Cannes 2018 – En Guerre : "la liberté qu’on a, c’est celle qu’on prend" déclare Stéphane Brizé

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Le cinéaste français Stéphane Brizé est pour la seconde fois en compétition officielle, trois ans après La Loi du Marché qui a offert à son interprète, Vincent Lindon, un Prix d’Interprétation Masculine au 68ème Festival de Cannes. Le premier prix de sa carrière, selon l’acteur ému sur la scène du Palais des Festivals.

Et puisqu’il était également à l’affiche de Mademoiselle Chambon et de Quelques heures de printemps, c’est la quatrième collaboration de Vincent Lindon avec le réalisateur. Ce nouveau film s’appelle En Guerre et, comme le remarque la critique Danièle Heymann en préambule de la conférence de presse, il a reçu la plus grande ovation du 71ème Festival de Cannes à ce jour.


De gauche à droite : Olivier Lemaire, Mélanie Rover, Vincent Lindon, Stéphane Brizé et Guillaume Draux.

En Guerre raconte le conflit social qui oppose les employés d’une usine de sous-traitance automobile à leurs dirigeants qui s’apprêtent à fermer un site pourtant rentable. Vincent Lindon y interprète Eric Laurent, un délégué syndical relaie les revendications de ses collègues sur le point de perdre leur emploi. Un film solidaire qui déboule sur la Croisette et dans les salles dans une France agitée par de multiples mouvements sociaux.

Je suis fier de pouvoir essayer d’aider des gens qui sont plus en difficulté ou plus en faiblesse que moi.

Aux reproches qui lui sont souvent faits d’incarner des héros démunis se faisant ainsi le porte-parole des opprimés, le comédien a répondu : "Moi, je suis fier de pouvoir essayer d’aider des gens qui sont plus en difficulté ou plus en faiblesse que moi. Il y a une tendance à toujours vouloir (…) dire aux gens plus puissants : « Ce n’est pas à toi de t’en mêler. Avec ce que tu gagnes, de quel droit tu t’occupes de ça ? ». Non, c’est comme ça qu’on garde les plus défavorisés dans un état de défaveur parce que ceux qui s’occuperaient d’eux ne pourraient être que des gens également défavorisés."

Cannes 2018 : "Le courage de mon personnage dans En Guerre me fascine", confie Vincent Lindon

Une intervention très appréciée par l’ensemble de l’équipe et que le cinéaste Stéphane Brizé a tenu à soutenir en ajoutant : "La liberté qu’on a, c’est celle qu’on prend, pas celle qu’on nous donne." A la relance d’un journaliste qui l’interroge sur le travail de fonctionnalisation de ces problèmes sociaux, le cinéaste s’en montré déterminé : "Je ne comprends pas pourquoi aujourd’hui on ferme des entreprises qui sont rentables en France. A partir de cette question-là, la fiction va servir à éclairer, parce qu’elle peut en prendre le temps. Ces images de fiction vont venir remplir le trou béant que le reportage ne remplit pas, pas parce qu’il n’en a pas le temps, mais parce qu’il ne le prend pas."

Je vis ça au quotidien.

Quant à Vincent Lindon, qui se voit questionné sur son rapport à l’incarnation de ses personnages, il admet : "J’adorerais composer des personnages qui sont très loin de moi, mais je crois que je ne sais pas le faire."  Celui qui n’incarne pas mais qui reste fidèle à son quotidien, c’est Olivier Lemaire, ouvrier et syndicaliste qui joue pour la première fois un rôle au cinéma : "Je suis un spécialiste des plans sociaux, donc je vis ça au quotidien. Les réunions de comité d’entreprise, le discours des dirigeants et des syndicalistes, je le maîtrise aussi parfaitement. Mais le scénario était déjà très élaboré, les dialogues étaient très précis et nous n’avons fait qu’apporter des petits suppléments d’âme."


En Guerre est donc un film coup de poing qui crée l’événement sur la Croisette, s’attirant les louanges de tous les festivaliers, journalistes ou non. Ce nouveau film signé Stephane Brizé, qui a toutes ses chances de figurer au Palmarès du Jury que préside Cate Blanchett, est sorti dans les salles françaises ce mercredi 16 mai 2018.

L’intégralité de la conférence de presse du film En Guerre au Festival de Cannes