Matteo Garrone : "Dans Dogman, mon intérêt premier était l’être humain et sa psychologie"

Vincent Formica

Dogman - Sortie le 11 juillet 2018
De Matteo Garrone avec Marcello FonteEdoardo PesceAlida Baldari Calabria

DE QUOI ÇA PARLE ?

Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

AlloCiné : Marcello Fonte, pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Marcello Fonte : J’étais gardien avant de devenir comédien. Je pense que nous sommes tous des comédiens dans la vie. Concernant ma carrière, j’ai fait Asino vola, film inspiré de ma vie dans lequel je joue 4 personnages. J’ai aussi eu un petit rôle dans Corpo Celeste d’Alice Rohrwacher. Je l’ai même accompagné faire des repérages en Calabre, ma région natale. Je joue aussi dans Io Sono Tempesta et L’Intrusa.


Marcello Fonte dans Dogman

Dans mon parcours, j’ai fait beaucoup d’erreurs mais je voulais vraiment être comédien. Quand on fait ce métier, on se rend compte qu’on a une responsabilité qui nous incombe car on parle des choses de la vie.

Je pense que nous sommes tous des comédiens dans la vie.

Matteo Garrone : Quand Marcello avait 18 ans, il est venu à Rome depuis sa Calabre natale. Il a fait ses débuts sur le plateau de Gangs of New York de Martin Scorsese. Il était une doublure lumière, c’est-à-dire qu’il était une sorte de mannequin pour aider les techniciens à placer les lumières. Il ne connaissait pas du tout Scorsese à l’époque, il croyait qu’il était écossais (scozzese en italien signifie écossais). Il doit être le seul homme au monde à avoir demandé à Daniel Day Lewis de faire une photo avec lui et Leonardo DiCaprio. Il ne savait pas du tout qui était Day Lewis non plus.

Marcello, comment avez-vous préparé votre rôle ?

MF : Pendant 3 mois je suis allé dans un centre de toilettage pour apprendre le métier de toiletteur canin. J’ai aussi fait de la plongée pour les besoins du film. Il faut forcément un temps de préparation, c’est très important, on ne peut pas improviser ce genre de rôle.

 

Matteo, cette fois, votre mise en scène est plus simple que dans vos autres films, était-ce une volonté de votre part pour appuyer la brutalité du récit ?

MG : Cela m’est venu tout naturellement. Vous avez raison, c’est là que réside la force du film, il va à l’essentiel. Dans mon film précédent, Tale of Tales, la mise en scène était très complexe. Dans Dogman, j’ai pu mieux structurer le récit, limiter les possibilités d’improvisation. C’était vraiment nécessaire pour ce long-métrage. J’ai aussi filmé moi-même les scènes de Dogman avec à l’esprit l’idée d’aller à l’essentiel. C’est un grand résultat, je suis fier d’avoir réussi à atteindre cette simplicité, cette essentialité, car finalement, c’est très difficile de faire simple.

Je veux explorer toutes les contradictions de l’être humain.

Avec Gomorra, vous aviez déconstruit le mythe de la mafia au cinéma, qui a été très glamourisé, notamment à Hollywood. Vous continuez d’ailleurs à le déconstruire avec Dogman...

MG : Je pense que mon intérêt premier est l’être humain et sa psychologie. Je veux explorer toutes les contradictions de l’être humain. Après je me suis intéressé au film de genre et Gomorra est lié au film de mafia, de criminalité. À travers ce genre, je traitais de thèmes universels comme le conflit éternel entre le bien et le mal ou la peur de mourir.

Je dirais que mon approche se développe en suivant des archétypes. En ce sens, mes films ont un lien avec les contes de fées sombres. Gomorra est très proche d’un conte de fées sombre, tout comme Tale of Tales. Dans Dogman aussi mais d’une manière différente. Pour ce film, je suis parti d’un fait réel pour le transformer et recréer mon propre conte sombre. Gomorra, par contre, était une grande fresque avec beaucoup de personnages. En général, j’aborde des thèmes intemporels, c’est le fil rouge qui relie tous mes films.