureté du dialogue et pureté des visages, visages auréolés d'une lumière tout sauf austère alors que le moment l'est. Peut-être parce qu'il y a de l'art et du crime dans leurs mensonges, leurs larmes et leurs intentions disséquées. Laetitia Ratane (@laetitia.ratane)