Cannes 2018 : "Heureux comme Lazzaro", fable écolo-christique d’Alice Rohrwacher

Lorenzo Ciavarini Azzi
Primée à Cannes il y a quatre ans pour "Les merveilles", l'Italienne Alice Rohrwacher est de retour au Festival en compétition officielle pour "Heureux comme Lazzaro", une fable sur le savoir-vivre ensemble. Du beau cinéma, référence à Olmi, Bertolucci et les frères Taviani, qui souffre néanmoins de quelques longueurs. Avec un étonnant Adriano Tardiolo, Alba Rohrwacher et Nicoletta Braschi.

Début des années 1990 : quelque part, dans un hameau du centre de l'Italie, et plus précisément dans la demeure de la marquise Alfonsina de Luna, le temps s'est arrêté. La cinquantaine de paysans qui y travaillent, soit comme ouvriers agricoles dans la récolte de tabac, soit au service de la maison dans un cadre inchangé depuis des lustres, ne perçoivent aucun salaire. Non. Ce sont des métayers, sorte de serfs locaux. Les enfants ne sont pas scolarisés, l'enseignement est dispensé par la maîtresse de maison. Dans ce modèle social hérité du Moyen-Age, la marquise est en haut de l'échelle. En bas, exploité plus que les autres, et par les paysans eux-mêmes, un jeune homme bon et toujours serviable, Lazzaro, considéré comme l'idiot du village.

Référence à "L'arbre aux sabots" et à "Novecento"

Seulement Lazzaro a noué avec le fils de la marquise, Tancredi, une amitié sincère qui semble lui avoir conféré un pouvoir particulier. Quand un jour, les carabiniers viennent libérer les paysans de leur condition de semi-esclavage, lui, parti sur la colline, s'écrase par terre en tombant d'un rocher. Il se relève 25 ans plus tard indemne, et sans avoir changé d'une ride. Les paysans qu'il retrouve habitent désormais près de la ville, inhospitalière et polluée, et vivent à la manière de la famille d'"Affreux, sales et méchants", de petits larcins. Les années ont passé, les lois ont changé mais l'exploitation reste la même.

Avec son troisième film, "Heureux comme Lazzaro" ("Lazzaro felice"), présenté en compétition officielle à Cannes, la cinéaste Alice Rohrwacher, 35 ans, retrouve le cadre rural des "Merveilles", son précédent film (Grand Prix du Festival de 2014) qui interrogeait déjà l'évolution du monde paysan. Elle renoue avec des films comme "L'arbre aux sabots" d'Ermanno Olmi (disparu récemment) ou "Novecento" de Bernardo Bertolucci, deux oeuvres qui ont su décrire les relations sociales du métayage (...)

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