La canicule vous donne chaud? Imaginez ce que ça donne pour les animaux d'élevage

Des lapins de l'enseigne Orylag dans un élevage à Vandre, dans l'ouest de la France. (Photo: XAVIER LEOTY via Getty Images)
Des lapins de l'enseigne Orylag dans un élevage à Vandre, dans l'ouest de la France. (Photo: XAVIER LEOTY via Getty Images)

Des lapins de l'enseigne Orylag dans un élevage à Vandre, dans l'ouest de la France.  (Photo: XAVIER LEOTY via Getty Images)

AGRICULTURE - La chaleur, il n’y a pas que les humains qui en souffrent. Pour de nombreux animaux d’élevage, à l’instar des lapins, la situation risque d’être bien pire. Alors qu’environ huit animaux sur dix sont regroupés dans des bâtiments, enclos ou bassins sans accès à l’extérieur, la canicule qui s’annonce risque d’être meurtrière. 

Pour la plupart des animaux d’élevage, “les températures préférables vont de 17°C à 24°C”, soulignait en juin 2021 une étude de chercheurs allemands et américains parue dansThe Lancet. Au delà, cela entraîne un stress thermique, causant une diminution de la production de lait chez les vaches, d’œufs pour les poules... Et bien évidemment, les taux de mortalité grimpent en flèche.

En 2019, l’épisode de canicule qui avait touché la France entre fin juin et début juillet avait causé de nombreuses pertes. L’association de protection des animaux de ferme Welfarm avait ainsi recensé une surmortalité de l’ordre de 40% dans les sites de production de porcs et de volailles. L’enjeu est alors important puisque le nombre et l’intensité de ces épisodes de chaleur est voué a augmenter du fait du dérèglement climatique.

Le stress thermique, c’est quoi ? 

En plus de la température, il y a aussi l’humidité. En effet, l’étude de 2021 précise que “les seuils de température de contrainte sont plus bas lorsque l’humidité est plus élevée”. Concrètement, plus il y a d’humidité dans l’air, moins les températures ont besoin d’être élevées pour s’avérer dangereuses pour les animaux d’élevage.

Les températures deviennent même mortelles si elles grimpent au dessus des “35 °C avec une humidité élevée ou supérieures à 40 °C avec une faible humidité”, explique l’étude parue dans The Lancet. Or, c’est ce qui est en train d’arriver sur une bonne partie de la France.

La chaleur tue 

Si le “stress thermique” devient insupportable et donc létal pour les animaux, des vagues de décès déciment les élevages. Cela a été observé depuis plusieurs années déjà en Afrique, avec les terribles sécheresses touchant notamment la Somalie. Ces derniers jours, la chaleur et l’humidité ont emporté près de 2000 bovins au Kansas, troisième État producteur du pays.

En France, les élevages ont dû faire face a deux épisodes caniculaires intenses en 2003 et 2019. Il y a près de 20 ans, la chaleur a causé une hécatombe dans les élevages de volailles de l’Ouest de la France. Plus de 1,7 millions d’animaux avaient ainsi péri. Toutes espèces confondues, ce sont pas moins de 6 millions de volailles qui sont mortes durant cette canicule. Et au cours de l’été, “d’importantes hausses de collectes de cadavres bovins, pouvant atteindre 50 %, ont [...] été constatées par les entreprises d’équarrissage dans les départements de l’ouest”, soulignaient les sénateurs dans un rapport sur la canicule.

Celle de 2019 fut aussi particulièrement chaude et mortelle, comme en témoigne l’activité accrue sur cette période des services d’équarrissage. Ces derniers ont eu beaucoup de travail puisque “de juin à août, la collecte a augmenté de 23 % en volailles de chair”, indique pour le magazine Réussir Yannick Carré, membre de l’organisation interprofessionnelle Anvol, qui représente une partie des éleveurs de volaille.

Limiter les dégâts, sans régler le problème 

Par ailleurs, tous les éleveurs ne sont pas préparés pour faire face aux fortes chaleurs. C’est le cas dans l’ouest et le nord de la France, qui ne devaient auparavant pas faire face régulièrement à des températures dépassant les 30 degrés. À l’inverse, les agriculteurs de la moitié sud du pays sont plus habitués à gérer la chaleur estivale.

Leur système de production a été adapté, avec une densité d’animaux réduite ou encore un système d’acclimatation aux températures. Quand ces dernières grimpent, des ventilateurs s’enclenchent avec un système de cool padding (l’équivalent d’une bouteille d’eau congelée devant son ventilateur). Certains éleveurs ont aussi investi dans des brumisateurs, comme le montre le tweet ci-dessous:

Mais cela ne règle pas tout. Tout d’abord, de nombreux élevages conservent une densité animale importante et n’offrent pas d’accès à l’extérieur pour les animaux, aggravant la chaleur au sein des bâtiments. Un peu comme si vous étiez dans la fosse d’une salle de concert pleine à craquer.

Il y a également la question de l’empreinte énergétique et carbone de l’usage par certains éleveurs de climatiseurs. De plus, diverses solutions (brumisateurs, arrosage du toit pour refroidir la structure...) demandent de l’eau, qui risque de se raréfier avec la sécheresse. Sur cette question, l’hydroclimatologue Florence Habets explique au HuffPost que “pour préserver l’eau en quantité et en qualité, on recommande que les parcelles agricoles soient entourées de haies, voire en agroforesterie”.

L’apport des végétaux semble en effet essentiel car, par l’évapotranspiration, ils servent de climatiseurs naturels très efficaces tout en diminuant le risque de sécheresse. Néanmoins, difficile d’avoir des plantes et arbres dans des bâtiments d’élevage intensif. Autre argument fragilisant le maintien de ce modèle agricole.

À voir également sur le HuffPost: Face à la canicule, les astuces pour se rafraîchir sans réchauffer la planète

Cet article a été initialement publié sur Le HuffPost et a été actualisé.

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