Cannes 2018 : "Sauvage c'est Maurice Pialat chez le Marquis de Sade"

Vincent Garnier, propos recueillis le 15 mai 2018
Sans jugement ni condamnation morale, "Sauvage" suit le parcours d'un jeune prostitué dans un Paris interlope. Un premier long-métrage signé Camille Vidal-Naquet présenté à la Semaine de la Critique. Rencontre.

Lors de la présentation du film à la Semaine de la Critique, le délégué général Charles Tesson a présenté Sauvage comme un mélange entre Maurice Pialat et le Marquis de Sade…

Camille Vidal-Naquet : On se sont évidemment un peu petit à côté de ces références écrasantes. Ce sont deux auteurs que j'aime énormément. Sans être une référence consciente, A nos amours est un film qui m'a toujours impressionné par son sens de l'ellipse. Entre les séquences, il y a toujours un laps de temps indéterminé, et le spectateur s'interroge pour savoir ce qu'il s'est passé entre-temps. Il y a quelque chose de très abrupt, un gisement d'énergie. Cela m'a toujours énormément impressionné chez Pialat. Quant au Marquis de Sade, je vois à quoi Charles Tesson fait référence. Au cours de mes années de recherche sur la prostitution masculine, j'ai pris conscience que ces garçons avaient une connaissance intime de notre société et de ses perversions. Avec leur expérience, on pourrait établir une cartographie des fantasmes modernes.

Combien d'années ont duré vos recherches sur la prostitution masculine ?

On pourrait penser, en lisant le synopsis de Sauvage, qu’il s'agit d'un film à sujet, que j'ai décidé de consacrer un long-métrage à la prostitution masculine. Alors la genèse du projet tout autre. Je me suis avant tout intéressé au parcours de mon personnage. Et pendant de longs mois j'ai développé une histoire autour de ce personnage, qui est un prolongement des héros de mes courts métrages. C’est un jeune homme seul au monde qui cherche à établir des connexions. J'avais l'idée d'une déambulation dans les rues avec un personnage marginalisé, hors des règles. Cela m'a conduit à m'intéresser à la précarité tout d'abord. Je voyais un personnage qui n'avait rien, qui ne se souciait absolument pas du matériel. Et c'est seulement après je me suis intéressé à la prostitution masculine. Et en scénariste consciencieux, j'ai voulu m'assurer que ce que j'écrivais correspondait à la réalité. Je suis donc allé sur le terrain. J'ai contacté une association humanitaire dans Paris qui va au contact des personnes en situation de précarité et/de prostitution. Et l'un des membres de l'association m'a invité à le suivre dans ces maraudes dans le bois de Boulogne. J'avais prévu de participer à une ou deux de ces maraudes, j'y suis finalement resté quasiment 3 ans. Mais rapidement ma démarche n'a plus été lié au film. J'ai fait des rencontres très fortes, j'ai développé des liens avec des garçons de toutes origines. Alors leur contact, j'ai beaucoup appris sur le monde et même sur la France.

N'avez-vous jamais eu la tentation du documentaire ?

Non, sur ce sujet je n'ai jamais eu l'envie de réaliser un documentaire. pour une simple raison, mes personnages et les situations sont vraiment des personnages et des situations de cinéma. La vie ces exclus est tellement incroyable que nous ne pouvons imaginer qu'elle soit vraie.

Avez-vous rencontré Félix Maritaud dès le lancement du projet ?

Non, j'ai écrit sans avoir d'acteurs en tête. et dès le lancement de la phase de casting, on m'a parlé de lui. 120 battements par minute en était alors au stade du montage. il était très différent des autres comédiens que j'avais rencontré. Il a une sorte de naturel et d’instinct qui le rendent unique. C'est un comédien qui a une énorme qualité, il ne se regarde jamais jouer, il laisse au réalisateur le soin de le juger. Mais lui ne se regarde pas. Il est entièrement dans l'action. Je ne pouvais pas rêver mieux pour le personnage. Il n'est pas du tout dans la caricature du comédien qui fait performance. Il est très animal, il ce physique étonnant. il sait tout faire, de la scène de texte à la scène d'action. J'avais le sentiment que je pouvais tout lui demander.